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Culture | L'actualité du Roman Noir : Le Scolyte

Le Scolyte. Polar rural forestier, Yves Lesgourgues et Jacques Ripoche, 2019, 321 pages, éd. Société de Borda / Mémoire en Marensin, 20 euros.

Plongée dans le crime en forêt landaise, ce roman décrit et commente, en même temps qu’une enquête policière, un grand nombre de thèmes relatifs à l’histoire, la géographie, les aléas climatiques et l’économie du massif forestier gascon.

Au commencement, comme il se doit, un assassinat, celui d’un fonctionnaire de l’Office Sanitaire des Forêts : la mise en scène autour du cadavre -des petits cônes de sciures – rappelle le modus operandi du scolyte, insecte parasite qui fait des ravages dans les plantations de pin.

Rappelons que l’action se situe en 2010, peu après la tempête Klaus. Or c’est peu de dire que le milieu sylvicole, déjà chamboulé par les effets de l’ouragan dévastateur, plonge dans une émotion encore plus grande après les attaques ravageuses du coléoptère. La profession se divise entre ceux qui préconisent de passer à autre chose que la culture traditionnelle du pin et ceux qui y restent attachés.

D’autres disparitions vont suivre et l’enquête menée par la brigade de gendarmerie locale et sa sympathique lieutenant vont cibler tour à tour le mouvement écologiste et une famille de grands propriétaires sylvicoles.

En fait, c’est la description, célébrée, de la vie quotidienne de la communauté du petit village landais et déclinée sous toutes ses formes qui est mise en avant : tradition de la chasse à la palombe, hommage aux corridas de Dax, aux Cercles-cafés associatifs, aux solides habitudes culinaires. Et questionnée par l’ouverture toujours plus grande à l’Europe (voire au continent américain) et l’arrivée de bûcherons venus des pays slaves. Le parcours professionnel des deux auteurs- l’un Yves Lescourgues est ingénieur des eaux et forêts, l’autre Jacques Ripoche est journaliste- n’y est bien sûr pas pour rien. Et on rajoutera la dimension historique (l’époque de la collaboration à Bordeaux) donnée à cette histoire.

Et pour conclure, donnons la parole au livre lui-même :

«  En l’espace de 10 ans, le massif landais de pin maritime aura perdu la moitié de son volume de bois sur pied. ..Et pour que vous saisissiez bien la dimension du traumatisme, sachez que certains Landais parmi les plus anciens ont pu apercevoir du jour au lendemain, depuis chez eux, le clocher du village voisin qu’ils n’avaient jamais vu de leur vie auparavant. Ces deux tempêtes n’ont pas abattu que des arbres, elles ont aussi chamboulé les paysages et les hommes. »

Bernard Daguerre
Bernard Daguerre

Crédit Photo : La Machine à Lire

Publié sur aqui.fr le 31/03/2019