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Agriculture | Didier Guillaume en conquérant et pacificateur à Lurrama

Didier Guillaume et I. Berhocoirigoin Lurrama

Quasiment chez lui au Pays basque - il a un pied-à-terre à Anglet - Didier Guillaume a passé trois heures au salon Lurrama de Biarritz ce week-end afin d'écouter les préoccupations des fermiers basques et s'imprégner du modèle qu'ils défendent et de leurs appréciations en matière de circuits courts. Comme leurs regrets de constater qu'il n’y a toujours pas de cadre juridique pour protéger leur modèle fermier. "La réforme de la PAC que je mène, va dans ce sens" leur a-t-il dit. Comme il a entendu le dénuement des paysans à l'heure de la retraite, maigre pitance de leur vie de labeur.

"Nous prenons comme un témoignage de reconnaissance la visite du ministre de l’agriculture Didier Guillaume. Lors de sa présence qui a duré 3 heures, il a lui-même qualifié le salon comme rendez-vous incontournable du Pays Basque. Sa visite valorise l’agriculture que nous mettons en avant et défendons et nous souhaiterions que, dorénavant, il la prenne en compte dans les politiques qu’il mettra en place. L’agriculture paysanne ne doit pas rester une exception, mais elle doit être banalisée par une transition agroécologique efficace."
Faisant aussi allusion à la réunion qu'il avait eue avec les animateurs d'Euskal Herriko Laborantza Ganbara et la Confédération paysanne basque ELB, c'est en ces termes donc que la direction du salon de l'agriculture basque Lurrama a résumé dès ce lundi matin, dans deux paragraphes, samedi matin, la – longue — visite du ministre de l'Agriculture et de l'alimentation. Venu, il est vrai en voisin, depuis Anglet où il a un pied à terre à 5 kilomètres de là. Mais il est vrai que ce fils d'un éleveur de brebis de la Drôme, se rend à toute inauguration, concernant l'agriculture ou l'élevage au Pays basque ou initiative vertueuse dans l'agro alimentaire. En témoigne - presque - , la croix basque qu'il porte autour du cou. Comme nombre d'observateurs l'ont noté. Morceaux choisis de ses appréciations à l'issue de cette matinée.

De l'agriculture familiale aux frustrations d'une maigre retraite

"Je suis ici parce que l'agriculture telle qu'elle existe ici est une agriculture familiale, Lurrama est un salon qui reçoit plus de vingt mille visiteurs, animé par les paysans du secteur, c'et un salon représentatif aussi de la culture du Pays basque et il était normal que comme ministre je m'y rende. Je voulais entendre les responsables sur les positions qu'ils avaient, comme je voulais entendre leurs préoccupations sur les sujets que nous avons abordés, celui des petites fermes, les produits fermiers. Je me suis toujours battu pour que le bio soit plus développé qu'il ne l'est aujourd'hui, et faire en sorte, bien avant d'être ministre, que les circuits courts, l'alimentation saine, durable, et tracée, soit reconnue. Donc, je me sens très bien dans ce salon parce que j'y retrouve un peu mes convictions. Après est-ce que nous sommes d'accord sur tous les sujets? Bien sûr que non. La réforme de la PAC (NDLR.-Politique agricole commune) que je suis en train de mener va dans le sens désiré. La différence que nous avons, c'est que les responsables ici voudraient que ça aille beaucoup plus vite, d'autres trouvent que ça va beaucoup trop vite, et moi je suis au milieu. S'il en est ainsi, je pense que le gouvernement a une position qui n'est pas trop mal. "
"Il n'y a eu aucun échange vigoureux lors de cette visite, mais des échanges toniques. Les gens qui pratiquent ce métier sont ainsi. Il y a des questions importantes qui se posent aujourd'hui. Est-ce qu'on peut vivre encore en étant paysan? Est ce qu'un jeune qui veut être paysan peut s'installer. Je comprends et j'adore même quand un jeune agriculteur qui vient me dire, "Qu'est ce que vous faites, pourquoi ça ne marche pas comme ça? J'aime bien parce que c'est une France qui vit. Comme je comprends ce retraité qui fabriquait du fromage et m'a interpellé en disant ''je suis à la retraite depuis une semaine et j'ai une retraite d'agriculteur qui ne me permet pas de vivre''. C'est un véritable drame social. C'est là dessus que nous travaillons. On ne peut laisser ça comme ça. C'est pour cela que, dans le cadre de la réforme des retraites, je veux vraiment que les agriculteurs, avec la nouvelle réforme d'un travail équitable, puissent vivre décemment avec le fruit de leur travail. Ce sont des colères et des frustrations que j'entends. Vous avez d'ailleurs ici au Pays basque un modèle qui vit, un modèle qui va tout à fait dans le sens que je prône, celui de la transition écologique, totalement orientée vers les circuits courts, qui doit fournir demain l'alimentation la plus saine et la plus tracée possible."

 Quid de la spécificité basque en matière d'agriculture ?

"Nous avons évoqué  avec les responsables du salon la création d'un Office public agricole et alimentaire du Pays basque avec la possibilité d'une politique agricole locale. Pour l'instant, le président de l'agglomération (NDLR.- Jean-René Etchegaray) est en train de faire une étude. Moi, je vais attendre qu'elle soit faite et je m'exprimerai après. Je souhaite qu'après cela, il puisse y avoir une différenciation. Mais la position du gouvernement est très claire, on ne fait pas de différence entre les départements et les territoires. C'est un débat territorial, c'est un débat local, nous attendons de voir ce qu'en dira la Chambre d'agriculture. Dans le cadre du projet de loi qui est actuellement en discussion, il y a la possibilité de faire de la différenciation. Nous regarderons cela. Je ne me défile jamais, mais au moment où nous parlons je veux attendre que les élus territoriaux se soient exprimés et que les études juridiques soient claires."

 Les arrêtés anti-presticides

"En général, je ne commente aucune décision de justice et, en tant que ministre encore moins, mais je suis toujours gêné quand des maires prennent sciemment des arrêtés illégaux. Un maire qui sait qu'il s'agit d'un arrêté illégal se met lui-même dans l'illégalité et je pense que ce n'est pas bien. Certains l'ont fait par conviction , d'autres l'ont fait pour des raisons politiciennes en préparation des prochaines élections municipales. En se disant je prends mon arrêté contre ceci ou cela et je récupère les voix des écolos. Moi j'appelle un chat, un chat. En plus, pour ce qui concerne ces communes, il s'agit de villes, donc ça ne concerne pas le ministre de l'Agriculture. Ce n'était pas des agriculteurs qui étaient en cause, donc je n'ai pas à faire de commentaires."

Loups et ours: "Entre éleveur et prédateur, je choisirai l'éleveur"

"Quand je vois 300 brebis égorgées, je me dis que c'est un scandale absolu. L'éleveur, il n’est pas là pour être stressé parce qu'un prédateur rôde. Au gouvernement, nous sommes pour la biodiversité, donc il est hors de question d'éradiquer l'ours, d'éradiquer le loup. Par contre, nous voyons le problème de la prédation et entre l'éleveur et le prédateur, je choisirai toujours l'éleveur. Les choses sont claires. Sur ce qui concerne le loup, le gouvernement a reconnu pour la première fois qu'il y avait plus de 500 loups, donc il n'est plus une espèce en voie de disparition et donc en prélèvement nous sommes passés de 10% à 17% dans l'actuel plan. Pour l'ours, la position du gouvernement, est aussi très claire: plus aucune réintroduction d'ours ne sera effectuée; deuxièmement, il faut travailler sur la protection et le Président de la République a précisé que s'il y avait des ours déviants, il fallait les prélever pour faire baisser la prédation. Comme avec les préfectures, nous allons surveiller. Je serai toujours aux côtés de l'éleveur, face au prédateur, mais il faut accepter que la biodiversité existe et que les choses se passent le mieux possible."

Félix Dufour
Félix Dufour

Crédit Photo : Félix Dufour

Publié sur aqui.fr le 12/11/2019