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Agriculture | Charente-Maritime : première charte agricole de « bon voisinage »

De gauche à droite : le président de la FNSEA 17 Cédric Tranquart, la vice-présidente de la Chambre d'agriculture 17-79 Aurélie Rocheteau et le président de l'ADF 17 Michel Doublet

C’était l’un des sujets phare du projet de loi Egalim lancé l’an dernier : les agriculteurs devraient être contraints à l’horizon 2020 de signer « une charte d’engagements après concertation avec les personnes habitant à proximité des zones susceptibles d’être traitées. » Vœux réitérés par le ministre de l’agriculture cette semaine. Didier Guillaume a prévenu : si des territoires restent sans accords, l’Etat pourrait encadrer lui-même l’épandage de pesticides par voies législatives, ce qui pourrait aboutir à des sanctions juridiques en cas de contrevenant.

Le syndicat agricole majoritaire de Chatente-Maritime, la FNSEA, couplé aux Jeunes Agriculteurs, n’a pas attendu pour en arriver là (1). Elle a rédigé ces derniers mois une base de charte de « bon voisinage », signée  ce 29 août avec la Chambre d’Agriculture et l’association des maires de Charente-Maritime. Comme le veut la loi Egalim, la charte engage ses signataires à utiliser des produits phytopharmaceutiques dans un cadre législatifs précis, homologués, en quantité et dans des espaces définis. Elle les oblige également « à respecter les prescriptions particulières relatives aux lieux-dits « sensibles » accueillants des personnes vulnérables » comme les écoles, les maisons de retraite ou les parcs publiques. La météo mais aussi les jours (semaine/week-end) et les horaires devront être pris en compte en cas d’épandage. Le recours à des produits et à du matériel « anti-dérive » (buses, récupérateurs) est également préconisé. De manière générale, les agriculteurs signataires s’engagent « à mettre en œuvre des pratiques réduisant l’impact des produits phytosanitaires sur l’environnement et les riverains et privilégient des démarches de dialogues » avec le voisinage.

De leur côté, les élus locaux doivent constituer « une cellule de dialogue et de médiation » entre les habitants et les agriculteurs, qui peut aussi passer par des réunions publiques.  Ils auront notamment pour mission d’expliquer à leurs administrés le travail des agriculteurs, les raisons d’un traitement, d’une odeur, etc. Objectif : éviter les divers plaintes et autres recours juridiques devenus fréquents contre les activités des agriculteurs. La charte engage également les maires à développer une politique de gestion de foncier évitant l’étalement urbain pour préserver les terres agricoles.

« C’est une charte donnant-donnant », explique Cédric Tranquart, président de la FNSEA 17. « D’un côté, il faut que les agriculteurs comprennent  qu’on ne peut pas faire de l’épandage près des habitations à certaines heures de la journée comme entre midi et deux par exemple. De l’autre, il faut que les riverains acceptent certains bruits ou odeurs  liés à l’activité, comme le lisier. »

Cette première mouture de la charte doit être enrichie et complétée à l’issue d’une réunion qui se tiendra le 18 septembre à la Chambre d’agriculture. Les agriculteurs de toutes les mouvances (Confédération paysanne, Coordination rurale, etc), mais aussi les organismes (MSA) et associations liées à l’agro-foresterie comme les fédérations de chasse et de pêche, sont invités à participer. L’ADF sera également présente, ainsi que la préfecture, qui servira à terme de caution et d’intermédiaire entre les parties prenantes.

(1)    En Nouvelle-Aquitaine, la Charente-Maritime n’est pas la première a s’y mettre. Dans le Limousin par exemple, une charte réunit déjà pomiculteurs, riverains, médecins et services de l’État.

Interview d'Aurelie Rocheteau, vice-présidente de la Chambre d'Agriculture de Charente-Maritime from Aquipresse on Vimeo.

Fabienne Buccio à l’écoute des agriculteurs

En déplacement à Sait-Jean-de-Liversay (près de Marans) hier, la préfète de Région Fabienne Buccio a écouté longuement les doléances de plusieurs dizaines d’agriculteurs, venus de toute la région. La préservation du foncier agricole contre l’urbanisation, la nécessité de créer du stockage de l’eau, la promotion de l’élevage en viande, les dégats de gibiers sur les cultures et la lutte contre « l’agri-bashing » dont se sentent victime les agriculteurs, ont été les principaux points abordés. Concernant le stockage de l’eau, « une réflexion est en cours » au niveau régional, a-t-elle assuré. Concernant les dégâts de gibier, rapportés principalement par des agriculteurs des Landes, elle a conseillé aux agriculteurs concernés de se rapprocher de leur préfet de département et de travailler avec la fédération des chasseurs. Alors qu’un éleveur lui rapportait ne pas comprendre la nécessité de réduire la consommation de viande, et donc d’élevage, alors que la demande sur le marché n’a jamais été aussi forte, elle a prévenu que réduire le nombre d’élevage comme baisser la consommation de viande serait de toute façon une nécessité réelle. Elle a encouragé le développement des circuits courts et salué au passage le travail des femmes en agriculture : « Ce sont les femmes qui se sont le plus engagées sur des productions en circuits-courts et protectrices de l’environnement ; elles sont novatrices et courageuses. » La préfète est repartie avec un petit facsimilé d’une vingtaine de pages recensant l’essentiel des réflexions et des demandes de la FNSEA.  

Anne-Lise Durif
Anne-Lise Durif

Crédit Photo : Anne-Lise Durif

Publié sur aqui.fr le 30/08/2019