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Environnement | Le covoiturage domicile-travail doit se développer sur Grand Poitiers

Amélie (à gauche) et Fabienne font du covoiturage ensemble depuis début septembre. Elles sont séduites par ce mode de mobilité alternatif

Dans le cadre de son schéma directeur des énergies et du plan climat-air-énergie territorial, Grand Poitiers vise à réduire de 25% les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. Pour atteindre cet objectif, la communauté urbaine souhaite développer de nouvelles mobilités alternatives comme le covoiturage. Elle a expérimenté cette solution avec l’entreprise qui se dit leader dans le covoiturage domicile-travail, Klaxit. Pour l’instant, 1 003 inscrits trouvent des covoitureurs pour les accompagner sur la route du travail. L’objectif est de développer encore plus ce nombre. Parmi les six entreprises qui expérimentent ce dispositif, il y a le CHU de Poitiers, rencontre avec deux collègues qui font désormais la route ensemble et qui n’y voient que des avantages.

La nuit commence à tomber. Il est 17 heures 15 sur le parking du pôle de gériatrie du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Poitiers. Deux salariées se retrouvent devant une voiture. Elles viennent de terminer leur journée de travail en tant que secrétaires médicales et s’apprêtent à rentrer chez elles. Un trajet travail-domicile qu’elles font désormais à deux. C’est ça le principe du covoiturage. Pour cela, elle utilise une application, qui les a mises en relation : Klaxit. Une start-up qui s’annonce leader sur le marché du covoiturage entre le domicile et le travail. 

La communauté urbaine de Grand Poitiers expérimente depuis juin dernier cette application. L’occasion de faire un point, six mois après la mise en service de ce nouveau type mobilité qui se veut alternatif. « Grand Poitiers souhaite favoriser le covoiturage comme un moyen complémentaire pour se déplacer. Pour cela nous avons mis en place un partenariat avec la société société Klaxit, leader en France de la mobilité alternative. En plus, nous participons au financement des trajets domicile-travail », explique Anne Gérard, vice-présidente de Grand Poitiers, chargée des Mobilités. Effectivement, la communauté urbaine finance une partie des frais de covoiturage. Chaque conducteur recevra 2 euros par trajet et les passagers bénéficient de trajets à 1 euros (à raison d’un aller-retour chaque jour). Au total, 606 trajets ont été cofinancés par Grand Poitiers, depuis le début de l’expérimentation. La tendance est à l’augmentation. 

Evolution du nombre d’inscrits par mois depuis le lancement de l’expérimentation

Six entreprises participent à l’expérimentation

L’application a trouvé son public depuis juin dernier. A la mi-novembre, 1 409 personnes inscrites proposaient un trajet. 1 003 inscrits ont trouvé des covoitureurs. Des chiffres encourageants mais qui doivent encore augmenter. Ce n’est pas forcément encore un automatisme dans la tête des salariés, même si déjà 23 638 kilomètres ont été parcourus en covoiturage depuis juin dernier. Pour l’instant, six établissements se sont engagés dans cette aventure. Ils sont situés sur deux zones d’activité très développées. Tout d’abord la zone du Futuroscope où le parc du Futuroscope lui-même a pris part à l’expérimentation, ainsi que le réseau Canopé ou encore l’entreprise de gestion de la relation client, télémarketing et centres d’appels Armatis LC. La deuxième, est celle du campus universitaire et CHU avec l’université de Poitiers, le CHU et le Centre Hospitalier Henri Laborit. Cependant, l’application reste ouverte à tous les habitants de Grand Poitiers et même au-delà. 467 salariés de petites entreprises sont également inscrits sur Klaxit. 

Nombre d’inscrits sur les 6 entreprises ciblées

60% des salariés habitent à 20 km du CHU de Poitiers

Le CHU de Poitiers fait office de bonne figure avec le plus grand nombre d’inscrits. La référence covoiturage est la conseillère mobilité du CHU, Karine Ferrand ; elle suit activement les dernières évolutions. « A ce jour nous avons 191 salariés du CHU de Poitiers qui sont inscrits sur l’application. 120 covoitureurs l’utilisent même quotidiennement. » D’autant plus que le CHU doit faire face à plusieurs difficultés, les horaires décalés et souvent approximatifs de leur salariés. Puis, quand on s’intéresse au lieu d’habitation, le constat est net. « 60% de nos 7 000 salariés résident à plus de 20 kilomètres du CHU. C’est pour cette raison que nous avons opté pour cette politique volontariste du covoiturage, indique Christophe Baltus, directeur campus santé du Chu de Poitiers. L’objectif est de doubler ce nombre de personnes qui utilisent l’application et qui convoiturent pour venir au travail d’ici fin mars 2020. » Pour cela, l’hôpital compte faire passer le message par une campagne de communication en interne, mais aussi expliquer ce dispositif aux personnels encadrants et prévoit de faire le tour de l’ensemble des services. « Je pense que nous sommes en train de franchir une étape, nous n’avons pas pu tout faire d’un coup, mais le potentiel peut être plus important encore », explique Christophe Baltus qui ne cache pas son ambition.

La souplesse du covoiturage

En attendant, les deux collègues vont bientôt prendre la route pour rentrer chez elles. Mais avant elles ont livré leur impression sur l’application qu’elles utilisent depuis le mois de septembre. Elles se sont découvertes comme étant des voisines de quelques kilomètres. Sans Klaxit, elles ne l’auraient jamais su et n’auraient sans doute jamais discuté pour faire du covoiturage ensemble. Depuis, elles font quotidiennement le trajet de plus de 23 kilomètres (la distance moyenne des trajets proposés par l’application est de 23,9 kilomètres pour 21 minutes de trajet) entre Cissé (commune à l’Ouest de Poitiers) et le CHU de Poitiers. « Fabienne me rejoint chez moi et nous partons ensemble. Parfois on prend ma voiture et d’autre fois la sienne », explique Amélie Arlot. Fabienne Nibeaudeau habite un peu plus loin, à 5 kilomètres de sa collègue à Villiers. Elle paraît séduite par ce service. « Vous savez, c’est souvent la galère pour se stationner… Avec Amélie, nous avons quasiment les mêmes horaires à une demi-heure ou un quart-d’heure près. Je sais que nous avons des collègues plutôt réticents au covoiturage, car on perd son autonomie, mais je trouve qu’il y a une solution à tout. Il y a des arrangements et ça ne doit pas être un frein pour se lancer. On s’adapte, il faut essayer. Puis, quand on est coincé dans les bouchons, nous avons quelqu’un à qui parler ». Finalement, les deux femmes ne se sentent pas prisonnières du covoiturage. En plus, si la conductrice rencontre un problème et ne peut pas assurer le trajet du retour, l’application le garantit, quoiqu’il arrive. Elles dépensent moins de frais en essence et gagnent même un peu d’argent pour leurs trajets quotidiens. Pour se donner rendez-vous à la voiture, les deux collègues utilisent même l’application en appuyant sur le bouton départ immédiat. Cela laisse une notification à la passagère qui comprend que la conductrice est prête à partir. Pour l’instant, il reste encore trois places dans la voiture d’Amélie ou de Fabienne. Elles espèrent bien la remplir d’ici quelques mois. Pour cela, elles sont prêtes à optimiser leur trajet pour récupérer ou déposer d’autres salariés sur leur route. En tout cas, Fabienne est tellement conquise qu’elle a même dit à sa fille étudiante en fac de médecine d’utiliser l’application avec ses camarades de promotion. Le covoiturage se transmet donc de génération en génération et pourrait rentrer dans les habitudes quotidiennes. 

Julien Privat
Julien Privat

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 28/11/2019