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Edito | Humeurs d'été : Souvenirs d'une rencontre à la suite d'un exode bouleversant

16-17 août 1989... C'était il y a trente ans...un extraordinaire moment de l'histoire contemporaine, trente ans et ce témoignage vérité, recueilli ces jours-ci par l'AFP, de Miklos Nemeth, alors premier ministre de Hongrie, un homme qui fut, avec la complicité de Mikhaïl Gorbatchev et Helmut Kohl, l'artisan de première ligne de l'effondrement du bloc soviétique, en laissant s'ouvrir la frontière hongroise avec l'Autriche. Une brèche qui en annonçait une autre, à peine trois mois plus tard, celle du mur de Berlin, sans que nous puissions encore vraiment imaginer pareil dénouement de la crise qui allait emporter les digues du bloc soviétique. tant cela paraissait invraisemblable : « Personne n'a pensé que ça irait aussi loin ... avoue, aujourd'hui, Nemeth » Par chance, à la faveur de de vacances hongroises, cet été là, nous allions être témoin de l'arrivée de ces milliers de jeunes allemands de l'Est fuyant la si mal nommée RDA , République démocratique allemande. Et être marqué, à jamais, par le regard, les mots, l'espoir et la crainte à la fois, de ces exilés européens, victimes de Yalta. Eternelle et précaire condition des migrants, en mal de liberté.

 

« L'exode des sans-retour » titrait alors l'édition du 16 août de Sud Ouest qui publiait notre reportage. Avec ces mots et cette rencontre de Tiloe à laquelle, bien plus tard, fera écho le témoignage de Paul, 30 ans, rencontré à Bordeaux à Médécins du Monde après avoir fui le Togo, au péril de sa vie, pour échapper à l'emprise d'un clan sur son pays et à l'impossible liberté de dire. « A seize heures, hier, un couple de 28 ans et ses deux enfants, dont un bébé de trois mois, a sonné au 5 de la rue Izso. Un jeune fonctionnaire de l'ambassade d'Allemagne, avec beaucoup de compassion, leur a alors égréné la liste des démarches à entreprendre : d'abord se rendre au consulat, puis au 52 de la rue Szarvas-Gabor. « C'est notre dernière chance me dit Tiloe mais quoi qu'il arrive nous ne retournerons pas là-bas. » Lorsque à cinquante mètres de l'ambassade nous avons commencé à lier connaissance, un homme de petite taille nous a croisés sur le trottoir, la mine curieuse et s'est retourné. « KGB » m'a glissé à l'oreille Tiloe. Alors, nous nous sommes quittés, par prudence pour lui. Et, un peu plus tard le jeune père de famille a consenti à me parler dans la petite Trabant, encore surchargée, sur les hauts de Budapest, en forêt, à l'abri des regards. Moment de forte émotion et ce geste de la main se débarassant de l'emprise de la Stasi, la police politique du régime est-allemand espionnant sa jeunesse, jusque dans la file d'attente d'une salle de cinéma.

 

Ce rappel et cette évocation qui font de la rencontre, de l'écoute bienveillante, le sel de notre métier, ont surgi de notre mémoire à la lecture de l'interview que l'ancien premier ministre italien Matteo Renzi (parti démocrate) a donné au Monde dans une péninsule en pleine crise politique, voulue par le populiste Salvini, et au bord du gouffre financier : « le fond du problème est-ce que cela peut être quarante désespérés qui fuient l'Erythrée sur une barque ? » Et donc la pire dictature actuelle en Afrique. Plus que jamais dans cette Europe dont la démocratie vacille jusqu'au cœur de l'Allemagne, en but à une extrême droite qui légitime une violence inquiétante, il faut se souvenir des leçons d'un passé encore si proche de nous.

 

 

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 18/08/2019