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Agriculture | Elevage bovin: les bons conseils du colloque international Aquitanima

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Ce vendredi soir, alors que quelque 400 bovins prenaient leurs quartiers sous le Hall 4 du Parc des Expositions de Bordeaux, en vue du démarrage imminent du Salon de l'agriculture Nouvelle-Aquitaine, ils étaient une grosse centaine d'éleveurs, vétérinaires et acteurs étrangers du monde de l'élevage à se réunir à l'Hôtel de région pour le traditionnel colloque international Aquitanima. Un colloque lors duquel résonnent de très nombreux accents, dans une convivialité certaine, et qui vient clore les Aquitanima Tours, ces circuits techniques de races qui parcourent la région pour remonter le fil des différents chaînons de production et de valorisation des races bovines, caprines, et désormais équines de la région. L'occasion de constater la présence internationale de ces races à travers le monde, mais aussi d'intervention plus techniques qui n'auront à coup sûr pas manquer d'intéresser les participants.

En 2017, le colloque avait emmené ses participants à la découverte exotique de la filière caprine de Taïwan. Cette année le voyage aura été offert par José Antonio Baptista, éleveur de Limousines en Uruguay. L'occasion pour lui de fièrement présenter à l'auditoire quelques uns des ses bovins très régulièrement primés dans son pays ainsi que le système national d'identification et de traçabilité des animaux. Un pays pour lequel l'assistance, et notamment les acteurs de l'élevage français, auront découvert avec envie, que ses habitants sont les plus gros consommateurs de viande au monde. Et pour cause, sont engloutis, en moyenne, chaque année, 107 kg de viande par habitant... On est bien loin des chiffres français à la baisse, passés de 88,7 kg par an et par habitant à 86,9 kg entre 2005 et 2016.


Viande bovine: allier nutrition et qualité sensorielle, c'est possible
Une baisse de la consommation d'autant plus forte pour la viande bovine sur cette même période. Elle enregistre un recul de viande consommée par habitant de 26,6 kg à 23,8 kg sur une année. Une baisse qui selon Marie-Pierre Ellies-Oury, maître de conférence à Bordeaux Sciences Agro, s'explique à la fois par des faiblesses de la filière, telle l'irrégularité de la qualité des viandes, mais aussi des menaces bien connues telles que le végétarisme et véganisme, et une image globalement dégradée des produits de la filière. Des menaces parmi lesquelles comptent également le rapport de l'OMS pointant la consommation de viande bovine comme probablement cancérigène, en raison notamment d'une trop forte présence de lipides dont des acides gras saturés...
Face à cela pourtant, la chercheuse offre une porte de sortie, affirmant que l'on peut agir sur les qualité nutritionnelle de la viande... tout en conservant ses qualités sensorielles (la tendreté notamment). Non pas en faisant des croisements entre races qui pourraient être plus ou moins « grasses », et d'autre plus ou moins « tendres », mais d'abord, en jouant sur l'alimentation des animaux et notamment via des rations supplémentaires de graines de lin qui diminuent les graisses saturées, augmentent les graisses insaturées et les oméga 3. Second axe possible, complémentaire, et de rechercher au sein d'une même population (donc d'une même race) des animaux plus ou moins gras et plus ou moins tendres afin d'obtenir le bon compromis entre qualité nutritionnelle et sensorielle. Un bon compromis à ensuite parvenir à mettre en place sur l'ensemble de la filière. Un exercice sans doute pas si simple, mais dans lequel en tous cas les races gardent tout leur sens. Une bonne nouvelle pour les éleveurs présents !

Vermifuge: un traitement raisonné, c'est possible
Autre bon conseil apporté cette fois par la vétérinaire Nadine Rabinet venue présenter une recherche sur l'usage raisonné des vermifuges contre le vers du tube digestif, chez les bovins. Résultat de la collaboration publique privée entre l'INRA-Oniris (Nantes) et le laboratoire vétérinaire Ceva Santé Animale, l'étude démontre que là où on a pris l'habitude de vermifuger tous les ans les ruminants ayant accès aux pâturages, une utilisation raisonnée du vermifuge est non seulement plus économique, plus écologique, mais aussi sanitairement plus intéressant pour certains animaux, en leur laissant l 'opportunité de développer leur propre système d'immunité. Au delà de ce constat, l'étude en question a surtout réussi à mettre en place certains indicateurs pour trier les animaux à risque et donc à traiter au regard du reste du troupeau.
En synthèse le conseil aux éleveurs est double. D'une part, « permettre aux animaux de développer leur immunité avant leur premier vêlage en allant au pâturage sans être vermifugée » ; la larve du vers en question se trouvant dans l'herbe pâturée. Et, d'autre part de « cibler pour le traitement les vaches qui ont vêlé durant la saison au pâturage et qui sont de faibles productrices de lait » ; Pour elles seules en réalité le vermifuge permet une réelle augmentation de la production du lait, là où pour les autres vaches adultes, le gain de production de lait est en moyenne très faible : 300 g par vache et par jour. Autant dire un coût financier relativement inutile pour l'éleveur, et le risque d'empêcher chez ses animaux le bon développement de leur immunité contre ce vers du tube digestif.

Race Limousine: l'évènement de la décennie!
Enfin dernière bonne nouvelle et surprise de la soirée : l'annonce par les responsables de France Limousin Selection, de l'organisation de « l'évènement de la décennie pour la race : le Congrès International de la race du 17 au 26 septembre 2020, en France et pour 80% du programme sur le territoire de Nouvelle-Aquitaine. » Entre 200 et 300 congressistes d'une trentaine de pays sont attendus pour visiter une vingtaine d'élevages et de « ce qui se fait le mieux » en France.

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Yoan Denéchau

Publié sur aqui.fr le 01/06/2019