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Politique | « Je veux être un maire de la co-construction » Nicolas Florian, maire de Bordeaux

Nicolas Florian nouveau maire de Bordeaux

61 conseillers municipaux bordelais étaient donc invités en ce jeudi 7 mars au matin à élire le nouveau maire de la ville. Sans suspense, Nicolas Florian, adjoint aux finances, aux ressources humaines et à l'administration, fut largement plébiscité par 51 votants. 55 élus ont participé à ce suffrage, l’opposition socialiste et écologiste ayant choisi de s’abstenir considérant ce vote comme « un vote de et pour la majorité ». Emprunt d’émotion, son « discours inaugural » en qualité de premier magistrat fut un hommage à son prédécesseur mais également une feuille de route des futures actions municipales. Une feuille de route riche de quatre défis : démocratique, cohésion sociale, écologique et démographique…

Emu, c’est en rendant hommage à l’action de son prédécesseur, Alain Juppé que le nouvel édile bordelais a débuté son discours en ce jeudi 7 mars. Remerciant chaleureusement l’ancien premier ministre de lui avoir donné la possibilité durant quatre années d’être situé « au centre du réacteur municipal », Nicolas Florian a souhaité saluer toutes les réalisations juppéistes. « Alain Juppé a métamorphosé Bordeaux. Alain Juppé c’est la reconquête du fleuve, l’aménagement des quais en lieu de vie, une urbanisation réfléchie nourrie de ses nouveaux quartiers, un choix délibéré de l’aménagement de l’espace public pour ouvrir la ville. C’est l’homme des grands projets et celui qui restaure l’identité avec notamment l’identité du vin avec sa Cité et sa fête. Des gestes forts vers ce qui est notre histoire. » Ce Lot-et-Garonnais de naissance n’en a pas moins oublié les élus qui ont fait l’homme qu’il est aujourd’hui, tels que Patrick Pujol, maire de Villenave d’Ornon dont il a été conseiller municipal en 1995 ou encore Hugues Martin « un ami, une vraie source d’inspiration. »

L’humain au cœur des politiques

Nicolas Florian l’a exprimé à de multiples reprises en cette matinée du 7 mars, il continuera l’action d’Alain Juppé. « Alain Juppé nous lègue ses réalisations et son savoir-faire, mais il nous fixe aussi un horizon, celui né des travaux et réflexions de Bordeaux Métropole 2050. Prospectives que je fais miennes et que nous nous emploierons à épouser, que nous nous emploierons à concrétiser. » Cependant, ce dernier souhaite y mettre sa pâte. « Nous marcherons vers cet horizon avec une méthode construite autour de ma personnalité, mon identité. » Le premier édile désire une ville qui continue de grandir, de se transformer en se souciant de l’épanouissement de ses habitants dans le respect de l’environnement et de la nature. « Je souhaite mettre l’humain au cœur des politiques publiques. Je veux incarner une génération d’élus qui partage et qui prépare notre ville aux défis de demain. »

Dépouillement des votes

Une feuille de route, quatre défis à relever

Et justement, en parlant de défis, ce dernier en a détaillé quatre pour sa mandature. Le premier d’entre eux est le défi démocratique. « Aujourd’hui, nous traversons une grave crise de la représentation, a-t-il tenu à souligner. Et nos concitoyens n’ont plus confiance dans les hommes politiques. Moi, je serai un maire de proximité, un maire de la co-construction. Cette population qui manifeste, tous les samedis, baptisée les « Gilets jaunes » ce sont des êtres humains. J’entends ces hommes et ces femmes. J’entends leurs souffrances. Mais leurs souffrances ne doivent pas engendrer la souffrance d’autres concitoyens tels que les commerçants. Aussi, c’est un fait de les entendre mais aujourd’hui, il est indispensable de les comprendre ! » Afin d’écouter et de prendre la température du climat actuel, suivant la politique étatique, Nicolas Florian souhaite « susciter » le débat démocratique. Ainsi, le maire de Bordeaux désire ériger une maison de la parole et du débat. « Un lieu où tous les 15 jours nos concitoyens pourront débattre et être associés aux décisions. » Le deuxième défi de cette nouvelle mandature est celui de la cohésion sociale. « La politique des quartiers est une priorité car ces espaces de vie sont vitaux pour l’équilibre de notre ville. » Aussi, depuis 2015, la municipalité dispose du Pacte de cohésion sociale et territoriale qui vise à guider les politiques publiques. Nicolas Florian souhaite en réaliser un audit et un bilan qui sera présenté avant l’été en conseil municipal. Le troisième défi est celui de l’urgence climatique. « La nature en ville est indispensable » a martelé le premier édile. Ainsi, l’écologie urbaine doit être effective dans les constructions, le traitement des déchets, la préservation des ressources…Tout en rappelant les bienfaits de l’action d’Alain Juppé dans ce domaine, Nicolas Florian a assuré prendre des mesures fortes très prochainement. Enfin, le quatrième et dernier défi est celui de l’encadrement du développement démographique. Dans ce cadre-là, un travail de réflexion sera mené en collaboration avec les maires limitrophes pour penser l’avenir des boulevards et des barrières, « un projet d’agglomération fédérateur ».

Par-delà les divergences politiques

Après avoir égrené les différents éléments de cette nouvelle feuille de route, Nicolas Florian a tenu à rappeler aux conseillers municipaux d’opposition, ses « collègues » qu’ils auront toute leur place dans ces travaux de réflexions. Et de souligner qu’il souhaitait s’appuyer également sur les conseillers possédant un autre mandat tels que la sénatrice Nathalie Delattre « un véritable atout sur qui je compte m’appuyer pour défendre les intérêts de Bordeaux au Parlement » ou encore le conseiller départemental Matthieu Rouveyre « qui pourra faire le lien avec son institution et qui sera mon interlocuteur privilégié sur les sujets qui concernent les deux entités. » Peu importe la couleur politique pour le nouveau maire de Bordeaux, « quand on est un élu municipal, on est l’élu de tous les Bordelais ! »

Nicolas Florian ovationné à l'issue de son discours inaugural

Attentes de l’opposition

A l’issue de son discours, certains élus prirent la parole. Du côté des socialistes, Michèle Delaunay, qui n’avait pas souhaité prendre part à l’élection du nouveau maire estimant ce suffrage comme celui de la majorité a mis l’accent, dans son intervention, sur le caractère « excluant » de la ville de Bordeaux en prenant l’exemple du logement « rare et cher ». Dans son allocution, l’ancienne ministre a formulé un vœu, « le vœu d’une ville moins inégalitaire et plus abordable en matière de logement et de stationnement. Monsieur le Maire vous avez la possibilité d’impulser une dynamique en matière de logements sociaux et de freiner l’entrain des promoteurs immobiliers. Sachez que nous serons très vigilants et attentifs sur ce point-là afin d’améliorer la qualité de vie des Bordelais. » Et le nouveau maire de répondre qu’il souhaite vivement entretenir un esprit collaboratif par-delà les divergences politiques, un « esprit bordelais » pour construire ensemble le Bordeaux de demain. Matthieu Rouveyre a lui aussi tenu à féliciter le nouveau maire en lui rappelant qu’il était important de se démarquer de l’action de son prédécesseur, Alain Juppé. « Aujourd’hui, nous attendons des actes et si vous souhaitez qu’un véritable débat démocratique s’inscrive dans la politique publique c’est qu’il y a des manques ». Emmanuelle Ajon, elle, partage l’idée de tous ces défis et surtout celui de la co-construction. « C’est une nouvelle ère politique qui s’ouvre pour Bordeaux. Le partage des idées aura toute sa place. Nous faisons le pari que vous serez co-constructif. »
Du côté des écologistes, Pierre Hurmic a invité Nicolas Florian à « ne pas avoir peur de la démocratie participative. D’un maire bâtisseur devenez un maire co-constructeur. Aussi, arrêtons la fonction juppétérienne. Aujourd’hui, focalisons-nous sur l’urgence climatique. C’est votre troisième défi. Soyez assuré que nous en serons vigilants. » Pour ce qui est du front national, François Jay et Catherine Bouilhet ont demandé au premier édile d’arrêter « d’emmerder les Bordelais avec des règles téléguidées par une idéologie politique, principalement envers les propriétaires et les automobilistes. » Ces derniers ont demandé l’arrêt de l’extension du stationnement payant, l’implantation d’une zone bleue, la création d’un deuxième macaron de stationnement pour résident ainsi qu’une baisse de la fiscalité. Vincent Feltesse, lui, a tenu à rendre hommage à Alain Juppé pour qui il nourrit une grande « affection ». Lui plaide pour une nouvelle politique. « Nous ne pourrons pas obtenir une meilleure qualité de vie si nous sommes dans la continuité de l’action précédente. Aujourd’hui, nous devons nous projeter dans l’avenir de la ville, dans ce nouveau cycle avec les Bordelais. » Dans la majorité, seule la sénatrice Nathalie Delattre a pris la parole afin de féliciter chaleureusement le nouvel édile et de lui dresser un portrait des plus flatteurs « altruiste, à l’écoute, grand frère prodiguant de multiples conseils » et de rappeler toute sa fierté d’être à ses côtés.
A l’issue de ces prises de parole, les conseillers municipaux ont été invités à élire les 24 nouveaux adjoints au maire parmi lesquels Fabien Robert au poste de premier adjoint (en charge de la culture et de l’administration générale), Alexandra Siarri en qualité de deuxième adjointe (en charge de la cohésion sociale et territoriale), Pierre de Gaétan Njikam au poste de troisième adjoint (en charge des relations avec l'Afrique subsaharienne), Anne Walryck, quatrième adjointe (en charge du développement durable et la transition écologique) et Jean-Louis David cinquième adjoint (en charge de la vie urbaine et de la coordination de la politique de proximité).

Sybille Rousseau
Sybille Rousseau

Crédit Photo : SR

Publié sur aqui.fr le 07/03/2019