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Culture | Un Roman Noir pour l'Eté : Les Planificateurs

Kim Un-su : Les Planificateurs 2010 traduit du coréen par Choi Kyung-ran et Pierre Bisiou- première édition : Éditions de l’Aube -2016- et Éditions Points 2019.

C’est l’une des rares romans policiers venus de Corée du Sud. Et quel roman ! Dans le monde hiérarchisé du crime, chacun est à sa place ; du côté des exécutants, Laeseang, 32 ans, est un assassin aux rares qualités professionnelles. Auxquelles s’ajoute une passion dévorante (mais qui ne lui fait jamais oublier ses meurtrières priorités) pour la lecture, acquise à son jeune âge.

Voici quelques éléments succincts de sa biographie : orphelin, il est adopté à 5 ans par le Père Raton Laveur, lequel est à la tête de la Bibliothèque des Chiens qui ne reçoit aucun visiteur, hormis des tueurs à gages pour planifier des assassinats. Laeseang a vécu de 9 à 17 ans dans cette bibliothèque immense aux 200 rayonnages et 200 000 ouvrages. Espace considérable, dont la description n’est pas sans rappeler la mythique bibliothèque de Babel de l’écrivain argentin Borges. Le garçon lit l’Iliade, pleure de chagrin à la mort d’Achille « et sait déjà, à 9 ans, que sa vie sombrera dans le vide et la tristesse (36) ». On le voit, sa formation de tueur, engagée ensuite à 17 ans, fut précédée par de bonnes bases théoriques. Du côté des planificateurs, le père Raton Laveur en est le chef. Arrêtons-nous un moment sur l’itinéraire professionnel de ce très vieil homme : à l’origine jeune bibliothécaire atteint de polio, il a été à la tête d’un établissement créé en 1920, qui fonctionnait comme un refuge contre l’occupation japonaise. Plus tard, à l’époque de la dictature militaire, les généraux passaient commande auprès des planificateurs, puis, « ironie des temps, le business des assassinats s’était développé d’une manière inouïe après la chute de la dictature militaire …ce nouveau pouvoir voulait habiller son gouvernement d’un emballage moral [ en éliminant secrètement les ennemis de la démocratie] ». Puis arrive la génération moderne, avec Hanja qui « a transformé le monde de la planification, aussi boueux et foutraque qu’un marché traditionnel, en un grand magasin propre et ordonné ».

Voilà bien le fond du roman : la lutte solitaire de Laesang contre la planification moderne ; et pour l’illustrer, une plongée dans les Bas-Fonds où sont recrutés les tueurs, un monde interlope chargé, en outre, du parfum de l’exotisme extrême-oriental ; où fleurissent les cents fleurs de douteux personnages, Poilu l’incinérateur de cadavres, Mito et Missa les deux sœurs planificatrices, une louche bibliothécaire... car l’essentiel du roman est là : l’odyssée du tueur racontée avec un luxe de péripéties somptueuses, une dose d’humour et un beau sens de la dramaturgie.

Bernard Daguerre
Bernard Daguerre

Crédit Photo : La Machine à Lire

Publié sur aqui.fr le 08/07/2019