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Agriculture | Viticulture : un boîtier GPS au service des exploitations

Le boîtier Karnott

Karnott est une entreprise fondée en 2016 par Antoine Dequidt et Alexandre Cuvelier. Ce dernier est un agriculteur du nord de la France. Il a imaginé un concept de boîtier GPS à brancher sur les machines agricoles pour suivre et garder plus facilement une trace précise du travail effectué et ainsi d’éviter de perdre de longues heures à traiter des données parfois incorrectes manuellement. D’abord destiné aux grandes cultures, Karnott s’oriente désormais vers la viticulture. L’entreprise est allée à la rencontre de viticulteurs du Saint-Émilionnais, avec l’aide de son partenaire Banton & Lauret, une entreprise de prestation de service viticole.

Un compteur automatique, connecté et géolocalisé, pour mettre fin au fastidieux et chronophage carnet de notes du viticulteur. Voici comment décrire Karnott brièvement. Son co-fondateur, Antoine Dequidt, explique avoir eu cette idée en se retrouvant confronté à trois problèmes : la saisie manuelle des données, la crainte des agriculteurs concernant le suivi du chantier et les difficultés de pilotage. Sa solution : un boîtier automatique à installer sur le tracteur. Au printemps, l’entrepreneur, agriculteur de formation, a fait plusieurs aller-retours pour découvrir la vigne et ses méthodes de travail. « Jamais je n’aurais imaginé qu’il y avait un tel besoin dans le monde viticole », s’étonne Antoine Dequidt. En effet, pour la majorité des viticulteurs présents ce jeudi matin, le secteur accuse, en termes d’outillage, un retard de près de 10 ans sur les grandes cultures.

Une qualité de service qui repose sur le retour d’expérience

Le boîtier fabriqué par Karnott a trois utilités : c’est d’abord un outil de collecte et de traitement de données, un moyen de suivre les chantiers (traitement, tonte, décavaillonage, etc.) en temps réel et une aide au pilotage [par exemple pour se rendre aux parcelles à travailler depuis la propriété]. D’après Antoine Dequidt, au début, la fiabilité des données est de 60 à 80 %. « La fiabilité des données remonte ensuite jusqu’à 98 % grâce au retour d’expérience, c’est un aspect primordial pour corriger l’algorithme du boitier », poursuit l’entrepreneur. Ce dernier a voulu faire témoigner ses clients. Parmi eux, Mariette Veyssiere, responsable d’exploitation au Château Quintus, à Saint-Émilion. La jeune femme explique perdre du temps régulièrement à saisir les données de travail [quelles parcelles ils ont travaillées, avec quel outil, quand il faudra retourner sur ces parcelles, etc.] et appeler les tractoristes pour savoir où ils sont. En juillet, l’entreprise s’est dotée de quatre boîtiers, un pour chaque tractoriste. Les boîtiers envoient les données à une application, soit smartphone, soit en ligne. Sur cette plateforme, il faut au préalable désigner sur une carte le parcellaire de la propriété, lister les outils dont dispose l’entreprise (pulvérisateur, tondeuse, etc.) et c’est ensuite le tractoriste qui renseigne où il se rend avec quel outil par le biais de l’application. Cette dernière permet ensuite de suivre en temps réel le trajet et le travail des tractoristes dans les parcelles (photo).

 

Capture d'écran de la carte sur l'application de Carnot
Un exemple de la carte vue sur l'application Karnott. Les parcelles travaillées apparaissent hachurées de vert
 

Pour Benjamin Banton, gérant de l’entreprise de prestations viti-vinicoles Banton & Lauret, Karnott est bienvenu dans la viticulture, un monde selon lui « pauvre d’outils ». L’entreprise s’est équipée d’une dizaine de boîtiers en mai, et là aussi le ressenti est positif. « les chauffeurs sont demandeurs, ça leur fait gagner du temps. Lorsque les parcelles à travailler sont déjà renseignées sur l’application, les prestataires ne perdent pas de temps à apprendre tout le parcellaire du domaine ». D’après Benjamin Banton, le boîtier permet une plus grande souplesse de travail, que ce soit pour le prestataire ou le gérant de la propriété. Il reste tout de même plusieurs points à améliorer pour Benjamin Banton : la possibilité d’inclure le volume de produits phytosanitaires utilisés pour traiter les parcelles et ainsi éviter le gaspillage, ou encore la possibilité d’alerter les entreprises en cas de panne. Ainsi, un tracteur proche équipé du même outil pourrait se rendre directement sur place terminer le travail le temps des réparations.

« Ne peut être utilisé pour surveiller les salariés »

« J’avais une crainte, c’était comment les tractoristes accepteraient le matériel. Ce qui est innovant ne rassure pas forcément, et puis ça peut passer pour du flicage », poursuit Mariette Veyssiere. Ces craintes se sont vite estompées, « les chauffeurs ont immédiatement préféré le boîtier, plutôt que colorier, à la main, une carte du domaine pour savoir où ils en sont. Concernant le volet « surveillance du salarié », Antoine Dequidt tempère. « C’est un boîtier par tracteur, pas par ouvrier. N’importe quel ouvrier peut prendre n’importe quel tracteur d’un jour à l’autre suivant ce qu’il a à faire. De toute façon, dans la mesure où c’est un boîtier automatique, donc sans bouton ‘on’ ou ‘off’, la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) protège les salariés de cet usage ». A ce jour, Karnott a commercialisé près de 3 000 boîtiers, dont la majorité en France (2900). L’entreprise est également présente au Canada et en Allemagne. Pour ce qui est des vignobles girondins, une vingtaine de châteaux sont équipés. Le boîtier Karnott est vendu 349€ et est accompagné d'un abonnement de 35€ pour l'application. Le tarif de cet abonnement est dégressif en fonction du nombre de boîtiers dont dispose une même entreprise.

Yoan Denéchau
Yoan Denéchau

Crédit Photo : YD

Publié sur aqui.fr le 24/10/2019