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Agriculture | Changement climatique « Le mythe des futurs eldorados »

Patrice Geoffron professeur de Sciences-Economiques

Mardi 14 mai, le salon Vinexpo de Bordeaux proposait un symposium, le premier du genre, autour de l’impact du réchauffement climatique sur le vin et les spiritueux. A cette occasion, Patrice Geoffron, professeur de Sciences-Economiques et directeur de l’équipe Energie-Climat à Paris-Dauphine a rendu publique l’étude réalisée dans le cadre de cette rencontre qui analyse les conséquences économiques potentielles du changement climatique sur la filière vitivinicole à l’international…

Les terroirs arriveront-ils à garder leurs typicités ? Verrons-nous l’émergence de nouveaux vignobles, voir la délocalisation de certains ? Devons-nous nous inquiéter d’une possible modification du contexte sanitaire avec l’arrivée de nouvelles maladies ou de nouveaux ravageurs ? Voici quelques unes des questions que les professionnels de la filière vigne ainsi que les acteurs du territoire doivent se poser aujourd’hui selon Alain Rousset, le président de la Région Nouvelle-Aquitaine. Ce symposium porté par la Région qui s’est tenu le mardi 14 mai au Parc des Expositions de Bordeaux dans le cadre de Vinexpo devait apporter des éclairages sur cette thématique primordiale qu’est l’impact du réchauffement climatique sur le vin et les spiritueux. « L’objectif de cette rencontre était bien de valoriser des connaissances à notre disposition afin d’établir un état des lieux scientifique », précise le chef de file de la Région. Une réflexion globale jugée « indispensable » pour ce dernier afin d’engager « les mutations et adaptations systémiques propres à anticiper les futures conditions climatiques de nos territoires. »

« Les dérèglements ouvrent sur un monde inconnu »
Trois conférences avaient donc lieu autour de l’impact du réchauffement climatique sur les vignobles au niveau mondial, pour la première, sur la conduite du vignoble et la vinification, pour la deuxième et sur l’économie du vin, pour la troisième. Au cours de cette journée, Patrice Geoffron, professeur en Sciences-Economiques à Paris-Dauphine et directeur de l’équipe Energie-Climat prit la parole afin de mettre en lumière une étude réalisée tout spécialement pour ce symposium qui analyse les conséquences économiques potentielles du changement climatique sur la filière vitivinicole à l’international. Pour ce dernier, si depuis des décennies si ce n’est des millénaires la vigne s’adapte aux changements, aujourd’hui, le défi est tout autre, car « les dérèglements ouvrent sur un monde inconnu ». Malgré tout, cet expert tient à rester optimiste. « Certes, les incertitudes économiques induites par le climat futur constitueront de toute façon une menace pour l’activité, mais nous détenons une large gamme de stratégies d’adaptation ». Et, du reste, certains Etats mettent déjà en place de nouvelles façons de travailler. Par exemple, en Australie, pour préserver la fraîcheur de leurs productions, certains viticulteurs misent sur l’Ile de Tasmanie, la région viticole la plus fraîche du pays afin de préserver les caractéristiques de leurs vins. Mais Patrice Geoffron tient à mettre en garde contre ce « mythe » de l’eldorado. « Si de nouvelles zones propices à la viticulture sont en émergence, l’évocation de futurs eldorados de la viticulture mérite d’être soumise à un examen critique pour différentes raisons ». Pour lui, « les régions traditionnelles s’adapteront, la demande mondiale à long terme est incertaine et l’économie mondiale est instable ».

L’innovation pour s’adapter au changement climatique
Les conséquences de ce réchauffement climatique sont déjà palpables. En effet, ce changement climatique fait chuter la production d’orge par exemple. L’orge de haute qualité utilisée pour le whisky représente 20 % de la production mondiale d’orge. Aussi, en Australie, le goût des vins blancs évolue avec la hausse des températures, devenant selon le vinificateur Ross Brown « des vins plus riches, plus mûrs et plus doux ». Pour limiter l’impact du réchauffement climatique sur le vignoble, les chercheurs travaillent depuis des décennies sur des outils innovants. Exemple avec cette centrale « vitivoltaïque » qui a été inaugurée en 2018 au Domaine de la Nidolères à Tresserre dans les Pyrénées-Orientales. Combinant vigne et panneau solaire, ce premier démonstrateur agrivoltaïque au monde se compose de panneaux pilotés à distance. Ainsi, ce système permet de répondre aux besoins physiologiques des plants de manière efficiente grâce à un logiciel établi à partir de recherches sur le bénéfice de l’ombrage pour les plants et des capteurs mesurant l’ensoleillement ou l’hydrométrie du sol. Dans le Bordelais, des grands crus de prestige mettent des drones au service de leur production permettant de collecter de précieuses informations depuis le ciel et ainsi programmer les vendanges en fonction de la maturité des raisins.
Enfin, dernier exemple, à Buzet, en Lot-et-Garonne, Les Vignerons de Buzet ont planté en mars dernier un vignoble du futur. « Ces 17 ha de vigne, appelés vignoble New Age, sont pensés et testés pour aboutir à un vignoble sans aucun intrant -même ceux autorisés en bio-, auto-fertile, capable de se passer de l’intervention humaine. » Ce vignoble se divise en deux parties. Sur 4,5 ha, en AOC Buzet, « nous avons planté des cépages résistants -Artaban, Vidocq- et des cépages méridionaux -Tempranillo, Syrah- que nous supposons mieux adaptés aux conditions climatiques futures », précisent les vignerons. Aujourd’hui, ces derniers attendent avec impatience le premier millésime en 2021 afin de faire « le bilan et pouvoir déployer les méthodes innovantes, durables et concrètes sur les vignes de nos coopérateurs ».

Sybille Rousseau
Sybille Rousseau

Crédit Photo : SR

Publié sur aqui.fr le 14/05/2019