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Economie | Aéronautique : les Apprentis d'Auteuil diplôment les premiers jeunes de "SKOLA"

Skola Aéro

Des jeunes éloignés de l'emploi, en décrochage scolaire ou en difficultés, peu ou pas diplômés, qui se forment et trouvent un emploi dans l'industrie aéronautique, l'un des plus importants pôles économiques de Nouvelle-Aquitaine. C'est le pari que s'est fixée la Fondation des Apprentis d'Auteuil avec une dizaine de jeunes entre 18 et 30 ans en 2017. Ce mardi 21 mai, il était temps pour les lauréats de recevoir leurs diplômes au cours d'une petite cérémonie organisée à Blanquefort. On a tenté d'analyser ce nouveau dispositif et de comprendre ce qu'il impliquait pour les principaux concernés. Focus.

C'était une remise de diplômes en bonne et due forme ce mardi 21 mai au sein de l'antenne de Blanquefort des Apprentis d'Auteuil, au château Dulamon. En 2017, la fondation des Apprentis d'Auteuil a imaginé ou contribué à de nouveaux dispositifs pour permettre à des jeunes peu ou pas qualifiés ou éloignés de l'emploi de se former dans des secteurs en manque de main d'oeuvre. On peut notamment citer les "plombiers du numérique" qui forme des jeunes à l'installation de la fibre optique ou "les vignerons du vivant", formation en bio dans la vigne proposée pae plusieurs châteaux en Médoc (et notamment initié par le château Anthonic). C'est assez logiquement, pour poursuivre sa réflexion, que la fondation a décidé de se pencher sur le secteur de l'aéronautique, très porteur puisque étant l'un des plus gros employeurs de l'agglomération et, à en croire les dernières données de l'INSEE, particulièrement concerné par les pénuries de réponses aux diverses campagnes de recrutement.

Le programme d'insertion des Apprentis d'Auteuil, baptisé "Skola Aéro", est assez particulier, autant dans l'aspect industriel que social : les formations proposées incluent le "savoir-être" au "savoir-faire" et sont réalisées en partenariat avec six entreprises aéronautiques de la région (et pas les moins importantes) : Dassault, Sabena, Stelia Aerospace, Potez Aéronautique, Asquini et 3A. Elles ont le soutien du GIFAS (Groupement des Industries Françaises Aéronautiques et Spatiales), de Pôle Emploi, des OPCO (OPérateurs de COmpétences) du secteur et du Conseil Régional. 

Mélange des genres 

Concrètement, comment s'est déroulée cette première formation ? 14 jeunes entre 18 et 30 ans éloignés de l'emploi ont passé une préqualification de trois mois, ce qu'on appelle une "Préparation Opérationnelle à l'Emploi" (ou POEI) au sein de structures affiliées comme les "Missions Locales". Sur ces 14, une dizaine a signé un contrat de professionnalisation avec une entreprise pour une durée de quinze mois sur un poste de "monteur-ajusteur aéronef, mention carbone". À noter qu'un dispositif d'hébergement et de restauration leur est fourni au sein du site d'Aérocampus, à Latresnes, également partenaire du projet (puisque le site assure aussi aux côtés de l'AFPA les formations techniques), pour qui l'intérêt est évidemment de montrer que ce type de formation peut être accessible à tous. Le bilan de cette première session, s'il n'est pas parfait, est en tout cas assez encourageant pour la fondation (qui s'est récemment associée à la création d'un nouveau campus en plein coeur de Bordeaux). Six des dix jeunes ont obtenu un certificat de qualification professionnelle complet. Côté insertion, deux sont en intérim, cinq en CDI, deux toujours en cours de décision et un seul a été réorienté. Wissal, seule fille du groupe, avoue avoir été longtemps "perplexe. J'avais peur parce que j'avais arrêté l'école à 18 ans et je pensais que c'était un métier innaccessible. C'est toujours angoissant de manipuler des pièces aussi chères ! Aujourd'hui, j'espère pouvoir continuer dans cette voie".

Ben lui, ignorait tout de l'aéronautique avant d'être embauché chez Potez. "J'ai voulu essayer parce que ça se rapprochait de ma précédente formation en chaudronnerie. Ça a été dur financièrement, j'ai été aidé par Pôle Emploi. Mais c'est un métier dans lequel j'ai envie de progresser". Une réussite, donc, pour un dispositif dans lequel tout n'était pas gagné au départ, surtout dans un secteur aux demandes fluctuantes et qui procède déjà à ses propres campagnes de recrutement, comme le confie Alixia Mauger, employée chez Potez (à Aire-sur-Adour) aux ressources humaines. "On a une quarantaine de postes ouverts actuellement, et on a quand même du mal à trouver des candidats. Pourtant, on recherche autant les capacités techniques que le savoir-être, c'est pour ça que participer à ce dispositif était important pour nous. On organise deux campagnes de recrutement par an, l'une en janvier et l'autre en septembre au cours desquelles on recrute huit à dix personnes. On considère qu'on a un rôle à jouer dans leur formation, même si on ne peut pas empiéter sur la vie privée, mais le mélange entre entreprises privées, associations et fondation fait qu'il y a des relais. Au début, Ben, qui avait des difficultés familiales, a eu quelques problèmes d'assiduité mais tout le monde a quand même accepté de jouer le jeu". Même chose pour Bastien, embauché chez Dassault, qui avait suivi une formation d'électricien pour travailler sur des chantiers de fibre optique. Il va désormais travailler sur le Falcon 900 et prend son diplôme effectif comme une nouvelle chance. 

Pour Caroline Boidron, responsable du mécénat et de la "notoriété" au sein des Apprentis d'Auteuil, "l'intérim n'est pas une seconde voie dans l'aéronautique, c'est un vrai sas de recrutement. Cette formation est en tout cas souvent réservée à des jeunes qui n'y seraient pas allés d'eux-mêmes, à qui ça fait peur. Toutes les entreprises ont déjà leur école de formation, nous sommes un épiphénomène, mais les profils que nous proposons sont particuliers". Le financement du dispositif l'est aussi : la première année, Skola Aéro a coûté 285 000 euros au total, dont 175 000 euros pour la formation professionnelle. La rémunération des stagiaires est assurée par Pôle Emploi, le coût de la formation par les OPCO et l'hébergement sur le site par le GIFAS et le mécénat des entreprises partenaires. Une balance qui va changer : après le bilan positif tiré de la première "promotion", les partenaires du dispositif et la Fondation ont décidé de le reconduire pour l'année 2019-2020.

Soutien national

Son objectif idéal est de former une quinzaine de jeunes, avec cela dit une durée raccourcie à dix mois pour le contrat de professionnalisation, du 9 janvier au 7 octobre 2020. Du fait de cette nouvelle durée, le budget final a été réduit à 230 400 euros, dont 50 000 euros de mécénat et, nouveauté, 54 000 euros accordés par l'État dans le cadre d'un appel à projet baptisé Plan d'Investissement dans les Compétences. Ce dernier est lui-même issu des mesures annoncées dans le cadre du "plan pauvreté" pour répondre aux 20,7% de jeunes au chômage et aux quelques 60 000 jeunes en France qui ne sont ni en études, ni en formation, ni en emploi (NEET), et aux 3000 sortant de l'aide sociale à l'enfance sans solution. Le revers du dispositif Skola, c'est qu'il s'empêche lui-même d'être plus ambitieux en termes de nombre de jeunes formés chaque année, selon Caroline Boidron :  "On a fait 34 prescriptions auprès de différents organismes, on en a sélectionné dix au final, mais c'est vraiment de l'accompagnement personnalisé et adapté à chacun. Ce serait difficile de faire pareil avec un nombre de jeunes plus important". Diplôme en poche, les heureux lauréats ont encore tout à prouver. "C'est une étape, la route est encore longue", a ainsi signalé le Président d'Aérocampus Jean-Luc Engerand. Elle est, en revanche, sûrement un peu moins encombrée qu'à son départ.

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : RB

Publié sur aqui.fr le 23/05/2019