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Edito | Le président, le voile et le défi des quartiers

D'une désignation haineuse par un élu Rassemblement National à l'endroit d'une mère portant un foulard dans l'enceinte du Conseil régional Bourgogne-Franche Comté jusqu'à l'attaque de la mosquée de Bayonne, et de deux de ses fidèles, par un illuminé qui de bonne heure s'est nourri de la prose lepéniste et a fait sienne des théories complotistes, le grand emballement médiatique a remis au cœur d'une actualité, qui vit du sensationnel, non seulement le débat sur le port du voile dans l'espace public et les sorties scolaires mais, plus encore, sur la place de l'islam dans la société française . Et, ceci, dans un contexte où Emmanuel Macron avait délibérément, dès les premières heures de la rentrée, remis la question de l'immigration au cœur de son propre agenda politique, de façon d'ailleurs d'autant plus surprenante que le Parlement adoptait, voilà un an, la loi Asile et Immigration. Il fallait comprendre qu'à l'horizon des municipales du printemps, et à mi-quinquennat, l'hôte de l'Elysée n'entendait pas laisser la droite et l'extrême droite occuper ce terrain.

Il vient d'ailleurs, bien davantage encore, - c'était avant l'attaque de la mosquée de Bayonne - de consacrer à l'hebdo de la droite extrême, Valeurs Actuelles, un interview qui enfonce rudement le clou : « sortir du pays tous les gens qui n'ont rien à faire là ...régler vite la question de l'Aide Médicale d'Etat, créer un délai de carence avant que le demandeur d'asile puisse prétendre à la Prestation Maladie Universelle...autant de directives qui se veulent comme annonciatrices d'une rupture, malgré l'acceptation de principe du droit d'asile. Mais, dans la déferlante macronienne s'est glissée aussi l'aveu d'un échec, celui de l'intégration qui « se conjugue avec la crise que vit l'islam » et le président qui parle de sécession et pointe l'attitude de défi, en particulier de jeunes filles dans certains quartiers (1)..

 

Ce rappel qui fait écho aux propos très alarmistes tenus par l'ancien ministre de l'Intérieur Gérard Collomb et renvoie à ceux, très volontaristes, d'un Jean-Louis Borloo qui soulignait l'absolue nécessité de mettre le paquet dans une nouvelle donne de la politique de la ville, dans la reconquête des territoires perdus de la république, avant d'être sèchement éconduit par Emmanuel Macron, est pourtant indissociable d'une analyse sérieuse de la situation.

 

Une jeunesse au chômage et percluse de handicaps, la dérive fréquente vers l'économie parallèle, celle de la drogue, le renoncement à se donner les moyens de la combattre, font le lit d'un communautarisme où l'islam radical occupe le terrain malgré les efforts de ces musulmans nombreux qui essaient d'en éloigner les plus jeunes.

 

Quand vous partagez, au sein d'une entreprise, les périmètres urbains où quelques soixante nationalités vivent, vous êtes frappés par quelques observations qui témoignent que nous avons, ici et là, basculé dans une société multiculturelle avec les conséquences que cela implique. Les efforts des élus pour développer une offre culturelle, aussi diverse que riche, participent du maintien d'un équilibre social important mais qui ne peut cacher l'émergence d'une réaction identitaire où la religion joue un grand rôle. Des fillettes de dix ans en famille à l'hypermarché que l'on s'étonne de voir porter un petit foulard, des jeunes femmes, très jeunes et d'évidence converties, tout de noir vêtues, les premières d'entre elles qui osent le niqab à moins qu'on ne les oblige à le porter ; ces observations qui ne participent d'aucun fantasme interpellent sur notre corpus républicain, sur le respect de ces femmes et leur avenir dans une société qui fait si grand cas de la place de la femme et de l'égalité hommes-femmes. Un immense effort d'éducation, d'ouverture plutôt que de stigmatisation doit être entrepris et les occasions de partage multipliées . La laïcité y trouvera son compte plus qu'une loi supplémentaire porteuse d'interdits, et donc de récupération par les tenants d'un islam radical.

1.« Vous avez des gens qui ne sont pas intégrés, qui sont en sécession de la République, qui se moquent de la religion mais l'utilisent pour provoquer la République. Vous avez typiquement, dans certains quartiers, beaucoup de jeunes filles qui mettent des voiles parce que ça embête le monde. Elles sont petites-filles de l'immigration mais leurs grands-mères ne portaient pas le voile en arrivant en France. C'est l'échec de notre modèle qui se conjugue avec la crise que vit l'islam. »

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 02/11/2019