Aqui.fr - Une publication d'Aqui!Presse Aqui.fr - Partageons l'information en Nouvelle-Aquitaine et bien au delà

Culture | Selor : murs mûrs à l'oreille des passants

L'artiste urbain David Selor pose incognito devant une de ses oeuvres à Bordeaux. Texte caché : "Moi ce qui me manque c'est le -s à la fin."

L'artiste avait donné rendez-vous dans un quartier de Bordeaux, sans préciser le numéro de rue. « Appelez-moi quand vous y serez. » L'atelier coquet est gardé secret : voici l'antre du doux Mimil. Il doit vous dire quelque chose, ce personnage jaune mi-garçon mi-animal à la marinière blanche et cyan, non ? Les promeneurs urbains peuvent l'observer, une centaine de fois dans les rues bordelaises. Jetez un œil aux murs d'établissements abandonnés, ils sont devenus sa vitrine préférée.

« Des gens ont déjà essayé de découper le parpaing d'une de mes œuvres » confie David Selor, perplexe. Malgré cette popularité ascendante, l'artiste de 31 ans reste discret sur son identité. Le Cognaçais d'origine est installé à Bordeaux depuis 2015, l'année de la première « saison street-art » lancée par la mairie. « Je sentais que c'était le bon moment pour venir y peindre » marque-t-il. Et, aussi, pour faire connaître le Mimil thérianthrope – mi-garçon mi-animal – né de l'imagination selorienne en 2013. Le créateur est alors en service civique au Portugal dans un centre d'accueil pour personnes porteuses du trouble autistique. S'il prend conscience que le métier n'est pas fait pour lui, l'expérience laisse une trace. A tel point, qu'il veut la traduire par une forme artistique. Ainsi apparaissent les traits de Mimil : peau dorée, corps fin et longiligne, yeux fermés en demi-lunes surmontés de deux oreilles pointues. Un long museau aussi car Mimil a du flair pour philosopher en une phrase, voire en quelques mots. Il ne parle pas, mais écrit. Une façon d'illustrer les difficultés communicationnelles de l'autisme.

 

Une oeuvre signée Selor, rue des Pyrénées à Paris dans le 20e arrondissement.

 

Trésors de fresques

De retour en France, la traque aux espaces verticaux d'expression urbaine s'ouvre. Et à cette course-là, les places sont chères entre street-artistes. « Les murs ne m'appartiennent pas » reconnaît Selor. Une fois dessiné à la bombe « en quinze minutes maximum », le Mimil est en contrat à durée déterminée sur les murs bordelais, poitevins et parisiens pour ne citer qu'eux. Les accros d'urbex – exploration urbaine – peuvent aussi l'apprécier à Londres et Bruxelles. « J'aimerais internationaliser mon travail » projette l'artiste, local pour le moment. Les petites phrases françaises de Mimil pourraient donc se faire plus rares, au bénéfice de l'anglais, voire disparaître. Selor veut tutoyer l'universel par la seule forme graphique, dans la rue et sur les toiles. Mimil deviendrait muet par le verbe, pas par le geste. Comme dans les imposantes fresques qui lui sont commandées. La dernière date d'octobre pour le lycée bordelais Saint-Joseph de Tivoli. Douze mètres par six, de légèreté visuelle exécutée en deux jours, avec un Saint-Mimil iconique et volant – lycée jésuite oblige. Vite fait, bien fait : le pan de mur devient trésor, jalousement gardé par les élèves.

 

Les traits de Mimil apparaissent sous le crayon de David Selor dans son atelier bordelais.
 
 
Campagne-art

Dès l’œuvre terminée, Selor poste le nouvel objet de curiosité sur ses réseaux sociaux. « A chaque fois, on me prend en photo; alors je sors couvert de la tête aux pieds » montre t-il. L'anonymat demeure préservé. Pas question d'être reconnu car l'artiste voit la célébrité comme un mal-être. La star c'est Mimil, shooté sous tous les angles dès qu'il se manifeste dans un nouveau lieu. Il se dit même que quelques admiratifs arpentent des circuits urbains suivant ses traces. « La rue c'est un support de communication d'enfer » brandit Selor. C'est surtout le sien depuis qu'il a commencé en 2007. Des tags sous les ponts jusqu'aux compteurs électriques de Cognac un peu plus tard, il travaille sa patte et son phrasé. Lui qui n'est pourtant pas à l'aise avec l'orthographe devient souvent poète. Vous reprendrez encore un peu de paradoxe ? Voici pour vous : « je viens de la campagne et je voudrais y vivre » affirme t-il. Ainsi, pendant que Mimil se baladera par-delà les frontières, Selor aura probablement fait son trou loin des villes. Un street-artiste de la campagne qui habitera peut-être à côté de chez vous. Songez-y si des personnages jaunes apparaissent aux portes de vos bâtiments pour vous souffler quelques bons mots.

 

Site internet : https://www.selor-art.fr/

Instagram : selor_streetart.insta

Maxime Giraudeau
Maxime Giraudeau

Crédit Photo : Maxime Giraudeau

Publié sur aqui.fr le 28/01/2020