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Société | Opérations hors pistes des Gilets Oranges: les distributions d'été de la Banque Alimentaire

Distribution d'été de la Banque Alimentaire, édition 2019

Cela fait 15 ans maintenant, que les gilets oranges vont au contact des bénéficiaires de la Banque Alimentaire. Chaque été, ces bénévoles prennent le relais d'une trentaine d'associations et CCAS, de la métropole girondine, qui ferment leurs portes le temps de quelques semaines, et viennent au secours de ceux qui en dépendent. Pour cette édition 2019, la Banque Alimentaire a renforcé son organisation, et s'est associée à des médiateurs de rue pour faciliter les relations bénéficiaires et bénévoles, et répondre à la demande, toujours plus grande.

L'été passé, plus de 180 tonnes de nourriture et produit d'hygiène élémentaire avaient été distribuées, à pas moins de 6000 bénéficiaires, sur la seule ville de Bordeaux, lors de la distribution estivale. Des chiffres éloquents, et qui, chaque bénévole le sait, seront plus importants encore cette année. Et pour fluidifier les arrivées et faciliter le contact, la Banque Alimentaire a mis en place une organisation bien ficelée que chacun respecte, avec plus ou moins de bonne volonté.

S'organiser pour mieux aider

La distribution, le contact direct avec les bénéficiaires de cette aide, ne font pas partie des prérogatives de l'organisme. Habitués aux appels aux dons et aux collectes, les gilets oranges ont parfois eu du mal à se faire à ces opérations. "On s'est organisé pour pouvoir répondre à la demande, et préserver nos bénévoles. Ils sont notre matière première" explique Bruno Bernat responsable des opérations de distribution estivale. L'ancien chef d'entreprise, désormais retraité, fait allusion aux aménagements décidés par la Banque Alimentaire. Cette année, en amont des opérations estivales, les responsables de centres de distribution ont suivi une formation spécifique, afin de développer un esprit de cohésion au sein de leurs équipes de bénévoles. Du management de gilet orange pour que l'accueil des bénéficiaires continue de se faire au mieux, même quand le contact n'est pas simple, et que les nerfs de chacun sont mis à l'épreuve. Les bénévoles le déplorent, mais le phénomène est réel. Depuis 5 ans, ils ont vu se joindre à la masse des bénéficiaires, déjà nombreux, une population de migrant. Tous dans le besoin, tous face à la barrière de la langue, mais pas tous convertis au respect des règles de la distribution. Alors, pour maintenir une bonne entente dans les files d'attente, et qu'autour des tables de distribution on continue à se sourire et à s'aider, l'organisme à fait appel à des médiateurs de rue. Des soutiens humains, pour continuer à aider les Hommes.

Distribution à la carte

Autre aménagement imposé par la Banque Alimentaire: les cartes de distribution. Distribuées par les associations d'aide girondines, on y note le nombre de bénéficiaires adultes, enfants, l'heure du rendez-vous, et à chaque journée de distribution correspond une couleur de carton spécifique. Un système bien rodé et scrupuleusement contrôlé pour éviter "triches" et gaspillages. Ainsi la file des bénéficiaires passe devant les stands. On dit bonjour, en français, d'un geste de la tête, d'un sourire, on tend sa carte et en retour le bénévole tend les produits. L'instauration de ces pass a sûrement permis le maintien des opérations estivales. Quand le flux est régulé et les besoins ciblés pas de prises d'assaut des stands ni de mouvements d'humeurs, quand en fin de journée, les palettes sont vides mais que les cabas le sont aussi. Certains essaient encore de demander tel produit réservé aux familles nombreuses, ou tel autre spécial bébé quand il n'y a pas de nourrisson indiqué sur sa carte. Les bénévoles, pleins de bonne volonté expliquent, proposent des alternatives, et les tensions s'apaisent.
Sa carte Tatev, 17 ans, la tient serrée contre elle. Il y a deux ans elle a mis ses livres de mathématiques, et ses rêves de comptabilité dans sa valise, et a quitté l'Ukraine en guerre, avec sa famille. Aujourd'hui elle vit à Bordeaux, et va au lycée Camille Julian. Elle accompagne sa maman, et d'un parfait français demande des légumes frais: "J'adore la ratatouille, rougit l'adolescente, les yeux brillants, cela fait deux ans que l'on vient et ça se passe très bien. Les gens sont gentils". Être gentils, être humains, aider l'Homme, les mots d'ordre de la vingtaine de bénévoles qui ont aidé Tatev et sa maman cet après-midi, et 18 000 autres personnes chaque semaine sur l'ensemble de la métropole.

Il existe 4 sites de distributions : le lundi à Pessac, le mardi à Bordeaux salle Gouffrant, le mercredi à Bégles, le jeudi à Lormont, le vendredi à Bordeaux salle Gouffrant.

Anna Bonnemasou
Anna Bonnemasou

Crédit Photo : Anna Bonnemasou Carrere

Publié sur aqui.fr le 19/07/2019