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Société | La Banque Alimentaire de gironde à l'ère des paiements solidaires

Banque Alimentaire PIM

Non, PIM n'est pas le code que vous devez taper à l'ouverture de votre portable. Il s'agit en fait d'une entreprise bordelaise née en 2017 dont l'objectif est de redistribuer 50% des frais bancaires des commerçants partenaires à des associations caritatives. Ce mercredi 13 mars, la Banque Alimentaire de Bordeaux et de la Gironde, qui fête cette année ses 35 printemps (et surtout hivers...) a rejoint la liste des associations bénéficiaires. On s'est entretenu avec le co-fondateur de la société pour comprendre comment marchait le système et ce qu'il pourrait impliquer pour cette association de collecte alimentaire.

Ce mercredi 13 mars était une date symbolique pour le réseau français des Banques Alimentaires : il fête son anniversaire, 35 ans après des débuts marqués par un appel médiatique effectué dans le journal La Croix par une religieuse. A cette occasion, la Banque Alimentaire de Bordeaux et de la Gironde compte organiser une série d'évènements pour tenter de faire vivre l'association en dehors de sa traditionnelle collecte annuelle de denrées alimentaires, qui a cette année permis de collecter 40 tonnes de plus que l'an dernier en Gironde (410 tonnes en tout) dans un contexte social pourtant compliqué. En plus de ces moments dispatchés tout au long de l'année, la "BABG", comme elle se surnomme, a signé un partenariat un peu spécial avec une jeune entreprise bordelaise née en avril 2017. PIM (c'est son nom) est une application mobile de paiement solidaire sur smartphone. Reste à savoir comment ça marche. 

Mode de paiements

Gilles Verbecq, fondateur de l'entreprise, nous dévoile le fonctionnement et la philosophie du dispositif. "En réalité, on permet à nos utilisateurs (actuellement 500) d'ouvrir un compte bancaire. On a une licence et un agrégat auprès de la Banque de France qui nous permet d'octroyer des comptes de paiement à nos utilisateurs. On est assimilés à un établissement de paiement. Le fait de ne plus passer par les banques traditionnelles est volontaire. Concrètement, en faisant un paiement par carte, les commerçants vont prélever des frais. Ces frais seront reversés à sa banque et elle-même va en reverser une partie à la vôtre et au système Visa/Mastercard, ce qui fait que le commerçant paye des frais revendus à quatre intermédiaires différents. On part du principe qu'on supprime cette histoire de carte bancaire en permettant au professionnel et au particulier d'être sur la même plateforme par le biais d'un paiement instantané via le mobile avec un système de QR code. On prend la même commission que les banques classiques sauf que l'on en reverse la moitié à des associations partenaires".

Les frais bancaires pour chaque transaction, en général, tournent aux alentours de 1%. "La trentaine de commerçants bordelais partenaires ont accepté ce prix et le fait que 0,5% de cette somme serait reversée à l'association choisie par nos clients". C'est ce portefeuille d'associations qu'à choisi de rejoindre la Banque Alimentaire de Bordeaux et de la Gironde, portant ainsi le nombre à cinq. S'y ajoutent la Fondation pour la Nature et l'Homme (créée par Nicolas Hulot), L'Alternative Urbaine de Bordeaux, Vaincre la Mucoviscidose et les Jardins de Cocagne. "Il faut que le nombre d'utilisateurs soit équilibré par rapport au nombre d'associations. Si on a trop d'associations, les montants vont être trop dilués et ça n'aura pas d'impact", précise Gilles Verbecq. Montée par un expert bancaire et un spécialiste du développement digital, PIM a apparemment d'importantes ambitions de développement. Avec l'accélération de son développement commercial, elle vise 200 000 utilisateurs en 2021. Pour cela, elle s'appuie sur "de grands comptes qu'on est en train de signer et qui sont situés dans le grand Sud-Ouest, notamment à La Rochelle ou à Niort. On vise principalement les hôpitaux, les collectivités et les grandes entreprises. On propose PIM comme moyen de paiement de leurs salariés. Au sein de ces grandes structures, ces derniers doivent payer un certain nombre de services comme la restauration collective ou la conciergerie par exemple. Ces paiements-là, on les digitalise et ça nous permet de créer une communauté".

En cours de croissance

Née en partie d'une initiative personnelle (Gilles Verbecq ayant lui-même subi une greffe de poumons en 2008 comme traitement contre la mucoviscidose), PIM se présente comme un concurrent indirect des banques. Et si l'économie sociale et solidaire fait partie de son ADN, elle y conjugue d'importants objectifs de développement économique (en souhaitant recruter, par exemple, sept à huit personnes dans les mois à venir). Elle compte aussi apporter une véritable solution de paiement en ligne sans forcément passer par le QR Code, seul système aujourd'hui actif.

Economiquement, PIM a été soutenue par la région Nouvelle-Aquitaine (20 000 euros), la BPI (30 000 euros dans le cadre d'une bourse French Tech) et a reçu en octobre 2017 le 1er prix Start-UP Week-end Bordeaux. En juin dernier, l'entreprise a récolté 7038 euros dans le cadre d'une campagne de financement participatif sur Ulule avec des contreparties très liées à la partie sociale de son développement. Elle compte effectuer une levée de fonds prochaine comprise entre 300 et 500 000 euros. "Pour avoir une dimension nationale voire internationale, on doit passer par cette levée de fonds, mais on veut aussi prouver de manière volontaire que l'on peut mêler la gestion d'une entreprise et avoir un objectif rentrant dans le cadre de l'ESS".

Programmation annuelle

La Banque Alimentaire girondine, elle, ajoute ce service au partenariat déjà signé avec l'application mobile Tookets (made in Crédit Agricole), service de mécénat participatif permettant aux entreprises de financer auprès de ses clients ou salariés des aides pour les associations. A la clé (en tout cas dans la promesse de départ), des revenus réguliers aux sommes encore indéterminées, le partenariat se lançant à peine. Si les sommes récoltées par PIM sont similaires à celles obtenues grâce à "tookets" (4500 à 5000 euros selon le trésorier de l'association), elle permettront d'aider les finances internes et de contribuer à l'achat de matériel (par exemple, des palboxs). Une idée qui contribue aussi à varier les sources de financements pour l'association, avec une perspective de baisse des montants attribués dans le cadre du projet de fusion du Fonds européen d'aide aux plus démunis post-2020 (sur la période 2014-2020, il était de 3,5 milliards d'euros dont 500 millions pour la France).

Le calendrier des festivités, lui, prévoit plusieurs autres manifestations avant la prochaine collecte de novembre : la participation au Salon de l'Agriculture Nouvelle-Aquitaine en juin, le lancement d'un livre après l'assemblée générale de l'association le 18 juin, la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire le 16 octobre avec la remise du prix CREPAQ et la réplique, grâce à l'aide de la région, de l'opération bordelaise "Épate tes potes" qui consiste à sensibiliser les jeunes dans les cantines sur le sujet du gaspillage dans les quelques 280 lycées publics de Nouvelle-Aquitaine.

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : RB

Publié sur aqui.fr le 15/03/2019