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Société | Rugby: Patrice Galand - « Le pallier décisif à franchir est la professionnalisation des féminines »

Patrice Galand

50-0. Tel fut le score sans appel des féminines du XV de France dimanche 23 février face aux Galloises dans le cadre du Tournoi des VI Nations. Un résultat qui montre la suprématie du rugby tricolore sur leur alter ego galloise. Pour Patrice Galand, ancien coach, « aujourd’hui, la technicité et les entraînements physiques des féminines sont clairement professionnels. » Rencontre avec ce passionné du ballon ovale…

Rugby, MMA, surf, sports mécaniques... Patrice Galand, ce natif de Sainte-Foy-la-Grande est un homme passionné. Une mèche grisonnante balaye son regard nourri de souvenirs. Le rugby il l’a connu minot. « Enfant, je suis parti vivre au Gabon et au Sénégal », raconte-t-il. A peine arrivé que déjà les crampons étaient chaussés pour s’adonner à son sport favori de l’époque. A la petite vingtaine, Patrice est de retour sur le vieux continent. Il revient alors sur ses terres natales. « A Sainte-Foy, mon grand-père tenait le club, donc c’est tout naturellement que je revêts les couleurs de ma ville de naissance ». Après Sainte-Foy, c’est la cité voisine, Castillon-la-Bataille, qui l’accueille. Puis, direction le Bec, Bordeaux Etudiant Club, en Fédérale 3. Mais, là, Patrice « n’accroche » pas. Lui, ce qu’il aime, ce sont les petits clubs à taille humaine avec des valeurs propres au rugby de village. « L’authenticité des gars, c’est ça qui fait le vrai rugby ». Pour ses études, Patrice quitte la Gironde, direction la Loire-Atlantique et sa capitale Nantes. Mais il ne délaisse pas pour autant le ballon ovale. A sa grande surprise, il intègre directement la sélection universitaire. « Le niveau étant inférieur au Sud-Ouest, ils estiment que j’ai de bonnes compétences pour disputer des matchs de ce niveau », avoue-t-il humblement. Grâce à cette sélection, Patrice dispute une tournée au Pays de Galles, « un souvenir mémorable ».

De joueur à coach
Toujours avide de découvrir de nouvelles contrées, Patrice décide ensuite de réaliser un échange universitaire à Durban en Afrique du Sud « une terre rugbystique par excellence ». « Cet échange m’a véritablement ouvert l’esprit sur une autre façon de pratiquer cette discipline, confie-t-il. Ce sont des grands malades là-bas. Les entraînements physiques sont très rudes. Personnellement, j’étais complètement cassé après une séance ». Il l’avoue, cette expérience l’a fortement influencé pour son coaching futur. De retour en France, il retrouve sa terre girondine et signe à Saint-André-de-Cubzac. Une énième blessure vient alors le cueillir à 32 ans. « Sur mon lit d’hôpital, j’ai pris conscience qu’il était peut-être temps pour moi de passer de l’autre côté, sur le banc des entraîneurs ». La Fédé lui fait alors signer un contrat de deux ans dans ce même club pour gérer le sponsoring mais également les lignes arrière. L’expérience étant concluante au poste de coach, Patrice tente du coup une nouvelle aventure à Mérignac.

Un tandem de choc
Là, pendant six années, il partage le banc d’entraîneur avec George Dumitrescu, un ancien international roumain « une bête qui explosait les mêlées ». Le duo s’entend bien dès le début. « Rien que d’y penser j’en ai des frissons. C’était vraiment chouette ! Nous avions une belle équipe de jeunes. Chaque année, nous les emmenions en play off. Certains ont même réalisé de beaux parcours sportifs. Notre tandem fonctionnait bien avec George ». Du reste, après cette expérience, les deux compères partent pour Léognan dans le même but « faire grandir les jeunes ». Après une année d’exercice, Patrice et George prennent des chemins différents. George vers le centre de formation de Langon et Patrice au Stade Bordelais où il ne restera qu’une petite saison. Depuis une dizaine d’années, Patrice ne coache plus. Gardant toujours un œil appuyé sur l’évolution du ballon ovale, il désire aujourd’hui devenir agent de joueurs. « Mais la Fédé étant très cadenassée, pour revêtir les habits d’agent il faut avoir le concours où seulement 7 % des participants décrochent le graal, c’est moins qu’en médecine ! » En 2019, Patrice n’a pas pu le passer mais il compte bien tenter sa chance cette année !

Une technique et un entraînement professionnels
Si le rugby masculin a grandement évolué ces dernières décennies, passant d’amateur à professionnel, du côté des femmes, la médiatisation se fait petit à petit. « Les féminines n’ont rien à envier aux hommes, pour Patrice. En effet, elles savent être bourrines quand il y a des espaces à utiliser et rentrent bien dans la tronche dans les petits périmètres. » Pour lui, le rugby féminin n’est pas synonyme d’évitement. « Le niveau évolue depuis quelques années, c’est très clair. Elles sont plus rigoureuses sur l’organisation du jeu, les phases de conquêtes sont plus présentes, les mêlées sont bien disputées, elles gardent le ballon. Bref, la technicité et les entraînements physiques sont clairement professionnels et le spectacle qu’elle nous offre est de qualité. » Mais le chemin va être long pour elles pour obtenir la reconnaissance que les footballeuses françaises commencent à peine à effleurer du bout des doigts.

Un Top Féminin
Comme les hommes, « les femmes doivent passer professionnelles. Mais pour en arriver là il va falloir mettre les moyens, car aujourd’hui les féminines ne peuvent pas vivre du rugby, elles doivent avoir un job à côté. Et si elles passent pro, il faudra qu’elles s’entraînent davantage et donc ne pourront poursuivre leur activité professionnelle. » Si aujourd’hui, le salaire moyen d’un rugbyman de Top 14 s’élève à 15 000€ / mois, chez les femmes le meilleur salaire culmine à près de 3 000 €/mois « et elles sont rares à toucher cette rémunération », ajoute Patrice. Si Bernard Laporte, le président de la Fédération nationale de rugby et Serge Simon son bras droit sont très favorables aux féminines, « le milieu du rugby reste très conservateur et on ne va pas se mentir, les filles sont victimes de radinerie et de sexisme ». Mais, aujourd’hui, « il faut que la Fédé bouge, qu’elle trouve des partenaires, des sponsors, des contrats professionnels. La médiatisation doit se poursuivre également, les filles doivent être sollicitées aussi pour que le public les voit, les connaisse et les reconnaisse ». Patrice, lui, rêve d’une ligue Pro pour les femmes. « Un Top féminin avec des femmes rémunérées à la hauteur des hommes, ce serait vraiment bien ! »

Sybille Rousseau
Sybille Rousseau

Crédit Photo : Patrice Galand

Publié sur aqui.fr le 28/02/2020