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Edito | Face à la crise sociale quelle stratégie ?

Pascal Demurger, le directeur général du groupe MAIF, de cette grande mutuelle de Nouvelle-Aquitaine qui fait la prospérité de Niort, le rappelait lors de l'ultime rencontre des Tribunes de la Presse, consacrée à «  L'entreprise, ennemie des Lumières ? », ce week-end à Bordeaux : entre 1989 et maintenant, le salaire d'un patron du CAC 40 est passé de 40 à 240 fois le montant du SMIC ( les chiffres 2018 connus avancent 277 fois). Ce simple rappel, à l'heure où un large sentiment prédomine dans la société française, celui de l'injustice fiscale qui a pris au moins autant de place dans le déclenchement de la révolte des Gilets Jaunes avec la quasi suppression de l'Impôt sur la Fortune que la fameuse taxe sur les produits pétroliers, ne peut que mettre en évidence la relative vacuité du pouvoir politique face à la crise sociale qui déchire notre pays.

Car n'en doutons pas elle est là et ce ne sont pas les quelques dix milliards créés pour tenter de la désamorcer qui suffiront à la surmonter ni même à l'apaiser. Le mal français est multiforme et il est ressenti d'autant plus rudement que les réformes, déjà mises en œuvre ou avancées par le pouvoir exécutif, rompent ou écornent ce qu'il était convenu d'appeler le modèle de protection sociale cité en exemple et dont l'avènement, au lendemain de la guerre sous les auspices du Conseil National de la Résistance, servait de référence.

La Sécurité sociale serait-elle menacée nous objectera-t-on ? Comment répondre à pareille interrogation en ignorant l'état de la société et ce sondage publié par le journal du Dimanche de ce 17 novembre  selon lequel 63 % des Français disent avoir renoncé à se faire soigner dont 45% en raison de difficultés financières les jeunes, les habitants des zones rurales ou les handicapés...Quels chiffres autres que ceux-là pour illustrer le grand malaise des personnels de l'hôpital, médecins y compris que l'on a vu, ici et là, défiler ces jours-ci parce qu'il est de plus en plus rude de faire face, notamment dans les services d'urgence débordés ou viennent échouer ces Français, qui se tournent vers le service public comme une évidence... Dans l'urgence, et sans jeu de mots, Emmanuel Macron en rappelant « l'héritage », charge son premier ministre de répondre avec « des décisions fortes »... Attendons. Une autre réforme dont le premier acte voit le jour ces jours-ci, celle de l'assurance chômage, soulève beaucoup d'inquiétude et en particulier parmi les personnes qui vont d'un emploi précaire à l'autre ; voulue pour cause de déficit de l'Unédic elle ne peut cacher l'obligation de faire sortir de l'indemnisation des milliers de gens et de les pousser vers la recherche d'un emploi ou l'acceptation du premier travail qu'on leur propose. Heureusement Muriel Pénicaud la ministre du travail nous annonce une «  vraie révolution »....un site internet et une application mobile qui « vont permettre à notre pays d'entrer dans une société de compétences »... Acceptons-en l'augure tout en soulignant que beaucoup de compétences existent déjà et, qu'à l'époque où la crise sociale est, de façon parfois excessive, assimilée à une manière de fracture territoriale, l'Etat devrait être beaucoup plus attentif au maintien de Centres d'apprentissage en milieu rural, ce qu'Alain Rousset rappelait aux Tribunes, plutôt que de dessaisir les collectivités de cette compétence si importante.

 

Au fond et ce qui est frappant dans l'état actuel de l'offre politique pour répondre à la crise c'est qu'elle ne parvient pas à concevoir et élaborer une stratégie qui fasse écho à la crise profonde que nous connaissons. Cela a été fortement évoqué lors des Tribunes de la Presse, y compris pour évoquer l'importance que la planification a joué dans la France des lendemains de la guerre. Nous étions en reconstruction, en route vers les Trente glorieuses avec une économie qui tournait à plein. Et pourtant nous étions capables et prenions le temps de concevoir une politique d'aménagement du territoire et d'anticiper des évolutions. Nous ne connaîtrons plus ces temps d'économie galopante. A l'heure où l'urgence climatique nous oblige comme jamais, où l'on théorise la décroissance, ne serions-nous plus aptes à échapper à la seule réponse néo-libérale ? A mettre en mouvement une société et un peuple que les seules conventions citoyennes ne peuvent associer au débat sur l'avenir ? Il est temps d'engager le grand chantier stratégique dont la France a besoin.

 
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Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 17/11/2019