Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Culture | Guillaume Gallienne est Le Malade Imaginaire à La Rochelle

Guillaume Gallienne est le Malade Imaginaire avec la troupe de la Comédie française

Les amateurs de théâtre comme d’opéra le savent, la mode est plutôt aux versions contemporanéistes des Classiques, où priment les décors épurés à l’extrême et des costumes réduits à leur simple fonction de vêtements du quotidien. La version que propose actuellement la Comédie Française du Malade Imaginaire date seulement de 2001 mais renoue allègrement avec la tradition de la comédie-ballet tel que l’avait conçue Molière, avec des costumes d’époque, des décors en trompe-l’œil, des intermèdes chantés et des clins d’œil à la Commedia dell’arte tout à fait réjouissants. Le tout donne l’impression d’être au théâtre et d’y être vraiment, et ça fait plaisir.

Son metteur en scène Claude Stratz (1946-2007), complice de Patrice Chéreau au Théâtre des Amandiers, qualifiait cette pièce de « comédie crépusculaire teintée d’amertume et de mélancolie ». Chez Stratz, le crépusculaire est dans le détail : le bruit des courants d’air soufflant entre les hauts murs de la demeure d'Argan, la lumière de fin du jour tombant des fenêtres, les robes noires et les mines sinistres des médecins. Il y a quelque chose de quasi cinématographique dans cette scénographie pourtant sobre. Tout y concourt bien sûr à renforcer le propos tragique et désabusé que Molière mit dans la dernière œuvre de sa vie, qu’il composa malade et très affecté par la mort de son fils et de son amie Madeleine Béjart.

Scène de présentation de Thomas à Angélique

 

Mais avec Molière, la farce n’est jamais très loin et Stratz ne l’a pas oublié. Il accentue, ça et là, par petites touches subtiles et colorées, le phrasé d’un personnage, la posture d’un comédien, passant sans cesse, comme dans un mouvement lent de métronome, du tragique au comique et du comique au tragique. Cet équilibre des jeux donne lieu à quelques scènes savoureuses, comme la présentation du prétendant Thomas Diafoirus, fils de médecin, à Angélique, la fille d’Argan, qu’il souhaite marier (photo). Diafoirus père y livre une interprétation hilarante de la piètre vision que Molière avait des médecins de son époque – ronflants, verbeux, grandiloquents, plus comédiens que les comédiens – oscillant entre ridicule et superbe. Guillaume Gallienne/Argan n’est pas triste non plus dans son costume de grand bébé, teint cireux, couche culotte et blouse d’hopital ouverte dans le dos. La caricature n’est jamais loin mais n’est jamais grotesque, et c’est toute la force de la mise en scène de Stratz, qui a su ici redonner du classicisme au Classique, tout en en dépoussiérant les codes pour mettre en exergue l’universalité du texte. Il réussit même à nous surprendre dans la toute dernière scène, avec une note finale inattendue.

Note/ A voir tous les soirs à La Coursive, jusqu'à dimanche inclus. Durée: 2 heures sans entracte. 

Anne-Lise Durif
Anne-Lise Durif

Crédit Photo : Christophe Raynaud de Lage

Publié sur aqui.fr le 03/10/2019