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Edito | Chirac, ce dernier vrai monarque républicain

Il était le dernier vrai monarque républicain de la V° République. Des institutions voulues par De Gaulle, avec cette singularité monarchique que nous avons tendance à oublier : un mandat présidentiel de sept ans décroché au suffrage universel direct. Jacques Chirac aura été le dernier, après Mitterrand, à vivre le septennat avant de céder au quinquennat. Et d'en connaître les limites après avoir manqué un vrai rendez vous avec l'Histoire, en ne saisissant pas l'extraordinaire occasion qui se présentait à lui, au soir de son triomphe face à Jean-Marie Le Pen en 2002. Dans un grand moment d'unité républicaine, face à la menace de l'extrême droite il aurait, alors, sûrement pu proposer ce gouvernement d'unité nationale auquel le pays était sans doute prêt à adhérer et auquel la gauche n'aurait pas pu dire non. Et, ce, au lieu de s'embarquer pour un mandat qui fût sans doute le mandat de trop.

Chirac c'est un parcours hors normes, né sous De Gaulle avec de premières responsabilités ministérielles dans le gouvernement Pompidou, en 1967, à 35 ans jusqu'à ce quitus national de 2002, en passant par un succès, d'abord jugé improbable contre le « traitre Balladur » en 1995 où il sut, à la différence de son rival de droite, s'adresser au pays et pointer « ses fractures sociales », ce thème qu'on lui souffla et qu'il n'avait aucune difficulté à comprendre depuis son fief de Corrèze. Car, ce grand animal politique, épris des cultures du monde, dont le départ suscite, aujourd'hui, une émotion non feinte dans le pays avait le goût des autres et la bise facile. Rappellera-t-on sa fidélité, jamais prise en défaut, au rendez-vous avec le Salon de l'Agriculture porte de Versailles, cette époque où nous ne déplorions pas le suicide de deux agriculteurs par semaine ?...

 

Chirac, comme Mitterrand, avec lequel il fît son apprentissage d'une cohabitation que les institutions n'avaient pas imaginée et qu'il pratiqua avec Jospin, incarnait pleinement la fonction. Et ce que le pays sut lui reconnaître : la voix de la France sur la scène internationale. Il ne trembla pas pour renoncer à suivre l'Amérique en Irak et trouva les mots qu'il fallait pour renvoyer les pires heures de la France de Vichy, celle de la déportation des juifs, dans les fosses nauséabondes de notre Histoire.

 

Républicain assurément mais, aussi, éminemment conservateur. Impossible d'oublier qu'il était une manière de fils spirituel de Pompidou et que sous l'emprise de conseillers que les générations d'aujourd'hui ont oubliés, les Pierre Juillet et Marie-France Garraud, il préféra jouer sa carte que de soutenir un Jacques Chaban-Delmas qui viré, en grande partie par leurs soins, sous Pompidou, était la vraie chance d'une nouvelle société en 1974. Reconnaissons-lui cependant ce constat empreint de lucidité fait au sommet de Johannesburg en 2002: "notre maison brûle et nous regardons ailleurs". A méditer en ces heures de grande inquiétude universelle.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 26/09/2019