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Société | Tribunes de la Presse : la décroissance, meilleure amie de la planète ?

Yves Cochet, Sylvie Brunel et Jean-Claude Daumas

La société court-elle à sa perte, et ce avant l’horizon 2050 ? Oui pour Yves Cochet, ancien ministre de l’Environnement. Ce dernier défend une théorie : la collapsologie, ou l’effondrement inévitable de la civilisation. Au cours d’un débat « La décroissance, nouvelle religion ? », Yves Cochet s’est confronté à la géographe Sylvie Brunel et l’historien Jean-Claude Daumas, nettement moins fatalistes et « fantaisistes », appelant plus à faire confiance aux progrès de la technologie et critiquant le manque d’éléments tangibles permettant de prédire un effondrement de la biodiversité et de la civilisation.

« La fin de tout ce qu’on connaît arrivera bien avant 2050 ». Voici le point de vue d’Yves Cochet. Ce dernier s’appuie sur les rapports scientifiques du GIEC ou de l’ONU, de plus en plus alarmistes sur l’état de la biodiversité et du climat, pour défendre sa théorie de l’effondrement. Pour l’ancien ministre de l’Environnement, cet effondrement de la civilisation ne peut être évité que par la décroissance – la préservation des ressources de la planète et la réduction de l’empreinte écologique. La géographe Sylvie Brunel concède que consommer moins est important, mais tient à rappeler un dicton récurrent en géographie : les ressources ne sont pas, elles deviennent. « La technologie permet de créer des ressources, poursuit-elle. Nous avons le temps, mais nous avons besoin de tout le monde pour trouver des solutions ».

« Une théorie bancale »

Si la théorie n’est pas scientifique, elle s’appuie sur la science. C’est ce constat qui, pour Jean-Claude Daumas, rend la théorie de Yves Cochet bancale : « M. Cochet défend un scénario en trois étapes : l’effondrement, le chaos, puis la renaissance. Sauf qu’en rentrant dans le détail, cette théorie ne tient pas debout ». D’après l’historien, les ‘effondristes’ s’appuient sur trois arguments contestés pour renforcer leur théorie : le livre Effondrement de Jared Diamond (2005), qui ne s’intéresse qu’à des sociétés disparues soi-disant parce qu’elles ne savaient pas gérer leur environnement comme les habitants de l’Île de Pâques, « qui, pour rappel, ont été massacrés ou asservis par des colons », ajoute Jean-Claude Daumas. L’autre fait historique justifiant la collapsologie : les prédictions du Club de Rome – un groupe d’économistes et de haut-fonctionnaires internationaux qui se sont réunis en 1972 pour réfléchir sur l’avenir de la planète. Il en a découlé le rapport Meadows, intitulé Les Limites à la croissance. « Les prédictions du Club de Rome se sont toutes révélées erronées, celle qui annonçait la fin du pétrole pour 1992 n’est qu’un exemple parmi tant d’autres », éclaire l’historien. Ce dernier épingle Yves Cochet sur ce qu’il appelle la ‘causalité magique’ : « L’argument du ‘tout est lié’ est sans fondement. Le monde n’est pas un château de cartes : ce n’est pas parce qu’une carte tombe que le reste suit ».

La mobilisation générale pousse à l’optimisme

Pour Yves Cochet, la cause de l’effondrement brutal est le « déni général des pouvoirs et de la population ». Sylvie Brunel manifeste son désaccord. « Ces cris d’alerte [les rapports répétés] ont une importance pour la mobilisation générale de la population mondiale en faveur du climat. L’humanité suit une trajectoire encourageante ». La géographe ne trouve pourtant pas, malgré les huées des jeunes présents dans la salle, les marches pour le climat pertinentes : « Oui, nous avons besoin de voir que la jeunesse est mobilisée, mais ce qu’il nous faut surtout, c’est de la compétence ». Face à ces mots, un enseignant, présent avec une classe de lycéens, s’insurge contre Sylvie Brunel. « Je refuse de vous laisser dire ça aux jeunes, madame. L’avancée de la société s’est faite par des conflits sociaux, l’écologie, c’est pareil ». Jean-Claude Daumas remercie l’intervention de l’enseignant. « On peut avoir confiance en l’Homme. Nous ne pourrons pas sauver la planète en deux ans. Le processus prendra des générations, et celle qui arrive a un travail important à mener ».

Yoan Denéchau
Yoan Denéchau

Crédit Photo : YD

Publié sur aqui.fr le 18/11/2019