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Environnement | Retour du loup en Limousin ? La région soutient un réseau d’entente entre éleveurs

Alexandre Pagnaud (à d.) est un éleveur de brebis. Il a subi trois attaques de loup l'an dernier. Il espère trouver une solution pour les éviter.

Le loup, un animal à la fois craint et détesté. Un réseau d’entente animé par l’association Houmbaba s’est constitué autour d’une vingtaine d’éleveurs de Haute-Vienne. L’objectif est de concilier la présence d’élevage de plein air avec la présence du loup. Cette expérimentation est soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine. Certains éleveurs ont partagé leurs craintes et leurs expériences face à des attaques supposées du loup. Eux n’attendent qu’une chose : de l’anticipation et qu’on les aide à éloigner et éviter l’installation de cet animal dans des zones d’élevage.

Dans la salle de la mairie de Saint-Anne-Saint-Priest (Haute-Vienne), c’est la foule des grands jours. Ce n’est pas une cérémonie de mariage, mais le lancement d’une expérimentation sur le loup concernant dans un premier temps le département. Une enveloppe de 50 000 euros a été votée lors de la commission permanente du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine pour soutenir ce projet. Il vise à concilier la préservation de l’élevage en plein air avec la présence du loup. Autour de la table un vice-président du conseil régional, deux représentants  éleveurs de Brebis à Saint-Anne-Saint-Priest, deux représentants de l’association Houmbaba qui va s’occuper de mettre en place la médiation, éleveurs de la région, et journalistes. 
 De g. à d., Jean-Jacques Blanchon, Nicolas Thierry, Antoine Nochy, Alexandre Pagnaud. Ils ont officialisé ce 20 février le lancement d'une expérimentation sur le loup en Haute-Vienne.
« Ce point presse explique la démarche entreprise par la région Nouvelle-Aquitaine autour du loup, explique en préambule Nicolas Thierry, vice-président en charge de l’environnement et de la biodiversité. Ici, nous avons un élevage de qualité qui refuse l’enfermement des animaux. C’est un modèle pour lequel je me battrais avec beaucoup d’énergie. Mais il faut être clair, le retour du loup pose des difficultés supplémentaires aux éleveurs de plein air. » D’autant plus que le loup est une espèce protégée. « Nous devons faire preuve de cohérence, nous ne pouvons pas dire qu’il faut l’éradiquer ». C’est dans cette logique que la région essaie de trouver des solutions pour éviter les attaques et améliorer les connaissances scientifiques autour du loup. Un animal craint et pas forcément bien connu des humains. 
 
Trois attaques en quelques mois...
Car même si jusqu’à aujourd’hui, l’État ne reconnaît pas de présence de loup dans le Limousin, les éleveurs n’ont quasiment aucun doute sur sa présence. C’est le cas d’Alexandre Pagnaud, éleveur  d’un troupeau de 750 brebis éclatées en une dizaine de lots sur une vingtaine d’hectares. « Le loup, c’est mon ennemi, mais pour le combattre, il faut le connaître », affirme Alexandre agacé, car il a subi trois attaques en seulement quatre mois. « La première a eu lieu lorsque j’étais au salon de l’agriculture l’an dernier. » L’éleveur a retrouvé une brebis prédatée en avril. « Je n’avais jamais vu une brebis crevée de cette manière-là. Tout avait disparu sauf la peau… ». Alexandre Pagnaud possède pourtant de l’expérience, il a rejoint la ferme familiale en 1998 avant de la reprendre en 2011. Il s’est empressé de prévenir l’ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) pour qu’ils essaient de déterminer quel animal avait attaqué sa brebis. Quelques jours plus tard, il a une autre bête qui est décédée de mort naturelle. « J’ai fait un test. Je l’ai laissée pour voir comment elle serait mangée ». Ce fut d’une manière différente. L’éleveur s’est alors posé la question du loup. D’autant plus que fin mai, son troupeau a subi une troisième attaque. « J’étais passé la veille entre 19h et 20h. Le lendemain matin vers 7 heures, en faisant le tour du lot, j’ai découvert une brebis tuée ». Pendant qu’il explique, il montre une photographie de sa brebis. La gorge et les épaules ont été littéralement enlevées de façon chirurgicale. « Ma femme est bouchère, elle ne les aurait pas mieux levées. » Alexandre Pagnaud a décidé d’envoyer des prélèvements en laboratoires afin de les faire analyser. Les résultats confirme la présence d’ADN de loup. Pour lui, plus aucun doute. « Le souci, ces analyses ne sont pas reconnues officiellement par l’ONCFS et donc par l’État. » L’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage a pourtant mis en place des pièges photos autour des brebis. En quatre jours, ils ont photographié des renards, des corbeaux, des buses, des blaireaux… mais aucun loup.
 
Prouver la présence du loup
Sachant qu’il est compliqué de trouver des traces de cette animal intelligent et mystérieux, on sait que son territoire est vaste entre 150 et 200 km2. Alors, pour trouver quelques poils et des excréments, cela paraît bien compliqué. « Si je trouve une crotte de loup, je joue au loto » ironise un brin agacé Alexandre Pagnaud. Il a cependant suivi une formation qui lui permet d’être habilité. En quelque sorte, il est le correspondant « loup ». 
 
Un rôle qui sera utile pour le réseau entente qui a été lancé officiellement ce 20 février pour anticiper face aux attaques de loup. L’association Houmbaba - dont le but est de promouvoir le Sauvage dans le paysage social des hommes comme une évidence et une ardente nécessité - est médiateur. Elle va animer ce réseau. « Nous allons accompagner le conflit entre les grands prédateurs et les élevages bovin sou ovins.  Nous serons des médiateurs scientifiques, techniques et experts. Nous travaillerons en toute transparence avec des enquêtes scientifiques rationnelles formées par des photographies et des témoignages pour à terme discuter avec les services de la région et de l’État et leur faire remonter les informations », explique Jean-Jacques Blanchon, spécialiste de la biodiversité et président de l’association. Avec son équipe, ils pourront intervenir dès que les éleveurs signaleront une attaque. Ils se déploieront rapidement afin de collecter et d’enrichir le plus de données scientifiques. 
 
Antoine Nochy, ingénieur écologue, étudie les loups sauvages dans leur milieu naturel depuis plus de quinze ans aussi bien en Europe et qu'aux États Unis
 
Parmi les médiateurs de l’association, il y aura un expert du loup : Antoine Nochy. Cet écologue observe et étudie l’animal depuis une quinzaine d’années dans son milieu naturel. Pour cela, il a voyagé en Europe et aux États-Unis (il a participé notamment à une expérience menée dans le Parc de Yellowstone sur le loup sauvage). « Je pense qu’on ne peut pas dire qu’on est pour ou contre le loup. On essaie de développer un dispositif humain social et politique pour résoudre le problème des attaques de loup. Vous savez il n’y a rien de nouveau, l’être humain a toujours eu des difficultés à appréhender le loup et l’intelligence de cet animal farouche. Cette action collective va permettre de trouver des solutions », explique l’expert. Ils vont devoir entretenir et créer ce réseau de toute pièce. Ils ont déjà le soutien d’une vingtaine d’éleveurs de la Haute-Vienne et ont commencé à répertorier les attaques. « On dispose d’une vingtaine de fiches de témoignages d’attaques », confie Jean-Jacques Blanchon. Une fois que la présence est avérée, ils mettront en place un pistage des loups. Pour cela, l’association va s’inspirer des méthodes allemandes et polonaises plus adéquates pour quadriller le territoire. « Le dispositif français n’est pas adapté aux forêts sans neige », explique le président de l’association. 
 
Côté éleveur, ils veulent de l’anticipation et agir le plus rapidement possible face aux attaques. En arrivant, sur l’une des parcelles d’Alexandre Pagnaud, on aperçoit au milieu de ses brebis un chien qui les suit partout. Il les garde. Il s’agit d’un Patou. Une race éduquée par garder les troupeaux. « Il a un peu plus d’un an, précise l’éleveur. Il est encore en phase d’apprentissage, et d’éducation. » Il faut deux ans pour le former. « Vous voyez, si on se projette le loup sera reconnu comme étant présent dans le Limousin pas avant 2021 par l’État…. On ne pourra se défendre qu’en 2023 ou 2024. Il est encore temps de ne pas subir les prédations, et de les anticiper », analyse Alexandre Pagnaud. L’anticipation, un mot qui revient souvent dans la discussion aussi bien chez les éleveurs que chez les experts.  
 
Quant au périmètre d’action de ce réseau d’entente, il concerne la Haute-Vienne, plus précisément tous les secteurs autour d’Eymoutiers. « Mais nous viendrons là où le loup sera », précise Antoine Nochy. Depuis mai 2018, une vingtaine de fiches d’attaques ont été recensées. Ces témoignages concernait pour une quinzaine des ovins ou des veaux et pour le reste des chevreuils. Leur tâche s’annonce fastidieuse pour essayer de faire cohabiter le loup et les élevages de plein air, mais ils feront tout leur possible et nous ont promis de nous tenir informés régulièrement des avancées de leur recherche. Ils feront un  nouveau point à Saint-Anne-Saint-Priest d’ici six mois.

Julien Privat
Julien Privat

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 25/02/2019