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Culture | Grand Angoulême : dix mesures pour les auteurs de Bande dessinée

Angoulême n'est pas seulement le territoire qui accueille le festival international de BD mais aussi celui où vivent 250 professionnels

Le Grand Angoulême lance un vaste programme de soutien économique aux auteurs de bande dessinée vivant sur son territoire. Ces hommes et ces femmes, dont 36 % vivent sous le seuil de pauvreté, et dont certains abandonnent le métier faute de ressources suffisantes, doivent être au contraire considérés comme une richesse pour le territoire. Ils contribuent ainsi à sa notoriété et peuvent permettre de développer des projets sur le plan social, pédagogique, économique et en termes de communication. Dix mesures sont engagées dont certaines vont alimenter le label Unesco, "ville créative."

Il faut renforcer les publiques publiques de soutien aux artistes auteurs, suggère le rapport de Bruno Racine, remis mercredi au ministre de la Culture. L'ancien président du Centre Pompidou et de la Bibliothèque nationale de France, dresse une série de 23 recommandations en vue d’améliorer la situation des artistes-auteurs à quelques jours de l’ouverture du festival de BD d’Angoulême. Ce qui ressemble à une tentative de désarmorçage face à des auteurs en pleine révolte face à la précarité grandissante de leur métier. De nouvelles manifestations sont d'ores et déjà prévues pendant le Festival. 

Coincidence de calendrier, Jean-François Dauré, président du Grand Angoulême, présentait jeudi matin un vaste plan de soutien destiné aux dessinateurs, scénaristes  de Bande dessinée, vivant sur les 38 communes du Grand Angoulême. "Nous avons décidé de travailler sur la précarité des auteurs de BD avec l'idée que toutes les collectivités apportent chacune une brique au soutien économique aux auteurs."  Le territoire du Grand Angoulême est l'un des foyers d'auteurs de bande dessinée le plus important de France, avec 250 représentants . Cette communauté d'artistes qui rayonne au plan national et international doit aussi être considérée comme atout pour l'attractivité, la visibilité du territoire et le développement de la créativité sur plusieurs niveaux. Là où le bât blesse, c'est que 36 % des auteurs de BD vivent en dessous du seuil de pauvreté. Certains arrêtent faute de ressources suffisantes, pour s'orienter par exemple sur de l'illustration. "C'était à nous de trouver les mesures pour les aider. Comment les protège t-on ? Comment les met- on en lien avec les entreprises  dans un axe de communication par exemple," ajoute Jean François Dauré. Le Grand Angoulême a donc imaginé  un plan d'actions comprenant dix grandes mesures dont certaines vont alimenter le Label Unesco "Ville Créative"

Une création de poste

 Nous avons travaillé de façon transversale avec l'ensemble des services de l'agglomération, celui de l'habitat, des affaires économiques, la politique de la ville, la coopération internationale, les sports, la communication pour élaborer un certain nombre de propositions qui viendront se conjuguer aux propositions des autres collectivités territoiriales et de l'Etat. Il y a un désir de travailler tous ensemble et avec les auteurs. Ils constituent une véritable ressource et richesse pour le territoire. Nous sommes dans une démarche positive pas de main tendue" explique Johan Hilel Hamel, responsable du service culture.
La première mesure phare est la création d'un poste à temps complet identifié à la maison des auteurs de la Cité internationale de la bande dessinée. Ce poste aura pour vocation d'assurer un premier niveau de relation entre les auteurs et de potentiels commanditaires, de permettre aux auteurs de mieux connaître leurs droits, d'organiser des formations, d'assurer un travail de veille, de faire le lien avec les différents services sociaux. L'agglomération participe à hauteur de 7560 euros pour le financement de ce poste, les autres collectivités devraient également apporter leur contribution. 
 La deuxième mesure consiste à la création d'une instance locale paritaire de concertation avec les auteurs en les rémunérant lorsqu'ils seraient conviés à réfléchir aux politiques publiques de l'agglomération. La troisième action concerne l'éducation artistique. Les ateliers de l'image du CP à la troisième  auxquels six professionnels ont participé l'an dernier sont reconduits. "Pour la prochaine année scolaire, ils concerneront dix auteurs pour un volume en nette augmentation, ce sera  320 heures d'ateliers. Il y a une très forte volonté des auteurs de travailler avec le milieu scolaire. La logique est aussi de leur permettre de diversifier leurs ressources," précise Johan Hilel Hamel. Cette action est financée à la fois par le ministère de la Culture et l'agglomération pour un montant de 17600 euros sur l'année 2020-2021.  

Favoriser l'émergence artistique 

Le quatrième axe doit permettre de favoriser l'émergence artistique et l'installation d'auteurs de bande dessinée sur le territoire. Une des caractéristiques d'Angoulême est le renouvellement constant du paysage artistique local grâce à la présence des écoles de l'image. Ces jeunes auteurs trouvent rarement des débouchés professionnels immédiatement et se tournent vers l'autoédition. L'idée est de créer un dispositif de soutien à la jeune création, qui joue un rôle fondamental dans la bande dessinée française. En cours de construction, le dispositif prendrait la forme d'une subvention de 15 000 euros pour 1 à 5 projets éditoriaux par an, d'achat d'espaces publicitaires dans des médias régionaux ou nationaux, de l'organisation d'une cérémonie pour les lauréats, et mise en avant du projet à l'Alpha. Les premiers lauréats seront annoncés dans le courant de cette année, sans doute au deuxième semestre. La cinquième action concerne les opérations de renouvellement urbain dans lesquels les professionnels du 9 e art seront associés à travers des programmes artistiques d'accompagnement. La sixième a pour objectif de créer des passerelles entre les entreprises et les auteurs pour faire naître des projets collaboratifs. La septième mesure consiste à créer une carte professionnelle locale, qui permettrait d'accéder à des tarifs réduits pour des activités de loisirs ou sportives proposées sur le Grand Angoulême. Parmi les pistes de réflexions, celle que les auteurs de BD puissent avoir accès gratuitement aux musées nationaux, à des réductions en librairie. Autant de discussions à prévoir  avec le ministère de la Culture. L'objectif tend à  permettre aux professionnels du 9e art d'acquérir un vrai statut, une vraie reconnaissance.  Deux autres actions  concernent,  l'habitat, notamment  que la problèmatique des auteurs soit prise en compte dans l'accès à logement à loyer modéré ;  la démultiplication des collaborations pour qu'ils deviennent de véritables ambassadeurs du territoire. Enfin, la dixième mesure consiste à soutenir une étude sociologique sur les conditions de vie des auteurs de BD francophones en Charente afin de mieux connaître et comprendre cette communauté artistique. 

 

 
 

Claude-Hélène Yvard
Claude-Hélène Yvard

Crédit Photo : archives Claude Hélène Yvard

Publié sur aqui.fr le 24/01/2020