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Culture | Les Idées mènent le monde: Hélène Carrère d'Encausse, "il faut croire au génie humain"

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La sixième édition des Idées mènent le monde, le rendez-vous littéraire palois, a démarré ce vendredi soir, lancée, comme le veut la tradition, par ces deux co-fondateurs, François Bayrou et Philippe Lapousterle, avant de laisser la place sur scène à l'historienne et Secrétaire perpétuelle de l'Académie Française Hélène Carrère d'Encausse. Une invitée pour le moins prestigieuse qui a impulsé cette édition 2019 des « Idées » par une belle leçon d'histoire et de géopolitique sur son sujet de prédilection, la Russie... sans oublier de livrer au public palois sa réponse humaniste, au thème des Idées 2019 : « En quoi croire encore ? ».

« 200 mètres de file d'attente devant l'office de tourisme et la Mairie lors de l'ouverture de la billetterie, et des serveurs internet qui ont sauté sous l'assaut du nombre de personnes voulant réserver leur place depuis chez eux », souligne François Bayrou pour démontrer le succès cette année encore répétée de ce festival littéraire et intellectuel qu'est le rendez-vous des Idées mènent le monde à Pau. « 35 000 personnes réunies au Palais Beaumont sur 67000 habitants... » résume songeur Philippe Lapousterle. « Qui aurait pu croire cela possible à Pau.... ? »
Crédible ou pas, le rendez-vous est désormais bel et bien attendu et suivi par les palois, nombreux, donc, en cette première soirée. « Un rendez-vous émouvant et précieux pour nous », livre François Bayrou à la grande salle du Palais Beaumont. « Ces journées sont précieuses car le choix des invités dépend directement de notre responsabilité », avec un objectif avoué : que les intervenants sélectionnés (de Tahar Ben Jelloun à Alain Finkielkraut en passant par Christine Ockrent ou Erik Orsenna) « suscitent de la curiosité, de l'adhésion, ou au contraire la discussion et la polémique... "


La Russie: "une énigme que nous avons intérêt à comprendre"
Avec la première invitée de l'évènement, l'historienne et académicienne Hélène Carrère d'Encausse, c'est du côté de l'adhésion et de l'admiration qu'aura clairement penché la balance du public ce vendredi soir. Livrant sous les questions du journaliste Jean Marziou quelques clefs historiques et diplomatiques de compréhension d'un pays qui reste un grand inconnu, et qui plus est souvent mal perçu, des européens : la Russie. Le plus grand pays de la planète, 17M de km², qui connaît lui même son sein « un problème fondamental d'identité » révèle l'historienne. Trois siècles d'invasion mongole notamment, puis, plus près de nous, la Révolution Russe et ses 75 ans d'autarcie : « la Russie a par deux fois été arrachée à l'Europe ». Un pays qui a été une super puissance avant de n'être plus rien, et qui a repris une place de puissance sur l'échiquier diplomatique « mais sans plus », tempère l'historienne. « Ces diverses mutations sont extrêmement difficiles. C'est la raison pour laquelle la Russie représente pour nous une énigme ; et une énigme que nous avons plutôt intérêt à comprendre. », conseille-t-elle.

Et, après les rendez-vous manqués avec l'Europe, à l'issue de la guerre froide, dont pourtant les Russes étaient demandeurs («  « la maison commune européenne », a dit Gorbatchev, ça veut dire quelque chose... », souligne-t-elle), après son écartement progressif et son isolement sur la scène internationale avant son retour, sous l'impulsion de Vladimir Poutine, « qui a su refaire fonctionner le pays », la France aurait tout intérêt à rétablir les liens. « A l'heure du développement de l'Asie, la Russie pourrait être le pont qui nous y rattache, l'Europe en général et la France, à l'ouest, en particulier », conseille l'historienne académicienne, fille d'immigrés qui a su parler le russe avant le français.

"Il faut croire en la personne humaine"
Une langue française apprise en quelques semaines à l'âge de 4 ans, mais « aussi innée que la langue russe », assure-t-elle, et sur laquelle elle veille depuis le fauteuil n°14 de l'Académie française depuis 1990. Quant à la question phare de ces Idées mènent le monde, « en quoi croire encore ? », celle dont les parents lui ont appris a « aimé le pays d'exil, la France, deux fois plus que le pays d'origine », en est convaincu, « c'est à l'Homme qu'il faut croire, ne pas le déposséder de lui-même, et croire en ses capacités de répondre à ce qui ne va pas. Le mot le plus usité en France est le mot « peur » ; peur de l'huile de palme, peur des manifestants, peur du climat, que sais-je... On doit certes regarder les problèmes en face, mais ne pas en avoir peur. Il faut faire confiance au génie humain. Il faut croire à la personne humaine, qui est perfectible, mais qui a un immense souci du prochain ».
Et la Dame à la robe rose a été longuement applaudie.

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Capture d'écran YouTube

Publié sur aqui.fr le 23/11/2019