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Société | Journée Hôpital Mort : Bordeaux et la Nouvelle-Aquitaine défilent

Grève hôpital

Journée "Hôpital Mort". Ce jeudi, ils étaient plusieurs centaines à à braver la pluie pour dénoncer leurs conditions de travail et demander une revalorisation de leur salaire, une hausse des effectifs et une augmentation du nombre de lits disponibles dans les hôpitaux. Médecins, infirmiers, manipulateurs radios, pédiatres, kinésithérapeutes, aides-soignants... l'ensemble de la profession s'est mobilisé à Bordeaux en début d'après-midi comme un peu partout en France, alors même que le budget 2020 de la Sécurité Sociale est en ce moment en examen au Parlement et qu'un vaste "Plan Santé" de 754 millions d'euros a été annoncé en septembre.

Les chiffres du ministère de la santé et du cabinet Odoxa précisent qu'en 2018, le budget alloué au financement des établissements de santé en France était de 195,2 milliards d'euros, en augmentation de 2,3%. Pour autant, 46% des établissements sont jugés en déficit (la dette des hôpitaux publics est évaluée à 30 milliards d'euros), le recours aux urgences augmente de 3,5% en moyenne par an, le taux de recours en chirurgie ambulatoire est en constante augmentation et le niveau d'économies pour 2018 a été évalué à 1,6 milliards d'euros dont 960 millions "pesant directement sur le budget des établissements de santé". Le "pacte de refondation des urgences" dévoilé par Agnès Buzyn en septembre dernier, prévoit d'ici 2022 754 millions d'euros" pour la "refondation des services d'urgences. Une somme qui devrait être puisée dans des crédits déjà existants et qui ne prévoit pas d'ouverture de lits ou d'augmentation de salaires, deux mesures fortement réclamées par les manifestants ce jeudi.

"Sauver notre hôpital"

À Bordeaux comme dans plusieurs autres villes de Nouvelle-Aquitaine (Pau ou Mont-de-Marsan notamment), les manifestants ont donc défilé. À la mi-journée, on apprenait que 8% du personnel hospitalier du CHU de Bordeaux était en grève. Une délégation a été reçue par l'ARS d'où le cortège a ensuite démarré pour une déambulation en ville. Une Assemblée générale était prévue à Pellegrin en fin d'après-midi. Au milieu des manifestants, avec une blouse blanche, Charlotte Jubert, pédiatre à Pellegrin, est venue avec plusieurs de ses collègues pour, dit-elle, "sauver notre hôpital, celiui dans lequel on travaille tous les jours". Elle y exerce depuis onze ans et affirme "accepter des conditions de travail innaceptables depuis des années. Il faut changer ça en réouvrant des lits, en embauchant plus de personnel parce que la population prise en charge à l'hôpital est croissante et les moyens ne suivent pas. On est toujours à travailler à moyens serrés, c'est usant à la longue. C'est innacceptable de potentiellement mettre en danger des patients sur lesquels on pratique des soins par manque de temps et de personnel". 

Grève hôpital

"On prend soin des gens il faut prendre soin de nous"

Rozenn, elle, travaille à l'hôpital Saint-André depuis vingt ans et au service des urgences depuis douze. Elle a vu débuter la grève des médecins urgentistes, débutée en France depuis le mois de mars et le 13 mai dans son établissement. "On a entamé un protocole de sortie qui n'est pas encore validé, on attend le retour de la direction". Rejoignant de nombreux témoignages auxquels se sont joints plusieurs syndicats (CNT, CGT, CFDT, FO, Sud, UNSA), elle dénonce un sous-effectif et un salaire trop bas, cinq mois après la fermeture de l'unité d'hospitalisation des urgences à Saint-André. "La vie coûte de plus en plus cher et nous, on stagne. En travaillant deux week-end par mois et avec vingt ans d'ancienneté, je gagne 2100 euros par mois, en comptant la prime de 45 euros en travaillant le dimanche ou les jours feriés. J'ai des amis qui commencent dans d'autres métiers avec l'équivalent BAC+3 et qui gagnent la même somme. Quand on regarde le classement de l'OCDE, on est derrière l'Italie, la Bulgarie et la Roumanie. Je ne suis pas une nonne, je n'ai pas signé pour ça".

Elle dénonce aussi la violence à l'intérieur de son service, invisible de l'extérieur. "On se fait de plus en plus souvent agresser par les gens, aux urgences on est au premières loges. Il y a de plus en plus de violences verbales et physiques, des coups de poings... On a eu une prime, mais pour la retraite, ça ne compte pas...  L'intérêt d'être en grève pour nous, c'était l'effectif permanent, mais j'ai des collègues qui se sont retrouvées toutes seules en post-urgences pour quinze patients alors qu'elles étaient censées être deux. On arrive à des situations lamentables et dangereuses, on a l'impression que nos dirigeants s'en fichent et ne connaissent pas notre métier, qu'on est juste des distributeurs de médicaments amenés à obtempérer aux ordres des médecins. On est là pour soigner les gens, il serait important qu'on prenne un peu soin de nous". 

D'après le collectif Inter-Urgences, 268 services d'urgences seraient toujours en grève en France le 11 novembre dernier. Les 70 millions d'euros débloqués par le gouvernement (notamment une prime mensuelle de 100 euros versée en juillet) pour les personnels des urgences n'ont semble-t-il pas calmé la colère. À voir si le budget 2020 de la Sécurité Sociale permettra de faire de nouvelles annonces au moment de la seconde lecture du texte à l'Assemblée prévue pour fin novembre. D'ici là, aucune réponse claire lorsqu'il s'agit d'annoncer la participation des personnels hospitaliers au vaste mouvement de grève interprofessionnel prévu pour le 5 décembre. Eve Piqué, secrétaire générale de la CFDT en Gironde, affirme cependant que l'ONDAM (Objectif National de Dépenses pour les Assurances Maladies) est "insuffisant pour répondre aux obligations de l'hôpital, aux manques de lits, de moyens humains et de place. Il faut que l'État revoie son budget à la hausse. Ça ne va sûrement pas s'arrêter là". 

Romain Béteille
Romain Béteille

Crédit Photo : RB

Publié sur aqui.fr le 14/11/2019