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Société | Tribunes de la Presse : l’Europe, une utopie pas si périmée

Les Intervenants du débat, Elie Barnavi, Marion Van Renterghem et Bernard Guetta

Histoire, construction européenne, souveraineté des États, Brexit, montée des nationalismes et ralentissement des europhobes. Tous ces sujets soutenant ou remettant en question la légitimité de l’Union Européenne ont été passés au crible lors de ce débat. Si l’intitulé semble pessimiste, le discours des trois intervenants l’est beaucoup moins. Ainsi, le journaliste et député européen Bernard Guetta, l’historien israélien Elie Barnavi et la journaliste Marion Van Renterghem ont tous les trois livré témoignages et éclairages sur l’Europe d’aujourd’hui et de demain avant d’échanger avec les spectateurs.

«L’Europe n’est pas une utopie périmée, c’est une construction en devenir». C’est par ces mots que Marion Van Renterghem a ouvert le débat sur l’utopie européenne, organisé dans le cadre des Tribunes de la Presse. En effet, cette entité, née à la fin des années 50 au sortir de deux guerres meurtrières, fut créée avant tout pour garantir la paix et rassembler les États-membres autour d’une même table pour mettre en place une gouvernance commune. Pourtant, les premiers traits de cette Europe unie remontent plus loin et différentes ébauches ont traversé les siècles. « Le premier plan de l’Europe unie remonte au XIV° siècle, indique l’historien Élie Barnavi. Cette Europe a en effet été une utopie pendant des siècles, mais se posait à chaque fois le problème du modèle de gouvernance ». D’après l’historien, deux scénarios ont été évoqués : le principe de l’État-modèle – un Empire, constitué autour d’une seule nation – ou le plan de l’État-nation, principe contemporain où l’institution est représentée par chaque pays.

 

Les nationalismes europhobes en recul

Si l’Europe a été menacée par les mouvements nationalistes europhobes, qui ont pris de l’envergure dans les années 2000, Bernard Guetta affirme qu’elle l’est moins depuis 2016 et le vote du Brexit au Royaume-Uni. Le député européen énonce un fait connu : « Plusieurs gouvernements au sein de l’Union Européenne en rejettent les valeurs fondatrices, je pense notamment à la Pologne et à la Hongrie. Mais leurs partisans ne veulent pas forcément en sortir ». Pour le journaliste, une raison justifie ce refroidissement des esprits : les pays quittant l’Union auraient une croissance nettement inférieure. Au delà du point de vue économique, le côté politique est également à prendre en compte : « L’extrême droite est en pleine renaissance dans les anciennes démocraties, reprend Bernard Guetta. Ceux qui, il y a un ou deux ans, appelaient à quitter l’UE, comme Mme Le Pen, changent d’avis aujourd’hui. Ils ont peur de faire fuir les électeurs. Le Brexit le montre : ce n’est pas si avantageux d’être hors de l’UE ».

 

Des efforts à faire, mais « l’Europe reste remarquable »

Dans un monde où seules les grandes puissances s’expriment, l’Europe a encore des progrès à faire. Pour Marion Van Renterghem, « l’UE a mal géré la crise financière de 2008, elle a étouffé les grecs par l’austérité, elle s’est montrée impuissante face au phénomène migratoire, c’est important de reconnaître ses échecs pour ensuite faire plus et mieux ». Pour la journaliste, le meilleur moyen de conserver la souveraineté nationale, « c’est au cœur de l’Union Européenne », seule entité capable de rivaliser face aux États-Unis et à la Chine. Autre effort à faire, selon Elie Barnavi : mettre un terme à l’Europe dite ‘à la carte’. « Si chacun joue selon ses règles, cela ne peut pas marcher », ajoute l’historien.

Néanmoins, malgré ses travers, l’Europe reste remarquable, et sur ce point, les trois intervenants sont unanimes. Bernard Guetta y voit une seule nation, parlant une vingtaine de langues et partageant 2000 ans d’histoire. Pour Elie Barnavi, « même si l’Europe ne change pas, elle tiendra parce que ses habitants y tiennent ». L’historien israélien conclut ce débat en citant Montesquieu, presque visionnaire, dans ses Réflexions sur la monarchie universelle en Europe (1727) : « L’Europe n’est plus qu’une nation composée de plusieurs, la France et l’Angleterre ont besoin de l’opulence de la Pologne et de la Moscovie, comme une de leurs province a besoin des autres[...] ».

Yoan Denéchau
Yoan Denéchau

Crédit Photo : YD

Publié sur aqui.fr le 15/11/2019