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Edito | La victoire de l'abstention, le réveil de la droite et la confirmation des sortants

Quelques 55% d'abstentions dans le pays pour une élection si importante ? Celle des élus locaux, les défenseurs de notre démocratie de proximité, à laquelle les Français s'accrochent encore parce qu'ils croient que leur maire prend en charge ce qui touche à leur vie quotidienne, les écoute et les aide aussi, avec leur équipe, à trouver des solutions... Ce résultat, ne craignons pas de le dire, malgré la bonne volonté des équipes sortantes et des bénévoles, et le respect des consignes dans les bureaux de vote, est catastrophique. Et il l'est, singulièrement, dans les grandes villes, là où les citoyens, bien davantage que dans les communes rurales, ont entendu ce que le pouvoir, notamment en la personne du premier ministre, quelques heures avant dimanche leur demandait, au stade 3 de l'épidémie de coronavirus tant redouté : de rester confiné

 

Où était la cohérence entre l'aggravation attendue de la crise sanitaire et le maintien d'un scrutin qui aurait dû, en bonne logique de santé publique, être reporté ? Rien d'étonnant, dès lors, que ce scrutin ait été largement escamoté. Et ce n'est sans doute pas maintenant, au soir du premier tour, que le pouvoir va se montrer sensible aux appels de ceux qui, comme Yannick Jadot, demandent l'annulation du second.

Ce triste constat n'empêche, nullement, de tirer les premières leçons de cette élection hors norme. Et d'abord celui-ci qui était attendu, un vote sanction à l'endroit du pouvoir, à commencer par ce résultat plutôt médiocre pour Edouard Philippe dans sa bonne ville du Havre, face au candidat du PC avec quand même quelque inquiétude pour le second tour. A Paris, où Anne Hidalgo se détache, contrairement à ce que révélaient les sondages, le très faible score d'Agnès Buzyn, envoyée en mission impossible par Emmanuel Macron, confirme ce discrédit général de LREM que manifestent, ici et là, les faibles scores de ses candidats dans des villes moyennes.

Ensuite, comment ne pas être frappé de ce qui souvent est une constante de l'élection municipale, à savoir la réélection des maires sortants ; en Gironde, à gauche la remarquable performance du maire de Libourne Philippe Buisson, celle du maire de Lormont Jean Touzeau, du maire de Cenon Jean-François Egron, de la maire d'Eysines Christine Bost; à droite celle du maire d'Arcachon Yves Foulon, de Jérôme Baloge à Niort, de Xavier Bonnefont à Angoulême ou au centre par celle de Jean Dionis du Séjour à Agen. Frappé en effet par les scores des candidats «  Les Républicains » ou Divers droite comme Claude Olive à Anglet ou Charles Dayot à Mont-de-Marsan et l'apparition sur le devant de la scène de jeunes élus comme chez nous, à Biarritz, où Maïder Arosteguy se détache ou Guillaume Lepers à Villeneuve-sur-Lot, une ville où le Rassemblement National tombe bien bas, ne parvenant pas, hormis ses quelques bastions nationaux, à faire la percée qu'il avait espérée au vu des résultats des européennes. A cet égard, on notera la réélection du maire sortant socialiste de Saint-Savin de Blaye Alain Renard, dans cette Haute-Gironde rurale, où la conseillère régionale Edwige Diaz, proche de Marine Le Pen, était venue le défier. Il y a donc bien, à côté de situations personnelles bien établies, un réveil de la droite et ce ne sera pas sans conséquence, notamment sur le terrain futur des présidentielles.

Enfin, et c'est d'une certaine manière la confirmation des résultats de l'an dernier aux européennes les écologistes s'installent dans le paysage politique. Ils le font dans plusieurs villes et évidemment le score obtenu à Bordeaux par Pierre Hurmic allié à une figure de la famille socialiste Emmanuelle Ajon, retient l'attention. Faire jeu égal avec le successeur d'Alain Juppé, Nicolas Florian, ce n'était pas, il y a quelques mois encore, le plus vraisemblable malgré le résultat d'EELV aux européennes. On ne manquera pas de souligner que le challenge était relevé pour l'homme qui avait été, voilà un an, projeté sur le devant de la scène par la grâce de l'ancien premier ministre. L'explication à ce résultat plutôt modeste doit être recherchée, aussi, au sein de la nouvelle société bordelaise, sans doute aujourd'hui plus sensible aux nouveaux défis urbains d'une ville métropole qu'à la stature de celui qui la représentera. Le cuisant échec du candidat LREM qui avait voulu, au début de sa candidature, inscrire sa tentative dans la lignée des Chaban et Juppé semble le confirmer et si les yeux se tournent vers Thomas Cazenave c'est en l'attente de la position qu'il va prendre et qui sera lourde de conséquences.

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 16/03/2020