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Edito | De l'agribashing aux retrouvailles de l'agriculture nourricière

Allez, Sourions ! Les jours ne sont plus trop à l'agribashing qui désolait les paysans de ce pays et conduisait le gouvernement à susciter la création d''un Observatoire singulier. L'heure est à la solidarité avec une profession dont on semble reconnaître d'un coup, d'un seul, la mission nourricière première. Et, vis à vis de laquelle, le ministre Guillaume qui a dû oublier sa déconvenue biarrotte, appelle les bénévoles à se mobiliser pour les travaux des champs. Sortir urgemment les bois sur les vignes non encore taillées, cueillir les fraises dont la douceur a accéléré les maturités, ou les asperges qui, elles-aussi, ont pris de l'avance et poussé trop vite. Du coup, le pays semble découvrir que l'agriculture française, qu'elle disait aimer dans les sondages, est devenue de plus en plus dépendante d'une main d'oeuvre saisonnière importée et bloquée par le Covid 19, derrière les frontières de l'Hexagone.

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Oui, la France confinée, est en train de prendre la mesure de la rude épreuve économique et morale que subit notre agriculture, dont elle commence à se dire qu'elle mérite mieux que l'opprobre, ou la caricature, en temps de crise sanitaire.. Pardon, de guerre, comme le crie l'hôte de l'Elysée... Que cette agriculture mérite la considération et la solidarité qu'une nation, digne de ce nom, doit à ceux qui bossent sans compter pour la nourrir... et le plus souvent avec des salaires modestes et des retraites de misère.

 

Alors, que l'on pardonne à l'auteur de ces lignes qui est né aux dernières semaines de la guerre – avec armes et bombes celle-là – d'évoquer ces repas de l'après guerre, dans la famille paysanne qui fût la sienne, où il faisait, enfant, connaissance avec ces « gens de la ville » devenus de fidèles amis et qui, sous l'occupation, venaient à la campagne faire leurs provisions. Face à l'épreuve, et à la nécessité de s'approvisionner, les barrières sociales et culturelles n'avaient plus de sens. Et la solidarité débouchait sur la connaissance réciproque et la solidarité. Et, s'il est vrai que le glyphosate n'avait pas connu droit de cité et déchaîné les passions, il ne l'est pas moins qu'il existait une main d'oeuvre disponible qui ne rechignait pas à terminer, à la pioche, au tire-cavaillon le travail de désherbage entrepris par le laboureur. Autre temps qu'il ne s'agit pas de glorifier mais dont il n'est pas inutile de se souvenir, au moment où, par exemple, au deuxième jour des vendanges, le mal de dos décourage, plus qu'on ne croit, de jeunes coupeurs de poursuivre la cueillette.

 

Oui, réjouissons-nous de ce moment ! Au-delà des révisions nécessaires que l'agriculture française entreprend, plus qu'on ne le croit, pour se rapprocher des attentes de la société qui exige, à bon droit, une nourriture saine et exempte de pesticides ou de résidus. Réjouissons-nous de ces retrouvailles célébrées par plus d'un grand média, qui,  il y a peu encore, étaient pourtant si prompts à dénoncer une profession, sur le mode exclusivement accusatoire.

Les récents inventeurs de «  l'agriloving ». soyons-en sûrs, vont faire recette.

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 28/03/2020