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Société | Banque alimentaire : le système D pour continuer la distribution. Exemple en Charente-Maritime

Robert Gaillard devant quelques produits donnés par des supermarchés

Le bal des transpalettes a repris de plus belle, dans les 2700 m2 de locaux de la Banque alimentaire 17 à Périgny, près de La Rochelle. L’association d’aide aux plus démunis recevait ce jeudi matin une cargaison de 5 tonnes de dons de la Coop Atlantique. L’entreprise agroalimentaire basée à Saintes a répondu à l’appel lancé il y a quelques jours par la préfecture et la structure associative. L’aide n’a jamais cessé depuis le confinement, mais avec une baisse des dons et de collectes dans les supermarchés du département, l’association a été rapidement confrontée à un manque de denrées.

Robert Gaillard, son président, avoue avoir passé « quelques nuits blanches » : « Il y a quinze jours, on s’est retrouvé confronté à deux interrogations. Au vu des stocks restants et du faible approvisionnement, on avait le choix entre stopper la distribution à nos 63 associations partenaires (1) pour pouvoir continuer à livrer après le 11 mai. Ou continuer la distribution avec ce qui nous restait tout en reconstituant les stocks pour être en capacité de poursuivre durant la période de post-confinement ».  La deuxième solution était la plus logique, mais pas la plus facile à organiser. Robert Gaillard a donc pris sa plus belle plume pour demander au préfet de relayer son appel à l’aide auprès des entreprises. « Mi-mars, les services de l’Etat avaient été les premiers à nous demander de continuer à assurer l’aide alimentaire, alors même qu’on nous incitait par ailleurs à rester confinés chez nous », souligne le président de l’association, dont nombre de bénévoles sont des séniors. La structure a continué sa mission bon an mal an, d’abord sans masque et avec une vingtaine de volontaires contre la cinquantaine habituelle (2), et 5 salariés.

Depuis le confinement, les bénévoles de Périgny préparent directement des sacs individuels avec des produits de base pour la consommation d’une personne sur plusieurs jours.

Durant le confinement, les bénévoles constituent des sacs individuels avec le minimum vital, qui seront directement distribués en porte à porte par les associations partenaires. 

« De quoi tenir cinq jours de distribution » 
L’appel a été entendu. Les masques sont arrivés en premier, « vendredi dernier », via l’Agence régionale de santé (ARS) et La Technopole de La Rochelle. Puis la nourriture, cette semaine. « Lorsque nous avons reçu le mail de la préfecture, nous n’avons pas hésité. Ca fait partie de notre rôle d’apporter notre contribution en participant à la résolution d’un problème de ce type en période de crise », estime Hervé Flambard, le directeur général de la Coop Atlantique (2). Il a fait livrer par camion ce jeudi matin 5 tonnes de denrées « sèches » : du café, des conserves, des pâtes, des plats cuisinés et des biscuits. « De quoi tenir cinq jours de distribution », jauge Robert Gaillard. Et même quelques semaines, grâce au complément apporté par d’autres professionnels du territoire. « Les banques alimentaires de Vendée et de Marmande nous ont fait des dons en produits d’épicerie, ainsi que des restaurateurs et des magasins alimentaires de Charente-Maritime », explique Robert Gaillard en montrant une palette de conserves de sauce tomate arrivée du Lot-et-Garonne.

Un des deux type de paniers individuels que livre l'association

Un des deux paniers type fourni par la Banque alimentaire en cette periode de confinement. 

L’association n’est pas à l’abri d’un nouveau déficit pour autant. « Avec la crise, la demande a augmenté de 10 à 20% », observe Robert Gaillard. Selon lui, les travailleurs les plus précaires, « qui n’osent pas toujours aller réclamer », ont repris le chemin des structures d’aides après avoir perdu leur emploi. Entre le 16 mars et le 16 avril, la Banque alimentaire a livré 20 000 colis individuels, soit l’équivalent de 80 000 repas. Hors crise sanitaire, l’association atteint le million de repas livrés en une année.

« D’ordinaire, il nous faut 170 tonnes de fourniture par mois pour répondre aux besoins », analyse Robert Gaillard. 10% provient de la collecte semestrielle auprès des particuliers, 30% des dons des industries agroalimentaires (défiscalisés à hauteur de 60%), 20% est issu de la « ramasse », c’est-à-dire une collecte hebdomadaire ou quotidienne de la Banque alimentaire auprès des supermarchés sur les produits frais (viandes, plats cuisinés, fruits et légumes) en passe de n’être plus commercialisables. Le reste provient de dons de la Communauté européenne et d’achats en direct. Avec le confinement, la Banque alimentaire de Charente-Maritime a du faire une croix sur la collecte auprès des particuliers prévue début avril. Un manque à gagner de 65 tonnes. A cause de l’absence de protections sanitaires, les bénévoles ont également quasiment cessé d’effectuer des « ramasses ». Elles ont tout juste repris mercredi, avec l’arrivée des masques. Elles devraient redonner un peu de marge de manœuvre à l’association.  Robert Gaillard espère beaucoup de la prochaine collecte auprès des particuliers, prévue entre mi-juin et début juillet : « ce sera bien si on pouvait atteindre 70 à 80 tonnes ».

Améliorer l'ordinaire

D’ordinaire, la Banque alimentaire 17 livre à ses associations des bacs contenant un peu de tout, épicerie, produits frais et produits secs, voire des surgelés. Depuis le confinement, les bénévoles de Périgny préparent directement des sacs individuels avec des produits de base pour la consommation d’une personne sur plusieurs jours. Objectif : éviter de la manutention aux associations partenaires, déficitaires en bénévoles, et des queues devant les structures. Ces paniers n’ont plus qu’à être distribués en porte à porte. Durant le confinement, la Banque alimentaire prépare deux types de sacs individuels d’environ 3 ou 4 kg chacun. Leur contenu varie selon leur destinataire - une personne seule ou une famille - avec des produits de bases comme du lait, des céréales et du café pour le petit déjeuner ; de la farine, des pâtes et des conserves pour les autres repas. « Quand on peut, on ajoute un petit truc en plus, comme des biscuits », explique la vice-présidente de l’association Véronique Villechevrolle. Histoire d'améliorer l'ordinaire d'un quotidien devenu plus trouble que jamais.

Note : Pour les entreprises souhaitant faire des dons, contacter : ba170.assistantepresident@banquealimentaire.org

 

(1)    Les associations livrées par la Banque alimentaires sont notamment La Croix-Rouge, l’Escale, le Secours catholique, L’Ordre de Malte, le Samu social ainsi que plusieurs CCAS et épiceries solidaires du département.

(2) La Banque alimentaire de Charente-Maritime  compte sur un réseau de 82 bénévoles pour faire tourner le site de Périgny. Une quinzaine de nouveaux venus se sont portés volontaire depuis le début du confinement.

(3) La Coop Atlantique regroupe 60 magasins de marque U à travers la région et une centaine de superettes Coop, ainsi que quelques cafés de zones commerciales. Elle compte 3000 salariés sur l’ensemble de la région.

Anne-Lise Durif
Anne-Lise Durif

Crédit Photo : Anne-Lise Durif

Publié sur aqui.fr le 24/04/2020