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Agriculture | Tech Ovin : succès pour le salon du mouton de Bellac

Ces 4 et 5 septembre s'est déroulée la 11e édition de Tech Ovin à Bellac (Haute-Vienne)

Tech Ovin a fêté son vingtième anniversaire ces 4 et 5 septembre à Bellac en Haute-Vienne. La fréquentation de ce salon professionnel du mouton reste stable avec 15 000 visiteurs. Les exposants (plus de 200) semblent satisfaits, tout comme les organisateurs qui tirent déjà les premiers bilans. Petit tour du salon avec les nouveautés de cette onzième édition, l’habituelle inauguration et quelques réflexions et inquiétudes soulevées par certains agriculteurs auprès du président de la région Nouvelle-Aquitaine.

Au loin, on entend quelques bêlements... Bellac, ces 4 et 5 septembre, était véritablement la cité du mouton puisque la sous-préfecture de Haute-Vienne a accueilli Tech Ovin. Un salon unique destiné en premier lieu aux professionnels de la filière ovine, aux élèves en formation, mais aussi au grand public. La foule s’est déplacée en nombre pour cette onzième édition qui marquait également le vingtième anniversaire de cette manifestation.  

Ce mercredi 4 septembre a débuté par l’inauguration du salon. Claude Souchaud, président de Tech Ovin, a fait le tour des exposants et des stands accompagné  par notamment Alain Rousset, le président du conseil régional de la Nouvelle-Aquitaine, le préfet de Haute-Vienne, le président du Conseil Départemental, le maire de Bellac, de nombreux officiels. Les agriculteurs ont interpellé à plusieurs reprises Alain Rousset lors de cette déambulation. Premier sujet d’inquiétude : l’eau. La sécheresse préoccupe notamment les Jeunes Agriculteurs qui aimeraient qu’on réfléchisse à des solutions face à ce problème qui devient de plus en plus fréquent. Ces derniers utilisent déjà les réserves de nourriture de l’hiver « Il y a un changement climatique, on ne peut pas le nier, confie Clément Courteix, vice-président à l’installation des JA Dordogne et des JA Nouvelle-Aquitaine. Depuis juin, il a très peu plu. Il faut prendre des mesures concrètes pour stocker l’eau et pour pouvoir s’en servir après, car nous avons un besoin d’eau même pour pratiquer de l’agroécologie ». Autre sujet épineux, celui  de l’ours et du loup qui attaquent des troupeaux. Le président de la région a clairement dit que ce dernier était présent en Nouvelle-Aquitaine. Le préfet de Haute-Vienne a légèrement nuancé le propos en utilisant le terme de chiens hybrides. Cependant, ils sont d’accord pour mettre en place un plan de lutte contre les attaques de troupeaux. La déambulation a duré une heure avec bien évidemment des dégustations de viandes ou de fromages. 

Le salon Tech Ovin a été le lieu de signature d'une feuille de route en faveur de la transition écologique entre la région et la filière ovine

La filière ovine en faveur de la transition écologique

Le salon Tech Ovin a été le lieu d’une signature importante aussi bien pour la région Nouvelle-Aquitaine que la filière ovine. A l’échelle régionale, cette dernière concentre 5 000 éleveurs pour 1,3 million de brebis allaitantes et lait. Cette filière représentée par l’Association Régionale Ovine de Nouvelle-Aquitaine (ARONA) a décidé de parapher une feuille de route, Néo Terra, pour s’engager en faveur de la transition écologique. « Avec cette signature, nous mettons en avant les pratiques agroécologiques. Nous voulons nous adapter face au changement climatique et contribuer à diminuer la pollution, tout en développant le bien-être animal », explique le président de l’ARONA, Patrick Soury. La filière ovine est la première du monde agricole à signer cette convention avec la région. « C’est un signe de qualité, souligne Alain Rousset. Nous allons accompagner la filière dans cette transition et rechercher des solutions qui permettent de sortir de certaines impasses ». Cette feuille de route se développe autour de quatre axes : la filière ovine s’engage vers la sortie des pesticides et généralise les pratiques agroenvironnementales ; elle s’adapte au changement climatique et participe à son atténuation ; elle valorise le bien-être animal et optimise l’utilisation d’intrants vétérinaires ; elle se voudra pérenne et résiliente.

Retour dans les allées du salon Tech Ovin. Pour la première fois, un concours de découpe de viande d’agneau est organisé. Neuf équipes de deux bouchers, composées le plus souvent d’un professionnel et d’un jeune en formation, s’affrontent. Elles viennent d’un peu partout en France, du Limousin, bien sûr, mais également de l’Auvergne, de la région PACA ou encore des Hauts de France. Pour les départager, ils doivent réussir plusieurs sujets tels que la fente d’agneau, la découpe et la préparation de pièces de boucherie. Ils vont utiliser un agneau entier et seront notés sur la technique et la préparation. Jean-Claude Picavet, responsable d’unité pédagogique boucherie, est venu des Hauts de France avec deux équipes qu’il encourage et manage. « Ces concours mettent en valeur le travail des jeunes. Je fais attention aux gestes, à leur technique, je ne peux que conseiller et je n’ai surtout pas le droit de toucher au couteau », explique-t-il. Munis de couteaux, d’une scie, d’une feuille, de leurs gants de protection et d’un tablier, les bouchers sont concentrés sur leur découpe et le travail de la viande. Le jury fait le tour, observe la technique, note la découpe, le désossage, le parage, la présentation. Autour quelques curieux les regardent travailler avec passion cette viande d’agneau et découvrent l’envers des boucheries.

C'est la première qu'était organisé un concours de découpe de viande d'agneau durant le salon Tech Ovin

Des chiens de troupeau vendus aux enchères

A l’autre du bout du salon, une parcelle grillagée. C’est le terrain de jeux des chiens de berger.  Un troupeau de brebis pâture dans le champ qui reste encore un peu vert. C’est l’association ADUCT 87 (Association Départementale d’Utilisateurs de Chiens de Troupeau) qui proposent des démonstrations. « Les éleveurs peuvent venir avec leur chien. Nous avons deux formateurs qui peuvent les guider sur les  compétences en chien de troupeaux. On ne s’en rend pas forcément compte, mais les chiens représentent un outil de travail essentiel qui rend service, et permet à la fois d’avoir plus de confort et de sécurité. De plus, les animaux changent de comportement et gagnent en docilité,», explique Marion Couedou, membre de l’ADUCT 87 et éleveuse de brebis en Haute-Vienne. Pour le vingtième anniversaire de Tech Ovin, l’ADUCT 87 a décidé de marquer le coup en organisant pour la première fois une vente aux enchères de six chiens de troupeau (5 borders collies et un berger de Beauce). Avant que ces chiens ne deviennent des chiens de travail, il a fallu les dresser entre 12 à 18 mois. « Certains éleveurs aimeraient que les chiens soient opérationnels de suite. C’est notamment pour cela que nous avons organisé cette première vente aux enchères sur des chiens totalement formés ». Tous ont passé des épreuves de sélection et des tests oculaires et vétérinaires. Les meilleurs ont été gardés et sont donc aptes à devenir immédiatement des chiens de troupeau.

Sous trois chapiteaux, à quelques encablures de là, est présentée la grande majorité des races de moutons. De quoi découvrir des sélections de géodes ou de races rustiques comme le mouton d’Ouessant, noir, c’est le plus petit mouton au monde, comme son nom l’indique il est originaire de l’île bretonne située dans le Finistère. « La majorité des races françaises sont là », confirme Nathalie Lebraut qui travaille à la chambre de d’agriculture de Haute-Vienne et qui chapote les races de moutons durant le salon.

Un éleveur ovin sur deux en retraite d’ici 10 ans

Sur le stand des Jeunes Agriculteurs, il y a foule. Quelques conférences sont organisées avec plus de 650 jeunes en formation, venus le plus souvent de lycées agricoles. « Ce sont de futurs agriculteurs qui sont peut être voués à s’installer un jour, explique Clément Courteix. Ils ne connaissent pas forcément tous les accompagnements et les aides que nous proposons. C’est un métier d’avenir, nous avons besoin d’agriculteurs pour nourrir le pays ». Au niveau de la filière ovine, d’ici 10 ans, un éleveur sur deux va prendre sa retraite, il faut donc renouveler. Chaque année en Nouvelle-Aquitaine, 10% de ceux qui demandent une dotation aux JA sont en ovins.

La onzième édition de Tech Ovin a encore fait le plein avec une fréquentation stable. 15 000 personnes se sont rendues ces 4 et 5 septembre à ce salon professionnel unique en France et même bientôt en Europe. « Nous avons eu une grosse journée le jeudi », confie soulagé Claude Souchaud. « Tout s’est bien passé, tout le monde est content, les indices de satisfaction sont bons, nous avons donc gagné le droit de refaire un autre salon », sourit le président de Tech Ovin. (Avec sans doute l’envie de prendre de l’ampleur et peut-être d’européaniser ce salon du mouton). Avec le Brexit (l’autre salon du mouton est le Sheep Day, il est organisé à Malvern au Sud-Ouest de l’Angleterre, à la limite avec le Pays de Galles), le Tech Ovin de Bellac sera l’unique rendez-vous européen pour les professionnels du mouton. Rendez-vous donc en septembre 2021 pour la douzième édition de Tech Ovin.

Julien Privat
Julien Privat

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 07/09/2019