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Edito | Juppé : une démission lourde de sens

Il a tourné la page entre émotion et lassitude...Emotion lorsque la voix s'est brisée à l'évocation du couple qu'il formait avec la ville, lassitude lorsqu'il a esquissé les raisons de fond qui l'ont décidé à ne pas briguer un mandat supplémentaire, le « mandat de trop » que l'on n'allait pas tarder à lui jeter à la figure. Oui, ce qui nous a semblé le plus révélateur du choix d'Alain Juppé de renoncer à se représenter et à accepter, en 24 heures, la proposition qu'on lui a faite, c'est ce sentiment que le combat n'en valait plus forcément la peine, en tout cas pas sur la place publique, dans un contexte où, il l'a souligné, l'esprit public « est devenu délétère ». Et de pointer la haine, la violence, les mensonges qui envahissent les réseaux sociaux et ces affirmations péremptoires sur le mode « élus tous pourris et élites stigmatisées »... D'aucuns railleront ces propos et, déjà, sans sourciller égrènent les moments les plus rudes d'un parcours politique, longtemps dévoué à Jacques Chirac. C'est tout juste s'il ne faudrait pas s'excuser, aujourd'hui, d'accorder un peu d'attention aux propos d'un homme de droite qui n'a jamais placé ses désaccords au-dessus des valeurs de la République. Un républicain qui a claqué la porte d'un parti qui n'a plus rien à voir, sous Wauquiez, avec ce qui fut naguère l'UMP, l'Union pour un mouvement populaire. Désormais tenu à un vrai devoir de réserve, dans quelques semaines, au sein du Conseil constitutionnel, il exprimera des points de vue dont on peut penser qu'ils ne seront pas inutiles à un président qui va devoir, justement, ouvrir le chantier des réformes institutionnelles.

 

Mais Bordeaux ? Maintenant Bordeaux... Une équipe abasourdie par ce prochain départ que le maire veut d'évidence aider à s'entendre pour désigner à court terme un successeur. Les micros qui se tendaient vers un Nicolas Florian adjoint aux Finances à l'issue de la conférence de presse du maire, semblaient indiquer la solution la plus vraisemblable. Elle allait se confirmer le soir même avec l'annonce du soutien de la majorité municipale. A suivre, de même que la succession importante à la tête de la métropole assurée par le maire du Bouscat Patrick Bobet, dans une configuration inédite au regard de la co-gestion qui a toujours prévalu entre la ville centre et les maires de gauche de l'agglomération dont Alain Anziani, maire de Mérignac, est en tant que premier vice-président le représentant naturel.

Bordeaux, et par voie de conséquence la métropole, engagée dans une réflexion Bordeaux 2050, avec des défis liés à une croissance qui s'est emballée ces dernières années, vont devoir se préparer à une campagne électorale que l'on peut imaginer sur un registre, lui aussi, inédit. Alain Juppé l'a probablement senti et ce n'est sans doute pas non plus étranger à son choix. Traduisons : Est-ce que cette fois, Bordeaux, peut s'imaginer un destin qui ne soit pas étroitement lié à celui d'un homme ou d'une femme politique reconnus pour leur envergure nationale. Juppé après Chaban : l'homme de la nouvelle société, épuisé au soir de sa vie et encouragé dans son choix par la bourgeoisie bordelaise : c'était une autre époque. Et faut-il absolument continuer à répéter Edouard Philippe, Edouard Philippe... au prétexte qu'on le sait très proche d'un Alain Juppé ?

Dans l'équipe municipale la génération des quarante ans – un peu plus, un peu moins - se sent plutôt en situation de poursuivre ce qu'ils ne craignent pas d'appeler «  l'oeuvre de Juppé ». Et de le faire, en relevant les nouveaux défis d'une métropolisation qui doit traiter à fond la redoutable question de la mobilité, des déplacements, tout en rééquilibrant le tissu social de Bordeaux. En l'occurrence, les choix électoraux à venir répondront sans doute beaucoup moins à des clivages politiques et à l'arrivée de l'homme providentiel, qu'à la recherche de points d'accord, dans un paysage où le poids des appareils est pour le moins relatif. Ce n'est pas par hasard qu'une association comme « Bordeaux Demain » est née autour d'Alexandra Siarri et que Vincent Feltesse, l'ancien président de la Communauté urbaine, en rupture de PS, s'active dans son association « Bordeaux Métropole des Quartiers », tandis qu'un Fabien Robert, de la famille centriste, se fait remarquer par un entregent apprécié à Pau . Bordeaux ne manque pas de talents. La page qui va s'ouvrir s'annonce passionnante.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 14/02/2019