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Edito | Le cri de colère et le message d'espoir de deux « enfants de la déconstruction »

Ils sont d'ici, de cette région, entre Gironde et Charente mais après s'être pénétrés de culture girondine dans leurs années de Sciences Po à Bordeaux et, pour l'un d'entre eux, Paul, avoir connu la présidence de l'UNEF, ont rejoint l'ESSEC et, désormais, épanouissent leur goût de la réflexion sur l'avenir dans des missions de Conseil en stratégie. Jérémie Cornet chez IBM et Paul Melun comme consultant au sein de KPMG. Ne croyez pas qu'à vingt quatre et vingt cinq ans ils se vivent installés sur des trajectoires royales, en route pour des carrières dans le privé où le Big Data est votre aliment quotidien...Pour s'en convaincre il faut ouvrir le livre, en manière d'essai, qu'ils viennent de publier aux éditions MARIE B « Enfants de la Déconstruction , Portrait d'une jeunesse en rupture » ; cette jeunesse à laquelle ils appartiennent et dont ils n'ont décidé de tirer le portrait, parfois bien sombre, que pour « mieux formuler nos vœux d'espoir »

Choisir de consacrer un espace éditorial à ces deux jeunes auteurs qui ne cachent pas, d'entrée de jeu, l'emprunt conceptuel qu'ils ont fait de la pensée de Derrida, le philosophe qui n'a pas craint de rompre avec « les grands piliers de la pensée occidentale », c'est se réjouir, à priori, de la perspective d'une rencontre où le diagnostic ne sera pas tiède. Et, en effet, il ne l'est pas.

L'un et l'autre que l'on sent nourris de culture classique n'en rajoutent pas mais, quand sous le sous-titre « Totalitarisme volontaire » en manière de clin d'oeil à La Boétie et « sa servitude volontaire », ils règlent son compte à l'emprise de la technique sur nos vies nous sommes au cœur de leur critique : « la machine n'est pas un outil qui permet d'optimiser sa raison, elle devient la raison elle-même. Le libre arbitre ne guide plus la découverte. La machine seule, en présélectionnant, ôte les premiers filtres. L'algorithme identifiera ceux qui pourront se rencontrer. L'individu délègue le soin à la technique de lui présenter des profils, des offres et ainsi d'être lui-même introduit auprès de ses congénères. Il abandonne sa liberté du premier geste. Le destin de ses prochaines «  connexions » sociales est suspendu au bon vouloir des lignes de code partagées par l'ensemble de cette humanité haut débit »... Voilà qui est dit.

S'en suit le constat de l'état d'une jeunesse digitalisée, au coeur de ces 2,91 milliards d'utilisateurs actifs sur les réseaux sociaux dont 91% de jeunes de 18 ans. Fini le temps de l'échange, ce sel des relations humaines qui devient de plus en plus artificiel, avec ce que les auteurs ne craignent pas de nommer « l'obsolescence des anciens » et cette propension, à leurs yeux insupportable, d'une « société qui va infantiliser les plus âgés. » . Et pourquoi pas, dès lors, aller jusqu'à « déconstruire la mort... » Le ton est donné ; il est sans concession, y compris à l'air du temps où l'amour est un marché et la famille une cellule, elle-même trop souvent déconstruite.

Vient donc le temps, ou du moins doit-il venir, de reconstruire. Jérémie et Paul, avec des accents empreints d'une belle exigence républicaine s'y emploient en criant leur passion de la France. De ce pays où «  un pacte culturel doit offrir un socle de valeurs et promouvoir la réconciliation des Français » ; de cette  « Terre » « miroir d'une formidable nation dont l'âme réside en chacune de ses 35.000 communes » avec « un premier grand chantier, celui de l'écologie » et l'ambition « d'ériger une société des sciences » où la recherche devra en quelque sorte irriguer les territoires.

Un livre comme un acte de foi dont on ne peut oublier que les auteurs, enfants de la déconstruction, rappellent l'ardente obligation de ne pas laisser au bord du chemin une partie de la jeunesse, celle qui ne vit pas dans les métropoles où les grandes villes et celle des quartiers qui trouve trop souvent dans la violence une manière d'identité.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 11/11/2019