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Politique | Bordeaux Métropole : Mont-de-Marsan signe un premier "contrat de mariage"

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Après Angoulême, Libourne, Marmande et Limoges, c'est au tour de Mont-de-Marsan d'engager le dialogue avec Bordeaux Métropole. La ville a signé ce lundi 24 juin un "protocole de coopération" avec la métropole et la ville de Bordeaux, principalement à vocation culturelle et touristique. Ce premier pas pourrait d'ailleurs n'être qu'un début pour l'agglomération bordelaise, qui a entamé une ouverture vers les "villes moyennes" à 2014, ouverture qui se poursuit aujourd'hui dans un contexte de "fracture territoriale" de plus en plus prégnant. Un nouveau virage devrait d'ailleurs intervenir dès la rentrée prochaine.

Mont-de-Marsan a rejoint ce lundi la liste des territoires souhaitant engager une collaboration avec la métropole bordelaise en signant un protocole de coopération avec la métropole et la ville de Bordeaux. Ce dernier vise, en particulier, à renforcer les échanges dans le domaine de la culture et du tourisme. "Il faut faire vite ce qu'on sait faire déjà à peu près bien", a ainsi concédé le président de Bordeaux Métropole, Patrick Bobet. "C'est d'abord un partenariat muséal, ce qui est logique quand on connaît le Musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan. On pourra envisager, par exemple, des échanges d'expositions. Même chose au niveau des spectacles vivants du côté du Théâtre de Gascogne. L'intérêt, c'est que lorsqu'on créé des évènements culturels, nos deux villes puissent collaborer. Le deuxième acte important, c'est le tourisme. Mont-de-Marsan s'est doté d'un office de tourisme depuis 2013, il y a donc des choses à échanger avec celui de Bordeaux Métropole". 

Sujets ciblés

Cette dynamique, regroupée au sein de Bordeaux Métropole Coopérative, est impulsée depuis 2014 pour favoriser des échanges et des partenariats entre l'agglomération et d'autres villes de la Gironde ou de la région Nouvelle-Aquitaine, participant ainsi à cette politique de "décentralisation" souhaitée par les différentes institutions locales. La LGV et l'attractivité de Bordeaux sont passées par là, et elles attisent plus encore l'intérêt qu'avant. Les premiers contrats de coopération, eux, sont arrivés à partir de 2016 : Angoulême, Libourne, le Val-de-Garonne et Saintes, Limoges et, enfin, Mont-de-Marsan. Ces "contrats" sont adaptés à chaque territoire dans lesquels ils sont signés. À Libourne, on identifie les mobilités et l'économie (qu'on parle de foodtech, de tourisme fluvial ou d'un parc d'activité viti-vinicole à Vayres) comme les sujets majeurs. Du côté du Val de Garonne, on mise plutôt sur le "gouvernance et logistique alimentaire durable", la mobilité (un bus reliant Créon à Bordeaux sera expérimenté dès la rentrée de septembre), l'habitat et le numérique. Pour Charles Dayot, maire de Mont de Marsan et président de la communauté d'agglomération, "c'est une première étape. Nous sommes fiers de l'attractivité de Bordeaux, on peut même dire qu'on s'en sert. Ces deux thématiques sont des vecteurs intéressants qui nous rapprochaient. Le Théâtre de Gascogne vient en effet d'être labellisé comme scène conventionnée d'intérêt national. Il faut pouvoir se défendre avec ses atouts et échanger sur nos programmations culturelles respectives. Le développement économique et la question des étudiants pourraient être de futures pistes à venir". 

Des discussions à enclencher

Car la métropole s'apprête à mettre les bouchées doubles dans cette politique de coopération. Le Bassin d'Arcachon, un temps frileux, pourrait être le prochain à apposer sa signature. Il faudra cependant très vite envisager l'acte 2, face à des coopérations que certains, par les thématiques abordées, pourraient juger comme timides lorsque l'on sait le rapport étroit entre la grogne sociale de ces derniers mois et la fracture entre urbain et rural. Le maire de Bordeaux, Nicolas Florian, ne s'en cache pas. "C'est plus facile de tisser des partenariats sur des choses qui vont bien et qui déjà sont opérationnelles, reste maintenant à identifier les sujets qui ouvrent des discussions. Il y a d'abord celui de la mobilité. Il ne pourra se résoudre qu'avec la région et son syndicat mixte intermodal ou le contrat qu'elle vient de passer avec SNCF Réseaux et les TER, qui a du sens ici. À un moment", poursuit-il, "il faudra aussi ouvrir le débat de la juste compensation. Quand l'agglomération, qui consomme environ 50 millions de mètres cubes d'eau par an va en capter les deux tiers à l'extérieur, il faut qu'on puisse démontrer qu'on compense ce service qu'on nous apporte. Dans quelques semaines ou mois, il y aura aussi un grand débat sur les énergies renouvelables. On sait bien que ce n'est pas au Bouscat, à Talence ou à Bordeaux qu'on va installer des champs d'éoliennes ou de panneaux photovoltaïques. Ca passera donc par des discussions avec les autres municipalités sur des questions d'aménagement du territoire. Enfin, je serai tout à fait d'avis de réimplanter une entreprise qui aurait décidé de venir dans l'agglomération dans un secteur périphérique. Pour le moment, on a un problème de fiscalité : la recette fiscale de la métropole n'est pas neutre. S'il n'y a pas un peu de péréquation ou de révision sur des transferts de fiscalité, on n'y arrivera pas. L'État devra envisager une nouvelle phase d'organisation et de relations entre les collectivités, sinon on continuera à être dans une course à l'accueil et on restera murés chacun de notre côté".

Le Médoc en point de mire

L'autre objectif affiché par la métropole, c'est aussi d'enclencher des collaborations avec des territoires plus proches. L'un d'entre eux, en particulier, est visé par BMC : le Médoc, dont les résultats aux dernières européennes (à l'exception de cinq communes) a redessiné la carte au feutre bleu marine. "J'ai rencontré Henri Sabarot (président du syndicat mixte Pays Médoc) il y a quinze jours, il est évident que la création récente du parc national du Médoc est un bon prétexte pour échanger des pratiques ou venir offrir des modes de transports plus performants", confirme ainsi Patrick Bobet. "De notre côté, nous sommes demandeurs de nature, de culture, d'eau… Il ne faut pas qu'on aborde ces territoires comme des espaces conquis. Nos services réciproques travaillent déjà ensemble pour identifier différentes thématiques de travail". La création de ce "Parc Naturel Régional" apparaît donc comme un signal de regroupement "inespéré" pour Mylène Villanove, conseillère municipale et métropolitaine en charge des coopérations territoriales (poste d'ailleurs créé en 2014 pour piloter les coopérations inter-territoriales), d'autant que la population de celui des Landes de Gascogne a doublé depuis sa création en 1970. À une agglomération autrefois sans égal et tournée vers l'Atlantique, ces collaborations multiples opposent donc un besoin d'anticiper les défis à venir. "Nos liens ont permis une meilleure connaissance des acteurs et de meilleurs échanges, mais nous nous basons sur des flux qui existent déjà", avoue cette dernière au moment de justifier la liste des priorités.  Charge à ce fameux "acte 2" de le prouver.

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : OANA

Publié sur aqui.fr le 24/06/2019