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Culture | L'actualité du Roman Noir : L'échappée basque

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C’est un vagabondage criminalo-touristique, sous la conduite Émilien Labadie, que nous propose cette Échappée basque. Responsable d’une université d’été qui se déroule à Biarritz sur le thème de la médiation des conflits politiques violents, ce chercheur va devoir endosser, non sans un certain allant et un plaisir de néophyte, le costume d’enquêteur.

Au milieu des participants venus de toute l’Europe, voire d’Amérique latine, voici que disparaît, lors d’une soirée, quelque part entre le casino de la ville et le vieux port, une jeune femme tchèque, Milena, qualifiée, avec un lyrisme machiste par l’un des encadrants du colloque, de « brebis tchèque égarée sur les prairies verdoyantes du Pays Basque ». Au début, personne ne s’inquiète, tant le climat général de la session est vraiment détendu. Il faut dire que les échanges savants étaient suivis, jusque-là, en soirée ou à l’occasion de journées d’études pratiques, de visites dans la ville, ses environs et le pays basque Sud, alliant le plaisir de la découverte de lieux chargés d’histoire à des réflexions et échanges autour du conflit basque. C’est pourquoi le roman se décline d’abord comme une espèce de Baedeker – guide touristique savant à l’usage des élites voyageuses – où le lecteur prend plaisir à découvrir sous une forme ludique les strates politico-sociales des lieux où évoluent les congressistes. Puis, insidieusement en quelque sorte, ils se transforment sous nos yeux en enquêteurs dans une organisation très rationnelle qui ferait presque de l’ombre à la police officielle. Sont alors brassées des morts mystérieuses où la main des « serial-pousseurs » apparaît ; on évoque aussi les sombres activités d’une colonie russe proche de Poutine et enfin les actions internationales en faveur d’une issue pacifique du conflit basque. On n’en dira pas plus ; au lecteur de découvrir les charmes peut-être vénéneux de « l’observation participante » de chercheurs emportés par la fièvre de l’action autant que par celle de la recherche. Et d’apprécier le plaisir à déguster une enquête romanesque, à la fois grave et souriante.

Bernard Daguerre
Bernard Daguerre

Crédit Photo : La Machine à Lire

Publié sur aqui.fr le 10/01/2020