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Edito | Humeurs d'été: Entre un bonheur d'eau et le cynisme de Ford

De l'eau ! De l'eau! Il n' a pas manqué de cris de joie, d'exclamations, de rafraîchissements prolongés sous une pluie régulière, de ces « bonnes pluies » comme on les nomme dans nos campagnes paysannes par opposition à ces bourrasques de vents d'orage et de pluie battante qui ne pénètre pas dans les sols damés, spécialement en ces temps de sécheresse majuscule. Ce constat souriant ne peut pas ne pas susciter, au-delà de l'anecdote, quelques réflexions en ces temps où, réchauffement climatique oblige, la question de la ressource en eau, spécialement dans des régions comme les nôtres, semble chaque jour davantage au cœur de la vie économique et sociale. Et du chantier qui s'engage par ailleurs sur un autre modèle de développement et des usages. En Nouvelle-Aquitaine comme en Occitanie, dans ce grand « Bassin Adour Garonne » qui était l'objet, voilà quelques jours au Conseil régional, de présentations et études prospectives alarmantes.

 

Qu'y a-t-on entendu ? Que, le 11 juillet dernier, 29 arrêtés de restriction de consommation d'eau étaient en vigueur dans 19 départements du bassin Adour-Garonne ; 6 nouveaux départements ayant pris ces mesures suite au temps chaud et sec de la première décade de juillet. Et encore ceci : à l'horizon 2050 un déficit de 1,2 milliards de mètres cubes serait envisagé « si nous ne modifions pas nos usages et manières de faire ». « Nous consommons actuellement 2,4 milliards de mètres cube par an. Le déficit serait donc égal à 50% de notre consommation d'aujourd'hui alors qu'il y aura 1,5 millions d'habitants en plus et qu'avec la hausse des températures, végétaux, animaux et humains voudront consommer encore plus d'eau. Deux tiers des départements sont à cette heure en alerte. C'est une situation relativement inédite à la mi-juillet ... » Ces rappels, en manière d'avertissement, au lendemain de l'arrivée d'une pluie bienfaisante qui ne règlera en rien l'importance de la sécheresse, doivent aider à une prise de conscience générale car personne ne peut s'exonérer de sa propre responsabilité dans le bon usage de cet élément essentiel à la vie, à la biodiversité, qu'est l'eau.

Coup de gueule ? On permettra à un journaliste qui a été témoin des conditions dans lesquelles Ford a choisi d'installer son usine de boîtes de vitesse à Blanquefort, il y aura bientôt 50 ans et de la bataille politique à laquelle elle avait donné lieu, de souligner le gâchis qui découle de la fermeture, certes prévisible, mais brutale dans la forme, de son usine bordelaise. Le cynisme d'une multinationale dont le management, à la différence de ce que nous connûmes dans les années 70, s'est voulu totalement étranger à la ville, au territoire, ou elle a connu le succès et une manière de fidélité ouvrière dont la productivité était le marqueur. Et ce n'est pas parce qu'un plan social a été négocié que le jugement que l'on peut porter doit être nuancé...Signe des temps dira-t-on à l'heure où le commerce mondial, qui s'éloigne des généreux principes initiaux de l'OMC, est à  l'image de l'exacerbation des rapports de force géopolitiques. De la brutalité de l'Amérique de Trump -America first- et de cet autre impérialisme prédateur que déploie la Chine. Encore n'a t-on peut être pas connu le pire de ces alliances entre nationalisme et libéralisme pur et dur...Une raison supplémentaire pour espérer que l'Union Européenne et sa gouvernance nouvelle vont être capables de s'entendre, non seulement pour résister mais aussi pour apporter des réponses coordonnées en matière économique, sociale, environnementale à cette hyper concurrence dévastatrice.

 

 

 

 

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 28/07/2019