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Politique | Jean-Marc Gancille, la défense d’une écologie radicale

Présentation livre Jean-Marc Gancille

Le fondateur de Darwin présentait le 15 mars son livre « Ne plus se mentir » aux Chantiers de la Garonne, un ouvrage dans lequel il évoque ses aspirations à une action plus radicale en faveur de l’environnement. Autour de militants écologistes, il a dressé un constat inquiétant, « peut-être anxiogène », de la situation climatique de la planète et envisagé de nouveaux modes d’action.

Jean-Marc Gancille ne veut plus mentir. Comme l’indique le titre de son livre, « il faut appeler un chat un chat » et regarder en face la situation environnementale, même si elle est très inquiétante. Un propos qu’il confesse être « lourd et discutable ». Point de départ de ce livre, des années de militantisme et d’actions pour la cause climatique : « Ce que nous subissons actuellement, c’est le comportement de nos parents et de nos grands-parents. Ce que nous subirons demain, c’est ce que nous faisons maintenant », explique Jean-Marc Gancille.

Entouré de Camille Choplin, auteure, Alex Mahfoudi, zadiste et Maurice Rebeix, photographe et conférencier, Jean-Marc Gancille a souhaité ouvrir le débat sur comment éveiller les consciences de chacun aujourd’hui, à l’heure de l’urgence absolue. « On nous mène en bateau, on culpabilise les citoyens depuis des années pour ne pas changer un système extrêmement consumériste et pollueur ». Des chiffres alarmants appuient les propos du fondateur de Darwin : 70 % des oiseaux de la planète sont des volailles d’élevages et 60 % des mammifères sont du bétail. Aujourd’hui, avec son livre, Jean-Marc Gancille appelle à une « exigence de lucidité ».

Pour lui, l’alliance économie et écologie est « une fake news ». Deux notions incompatibles à ses yeux, car lorsque l’on produit trop de ressources, cela génère des déchets, une pollution ingérable. « Il n’y a pas d’économie verte, ni de croissance verte », assène-t-il.

La violence, un mode d’action légitime ?

Face à ce constat, Jean-Marc Gancille veut repolitiser l’écologie, l’action écologique. Il fulmine : « La véritable violence, c’est celle d’un système qui depuis des décennies a tout détruit ». « La viande est le produit d’une violence inouïe. Nous ingérons un concentré de violence. Comment voulez-vous que nous ne devenions pas violents au bout d’un moment ? », poursuit-il.

Il énonce également une vision du combat qui passera par l’affrontement : « Défaire un tel système surpuissant passera forcément par une confrontation physique. Ce n’est pas un appel aux armes. Mais nous l’avons vu dans l’histoire, le pouvoir n’abdique pas autrement ». Il cite en exemple l’ONG Sea Shepards, dont les militants se sont plusieurs fois mis en danger, ont risqué leur vie pour dénoncer la surexploitation des baleines par le Japon.

« Nous sommes dans une société où tout est à vendre, en dehors du sacré », complète Maurice Rebeix, qui a longtemps vécu aux côtés des populations autochtones nord-américaines. Pour éveiller les mentalités, il passe davantage par un projet de non-coopération : créer une société à côté de la société. « Refuser certains produits, certains modes de consommation, par un effet de masse, peut mettre à genoux une multinationale en quelques secondes ».

Alex Mahfoudi est un militant extrêmement impliqué dans le combat environnemental. Il a longtemps vécu sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. « Le message c’était de dire que oui, ils construiraient leur aéroport, mais avant il faudrait nous tuer ». Il s’étonne également de la capacité d’un système à « faire croire qu’il serait la solution » : « depuis quand on appelle le pyromane pour éteindre l’incendie ? », s’insurge-t-il.

Camille Choplin a choisi un mode d’action immiscé dans son quotidien : « il n’y a pas de petit geste ». Les petits gestes, ce sont le tri sélectif, les douches plus courtes, le boycott de certains produits ou marques polluants et destructeurs pour l’environnement. Refuser une société de surconsommation, tel est son message. « Le livre de Jean-Marc est dur à lire. Mais trop de gens n’ont pas conscience de la gravité de la situation ».

Ainsi, les quatre interlocuteurs ont chacun une vision contrastée de l’action politique écologiste, impliquant un degré de violence plus ou moins élevé. Mais pour tous, le changement passera par une action radicale, massive, réunissant les populations.

Marianne Chenou
Marianne Chenou

Crédit Photo : Marianne Chenou

Publié sur aqui.fr le 16/03/2019