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Edito | Des élections riches d'enseignements et pas seulement pour demain

A les considérer avec un peu de distance, au lieu de tomber dans les analyses instantanées qui collent si bien avec une campagne qui devait se résumer à un match entre le Front National ou, plutôt, le Rassemblement National et le parti du président, ces élections européennes sont riches d'enseignements. Et pas seulement pour demain, c'est à dire pour les semaines qui viennent. D'abord, et c'est le signe que les Français sont beaucoup moins indifférents à l'avenir de l'Europe que d'aucuns le rabachaient : ils ont pris, souvent de bon matin, le chemin des urnes. Et voté bien davantage que les sondages ne l'avaient laissé supposer, dans un mouvement, d'une certaine manière, en phase avec les citoyens des pays de l'Union qui ont pris ce rendez-vous très au sérieux. C'est un constat encourageant et qui oblige toutes les familles politiques.

Le chef de file des Verts, Yannick Jadot, dont la formation réussit à bien franchir le seuil des 10% l'a dit avec des accents dont on aura remarqué qu'ils s'adressaient à la jeunesse, dans un contexte européen où l'urgence climatique booste le vote écologique, en Allemagne en premier lieu, mais pas seulement.

Quant au match de fond de court annoncé entre l'extrême droite et la République en marche, s'il a eu lieu, il n'apporte d'autres enseignements que ceux, classiques, dans une élection intermédiaire, à savoir que comme en 2014 il a toute l'allure du vote sanction. S'il semble cette fois prendre plus de relief c'est parce que le pays n'est pas sorti de la crise sociale, née du mouvement des Gilets Jaunes. D'ailleurs, à regarder de près les résultats de la France rurale, on n'est pas surpris d'y constater un vote important, en phase avec les revendications exprimées, ce qui ne saurait être interprété par Emmanuel Macron et son gouvernement autrement que comme l'insuffisance des lendemains du grand débat. La France ne se remettra pas sans une forte réponse politique – un changement de gouvernement à défaut de ligne ? - et une nouvelle donne organisée de la décentralisation, de ce grand déficit territorial.

Deux autres enseignements très forts doivent être tirés de cette élection.Le premier touche à l'état de la gauche, plus en miettes que jamais, à bien considérer les résultats. Le PS sauve une représentation au Parlement à travers Envie d'Europe mais ne se redresse aucunement ce qui ne peut qu'inquiéter, à moins d'un an des municipales, ce socialisme des départements et communes qui n'a pas réussi à s'affranchir d'une direction nationale dépassée. La France Insoumise n'est pas en meilleur état et ne peut que regretter l'effondrement survenu après la présidentielle ; son corpus idéologique, souvent sur le mode du va et vient, cher à Jean-Luc Mélenchon, a détourné nombre de ses soutiens. C'est d'ailleurs sur ce terrain, en compagnie des amis de Benoît Hamon et de ceux de Ian Brossat et du PCF que la gauche, si elle a la moindre chance de survivre, doit se remettre à l'ouvrage, au moment où le vote écologiste a l'ambition d'offrir une alternative crédible.

Enfin, et ce n'est pas la moindre des leçons de ce grand état des lieux des forces politiques nationales, les « Républicains » malgré le coup de jeune que François-Xavier Bellamy leur a apporté, n'ont pas amorcé le redressement espéré par leur président Laurent Wauquiez. Ce ne sera pas sans conséquence, et probablement sans trop tarder, car l'unité réalisée le temps d'une campagne pourrait ne pas résister aux ambitions des unes et des uns, des Valérie Pécresse ou des Xavier Bertrand par exemple.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 27/05/2019