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Société | Raymond Poulidor, l'éternel second, est décédé à Saint-Léonard-de-Noblat

Raymond Poulidor en 2012

Le champion cycliste Raymond Poulidor s'est éteint le 13 novembre à l'âge de 83 ans. Affaibli depuis le mois d'août, il avait été hospitalisé début octobre à Saint-Léonard-de-Noblat, sa ville d'adoption. Poupou, l'éternel second, restera toujours premier dans le coeur de nombreux Français passionnés de cyclisme et particulièrement dans celui des Miaulétous qui avaient adopté ce fils de fermiers né le 15 avril 1936 à Masbaraud-Mérignat en Creuse.

Ce matin du 13 novembre, le brouillard a envahi Saint-Léonard de Noblat, la commune où Raymond Poulidor s'était établi dans les années 60. Mais le brouillard qui refuse de se dissiper à l'approche de midi a aussi envahi les cœurs. La tristesse est bien perceptible dans les rues où le froid hivernal a comme figé le temps. La nouvelle est tombée aux alentours de 10 h et elle s'est vite répandue tel un électrochoc. Cette nouvelle que personne ne voulait entendre. Chacun espérait que le champion allait remporter une nouvelle victoire. En vain... Le champion est parti dans les brumes de la nuit retrouver ses copains cyclistes Jacques Anquetil et Louison Bobet pour une dernière échappée avant l'arrivée au sommet.

« Une perte pour Saint-Léonard »

Le drapeau est tombé après une vie bien remplie, toute consacrée au cyclisme. Et ce matin, ceux qui avaient l'habitude de le croiser sur son VTT, alors qu'il allait acheter son journal, savent qu'une page s'est définitivement tournée. Chacun évoque avec tristesse et la retenue des gens d'ici la mémoire du plus célèbre des enfants du pays. « C'est triste, je le connaissais bien, j'étais facteur, je me souviens quand je lui ai porté un énorme sac de courrier au moment où il a arrêté sa carrière en 1977 raconte René et mes collègues lui en ont portés d'autres. C'était un grand sportif, on en reverra pas un comme ça à Saint-Léonard.» Sandrine redoutait ce moment comme si le jour d'après allait être différent. « Les gens sont sous le choc et, même si on s'y attendait plus ou moins, ça fait bizarre. C'était une figure légendaire. » Son amie Josie acquiesce d'une petite voix. « On ne le verra plus sur son vélo, c'est une page qui se tourne. » Pierre qui rentre de son exploitation a lui aussi appris la nouvelle. « C'est une grosse perte pour Saint Léonard, ce ne sera plus pareil. » A la Salle des Fêtes, deux artistes qui ont accroché leurs œuvres pour la semaine sont également bouleversés. « J'avais gravé l'acier du portrait de Raymond Poulidor qu'avait réalisé Mick Micheyl pour les dix ans de l'exposition Reg'Art et nous l'avions invité se souvient Claude Bromet, tout le monde connaissait Saint-Léonard par Poulidor, c'est une perte pour la ville et le développement de ce sport. » Pour cet athlète parisien dans les années 60, la disparition du cycliste fait remonter à la surface les souvenirs. « Lorsque c'était le Tour de France, on arrêtait l'athlétisme, on allait au café suivre l'arrivée en buvant un diabolo menthe. On admirait Poulidor, Anquetil, Stablinski et Forestier. Poulidor l'éternel second, l'éternel premier.»

« Une icône de la ruralité »

A l'Hôtel de Ville, les visages aussi sont graves et les demandes d'interviews affluent de toutes parts. Le maire Alain Darbon a mis un livre d'or à disposition du public. « C'est une perte pour notre ville, Raymond était un ambassadeur bien au-delà des frontières de notre pays. A l'Office de Tourisme des Français, des Hollandais et des Belges qui demandait où était sa maison. C'est dire son rayonnement. Nous l'avions mesuré en 2004 lors du départ du Tour de France à Saint-Léonard et en 2016 quand le Tour est passé pour les 80 ans de Raymond, Thévenet, Hinault et Christian Prudhomme s'étaient arrêtés pour fêter ça. La ville était remplie de touristes depuis la veille ! » En dix-huit ans de carrière, il a engrangé 189 victoires et signé huit podiums sur le Tour mais le public n'a retenu que les trois Tours finis deuxième et la malchance qui l'a souvent accompagnée forgeant sa popularité indéfectible jusqu'à aujourd'hui. « On avait de lui cette image de deuxième mais il avait un sacré palmarès, il a gagné la Vuelta, Milan San Rémo, il a été Champion de France, ce n'était pas qu'un deuxième précise le premier magistrat, Raymond était un immense champion, une icône de la ruralité qui incarnait la simplicité, l'humilité et la force. Il avait toujours une anecdote à raconter avec son œil rieur. »

Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, a tenu à saluer la mémoire de ce cycliste qui a marqué l'histoire sportive du Limousin. « Populaire, c'est le mot qui me vient à l'esprit au sujet de Raymond Poulidor, cycliste hors-pair aimé et soutenu par les foules, massées d'une édition à l'autre au bord des routes du Tour de France et des nombreuses classiques auxquelles il a participé. Le palmarès extraordinaire de Raymond Poulidor et son mental hors du commun l'ont hissé au rang des légendes du cyclisme français, telles que Louison Bobet, Jacques Anquetil avec qui les duels furent mémorables, ou encore Eddie Merckx et Bernard Hinault. Jusqu'à la fin de sa vie, on aura noté sa présence chaque année lors du Tour de France, et lors du Tour du Limousin Nouvelle-Aquitaine dont il ne manquait aucune édition. Pour tous ces grands moments vécus, je salue bien bas la mémoire de "Poupou", qui restera l'un des plus grands ambassadeurs sportifs de notre région ». Aujourd'hui, l'enfant du pays a raccroché le vélo. Parti pédaler au paradis des cyclistes. Toute une ville se sent orpheline sans son champion.

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud

Crédit Photo : Wikimedia

Publié sur aqui.fr le 13/11/2019