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Société | Le rugby « un sport neuf » selon Guy Accoceberry, ancien international

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Le 4 février dernier, l’école de commerce bordelaise ISEFAC Bachelor, a organisé ses premiers Pi Days, The Professionnal ISEFAC Days, à la Grande Poste au cœur de la capitale girondine. L’occasion pour près de deux cents étudiants d’écouter des parcours de vie de professionnels tels que Gaël Clavière, chef pâtissier du Premier ministre, Laure Melix, coordinatrice Presse Europe pour Disneyland Paris ou encore Guy Accoceberry, ancien international de rugby, pharmacien et conseiller municipal délégué au sport à la ville de Bordeaux…

« Je vous livre aujourd’hui le témoignage de quelqu’un qui a connu le vrai rugby amateur ! » Les yeux baignés de souvenirs, Guy Accoceberry se raconte… Ancien international, pharmacien et actuel conseiller municipal délégué au sport à la ville de Bordeaux, en ce 4 février, il compte anecdotes et expériences de vie liées au ballon ovale devant près de deux cents étudiants d’ISEFAC Bachelor à la Grande Poste à Bordeaux. Le regard est vif, les mains dansent au rythme des palabres, l’enfant de Saint-Vincent-de-Tyrosse vit toujours au gré de sa passion. « Filles et garçons, touts petits déjà nous étions tous conditionnés au rugby à Tyrosse, se souvient-il. Nos instits étaient d’anciens joueurs, notre club évoluait en 1ère division, nous recevions donc à chaque saison les grosses locomotives du championnat. »

Le rugby, une philosophie de vie
Fin des années 80, Guy quitte sa terre natale pour suivre des études de pharmacie à Bordeaux. « Pendant ces six années passées dans la capitale girondine, je redescendais tous les week-ends pour m’entraîner et jouer les matchs de championnat avec mon club de cœur, Tyrosse. Du reste, j’étais un peu le chouchou. Tout le monde prenait soin de moi pour que je ne me fasse pas trop amocher afin de poursuivre mes études », confie-t-il. A cette époque-là, le rugby était encore considéré comme un sport amateur. « Malgré les études que nous pouvions suivre où les professions que nous épousions à côté, notre investissement pour le club, le ballon ovale, cette noble cause, était total. Et la commune savait bien nous le rendre. En effet, lorsque certains rugbymen raccrochaient les crampons et devaient trouver un job, les Tyrossais n’oubliaient pas ce qu’ils avaient fait pour la ville et les aidaient. Telle était la philosophie du rugby. »

De l’amateurisme au professionnalisme
Alors qu’il évolue à Tyrosse et revêt la blouse blanche du pharmacien, Guy porte à trois reprises le maillot tant convoité de l’équipe de France de rugby. Trois fois remplaçant, il goûte alors au plus haut niveau. « Et quand on met le doigt dedans on veut aller encore plus loin… J’ai répondu donc aux sirènes béglaises et connu mes premières sélections en qualité de titulaire en équipe nationale. » C’est dans ces années-là que le professionnalisme pointe le bout de son nez. Si des clubs comme Toulouse ou Clermont n’ont rencontré aucune difficulté à se professionnaliser, en revanche pour d’autres écuries telles que Bègles la transition est plus compliquée. « J’avais des collègues qui bossaient chez EDF, au Crédit Lyonnais ou encore moi en pharmacie, donc réaliser des entraînements quotidiennement fut un peu compliqué pour nous. » Du coup, la solution trouvée fut de « recruter des jeunes qui ne pensaient qu’au rugby et ce fut bien dommage tout en amenant doucement vers la fin de carrière les amateurs que nous étions. » Pour Guy Accoceberry, cette professionnalisation a quelque peu « patiné ». Pour lui, ce n’est que dans les années 2000 que les clubs se sont vraiment organisés. « Sur le terrain, ça a commencé à ressembler à quelque chose. En revanche, dans les vestiaires, c’était une autre affaire... »

FFR et Ligue en discorde
En effet, aux yeux de l’ancien international, un problème de taille réside dans l’organisation de la planète rugby en France. « La Ligue nationale de rugby et la Fédération Française de Rugby ne parlent pas d’une même voix. Quand la première gère le Top 14 et la Pro D2, la deuxième s’occupe du rugby amateur et du XV de France. Du coup, lorsque le XV de France joue, certains joueurs du Top 14 ne peuvent pas évoluer dans leur club pour disputer le championnat. Si ces deux instances s’entendaient mieux, elles pourraient s’accorder sur l’organisation du championnat par rapport aux compétitions de l’équipe de France ». Aussi, ce dernier estime que « si les joueurs sont professionnels, en revanche, l’administration derrière ne l’est pas. Le rugby est encore un sport neuf. Derrière la remise en question peine à venir. Lorsque Guy Novès a été recruté pour gérer le XV de France, il était déjà sur le déclin à Toulouse et n’avait pas fait évoluer son coaching ». Aujourd’hui avec le nouveau duo Fabien Galthié « qui est l’homme du moment et Raphaël Ibanez, nous pouvons observer un coaching plus moderne. Au regard du match France-Angleterre du 1er février dernier Antoine Dupont est resté sur le terrain pendant 80 minutes car il faisait un bon match. L’ancien coaching l’aurait remplacé au bout de 65/70 minutes. »

« Le rugby c’est du spectacle »
La route est encore longue donc avant que le rugby français ne se professionnalisme totalement. Et même s’il souhaite que son sport passe le cap il ne désire pas que sa discipline fétiche ressemble à celle du ballon rond. « Oui, fort heureusement nous n’arriverons jamais au niveau du football car les salaires ne seront jamais aussi élevés. Nous ne compterons donc jamais dans nos rangs de rugbymen mondialement connus comme des Mbappé, Messi ou Ronaldo ». Il met en garde « nous ne devons pas oublier d’où vient le rugby, ce sport riche de valeurs humaines. Nous ne devons pas nous prendre pour ce que nous ne sommes pas. Le rugby c’est du spectacle avant tout, des rires, de la joie, de l’émotion, de l’humain en clair », conclut ce passionné.

Sybille Rousseau
Sybille Rousseau

Crédit Photo : SR

Publié sur aqui.fr le 05/02/2020