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Economie | Rochefort : l'Arsenal se fait centre de formation aux métiers du nautisme

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Depuis deux semaines, l’Arsenal de Rochefort accueille 12 personnes en formation professionnelle sur sa partie chantier naval, qui servi autrefois pour la conception de L’Hermione. « Ce n’est pas un chantier d’insertion, mais bien une formation débouchant sur un titre professionnel et un métier », précise Catherine Veyssy, la vice-présidente de la Région en charge de la formation professionnelle et de l’emploi. La Nouvelle-Aquitaine a investi un peu plus de 198 000€ pour financer ce dispositif, appelé à être reconduit.

Cette toute nouvelle formation sur l’ancien chantier naval de L’Hermione répond à deux problématiques locales : continuer à employer le lieu, les outils et les compétences humaines déployées durant deux décennies pour concevoir la frégate ; transmettre ces savoir-faire dans la construction navale à des demandeurs d’emploi ou des personnes en reconversion pour pallier le manque de main d’œuvre dans la filière (lire ci-dessous).

Les 12 premiers stagiaires ont été pris en charge par l’Afpa en décembre dernier. Après une première formation au centre Afpa de Périgny, les apprentis complètent leur apprentissage des bases sur le chantier de l’Arsenal durant 6 semaines. Puis ils partiront sur un autre chantier à la Rochelle, pour la réfection d’un bateau contemporain en composite. A la fin de la formation, en juin, ils seront titulaires d’un titre professionnel « agent de maintenance en marine de plaisance », soit un niveau CAP. Ils pourront intégrer une entreprise ou poursuivre sur une autre formation, pour devenir notamment menuisier de marine.

En attendant, ils devront faire leurs preuves sur la restauration du Cupidon Fou, un vieux sloop en bois de 1929. Classée aux Monuments historiques, cette ancienne embarcation de course ayant appartenu à la famille Rotschild a été confié au chantier de l’Arsenal par son nouveau propriétaire, le fondateur du musée de la mer et de la marine de Bordeaux Norbert Fradin. « C’est en discutant avec la déléguée générale Emilie Beau que j’ai eu envie d’associer la nécessaire réfection de ce bateau chargé d’histoire à un projet à caractère social », explique-t-il. L’association Hermione-La Fayette s’est ensuite rapprochée du chantier Despierres, à La Rochelle, pour bénéficier de l’expertise et du suivi de cette entreprise spécialisée dans la réfection des vieux gréements en bois. Son patron Nicolas Chanteloup supervise l’avancée du chantier de concert avec le formateur de l’Afpa.

Norbert Fradin (à droite) a confié son Cupidon fou à l'équipe de Nicolas Chateloup. Coût global du projet : 300 000 €. Norbert Fradin (à droite) a confié son Cupidon fou à l'équipe de Nicolas Chateloup (à gauche). Coût global du projet : 300 000 €.

« Pour eux, c’est une première approche de la restauration d’un bateau de ce type, qui va leur permettre de mettre en pratique ce qu’ils ont appris », explique Nicolas Chanteloup, « Par exemple, on leur fait faire des relevés de charpente pour estimer la quantité de bois nécessaire à remplacer, puis ils vont créer des renforts pour mettre en sécurité le bateau et des gabarits de formes pour redonner une symétrie à la coque ». Une fois cette partie « gros œuvre » effectuée, le Cupidou fou passera dans les mains expertes des menuisiers de marine du chantier Despierres pour achever sa rénovation. « L’idée, c’est que les jeunes aient vu toutes les bases de la fabrication de la structure, qu’ils maîtrisent les noms des pièces, des techniques ainsi que le tracé de charpente », poursuit Cédric, le formateur de l’Afpa qui les accompagne, « à l’issue de leur formation, ils ne seront pas totalement autonomes, mais ils pourront trouver du travail s’ils le souhaitent. La motivation, c’est 80% du boulot ! »

Des candidats aux profils variés

Deux jeunes en formation avec Cédric, le formateur de l'AfpaCédric avec ses apprentis : "La motivation, c'est 80% du boulot!"

Parmi les stagiaires, les profils et les parcours sont très divers. Il y a Anthony (au centre sur la photo), qui, après de longues études et un travail dans l’informatique, a voulu changer de vie en y associant sa passion pour le nautisme. Bastien, qui  a quitté la marque à la pomme en espérant trouver dans la filière un métier qui fasse sens. Ou encore Joseph, passé sans succès par la filière aéronautique avant de découvrir la formation de l’Arsenal à la mission locale. Tous considèrent ce nouveau départ comme une chance. Cette nouvelle formation suscite également beaucoup d'espoir dans la profession : "C'est difficile de trouver du personnel qualifié", témoigne Nicolas Chanteloup, "il existe encore trop peu de formations à ces métiers par rapport à la demande de la filière. Dans la région, le seul autre centre à proposer une formation équivalente est au lycée de Gujan-Mestras, en Gironde." 

 

Huit des douze jeunes en formation avec les formateurs, autour du Cupidon fou

 

Une formation du "Campus des industries navales"

Ce chantier de formation « qualification nouvelle chance » de l’Arsenal fait partie du « Campus des industries navales ». Cette association nationale créée en décembre dernier a pour vocation de développer la sensibilisation et la formation aux métiers de l’industrie navale. La filière manque en effet de bras alors qu’elle embauche, en particulier des ouvriers et des techniciens spécialisés. Pour pallier à ce manque, les régions Nouvelle-Aquitaine, Normandie, Bretagne et Pays de la Loire se sont fédérées avec les industriels des chantiers de l’Atlantique, Constructions mécaniques de Normandie (CMN Group), Naval Group, Piriou, ainsi que les ministères de l’Education nationale, des Armées, du Travail et des Transports, pour constituer cette association. Le Campus de l’industries aura bientôt son siège à Brest. Sa mission : satisfaire le besoin en volume de recrutement des bassins d’emploi des 4 régions concernées.

Anne-Lise Durif
Anne-Lise Durif

Crédit Photo : Anne-Lise Durif

Publié sur aqui.fr le 22/03/2019