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Spécial | Une installation synonyme de rebond, chez les Auzanneau à Vouillé (79)

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Eric et Marie-Ange Auzanneau sont la preuve vivante qu’il est toujours possible de rebondir dans la vie. Le couple s’est installé en juillet dernier à Vouillé (79) où ils demeuraient déjà. Ils gèrent désormais 130 hectares de céréales et un élevage de 6000 poules pondeuses. Leur particularité ? « On a toujours été agriculteurs », explique Eric Auzanneau, fils de paysan et ancien partenaire d’un GAEC sur la même commune. C’est le placement en redressement judiciaire de leur précédente exploitation qui a poussé le couple à se réinventer dans un secteur qu’ils connaissaient déjà bien.

Installé en février 1997 avec ses parents, Eric Auzanneau s’est d’abord occupé du troupeau de vaches laitières familial. Une association avec une autre exploitation du territoire a d’abord fait monter en puissance et en têtes de bétail l’exploitation, avant de rencontrer de graves difficultés financières, entre nécessité d’investir dans des rénovations et manque de rentabilité du lait. En juillet 2019, alors que la société est placée en redressement, Eric et Marie-Ange Auzanneau repartent avec leur part de 130 hectares de terres et des locaux acquis dans les années 2000 pour y installer un élevage de volailles. « A l’époque, on avait acheté ces bâtiments parce que c’était la condition sine qua non pour racheter le terrain d’un exploitant qui partait à la retraite. Pour des raisons sanitaires, on devait faire autre chose que du porc. Après réflexion avec le réseau de conseil et de comptabilité CER France, on avait trouvé l’élevage de poules, qui était rentable assez vite et pas trop cher à mettre en place », explique l’éleveur. Le couple a retenu la leçon. Pour cette nouvelle vie, pas question d’investir à nouveau dans un élevage de bovins lait. « De toute façon, on n’avait pas les moyens. En sortant de la procédure de redressement, on n’avait pas le choix, il nous fallait rapidement de l’argent pour vivre », poursuit-il.

L'exploitation tourne avec une production moyenne de 8500 œufs journaliers, en conventionnel.

« Le financement, c’est ce qui a été le plus difficile à trouver. Le reste, on sait faire », note l’éleveur.  Entre avril et juillet 2019, les deux banques des co-propriétaires du GAEC discutent pour trouver la meilleure issue possible aux deux parties. Et ce n’est pas une mince affaire : les partenaires ont ensemble un crédit à 5 millions d’euros et quatre ans d’arriérés. Eric Auzanneau repart avec les terres de ses parents et les locaux à volailles acquis dans les années 2000. Il investit dans un nouveau bâtiment plus grand, à 50 m du premier. « Il nous manquait 100 000 €. Le Crédit Mutuel a accepté de nous financer, à condition qu’un organisme financier nous soutienne également. J’ai démarché Soleo sans savoir s’ils allaient accepter, ils ont dit oui», raconte l’agriculteur. Avec l’aide de ce dernier, ils montent un réseau d’approvisionnement et de distribution, en vue d’être rentables rapidement. Un deal est passé avec Alicoop : celle-ci fournit les poules, leur alimentation et paye les soins vétérinaires. En échange, la coopérative prélève une part de leur vente d’œufs à la fin de l’année fiscale. Le dispositif donne au couple une bouffée d’oxygène ponctuel et le temps de se retourner.

Les Auzanneau font de la vente en direct.

Depuis neuf mois, les quelques 8500 œufs journaliers partent en circuit court. En plus de la vente en direct à la ferme, les Auzanneau fournissent des petits magasins de producteurs et d’autres fermes équipées en outil de conditionnement, en Deux-Sèvres et en Vienne. 80% de l'écoulement de la production est assurée par Alicoop. « Récemment, on s’est inscrit sur la plateforme de vente de produits locaux lancée par la Région », précise l’éleveur. La ferme s’assure un complément de revenu avec la vente des céréales : 70 quintaux annuels en blé, 65 en orge, 40 en colza et 25 en tournesol. Le tout est récupéré et vendu par la coopérative Sèvre et Belle du secteur. Eric Auzanneau met également un point d’honneur à fournir ses proches voisins : dix hectares de luzerne pour un éleveur de chèvres et du ray-grass pour un autre en bovin. Prochains objectifs pour le couple : obtenir une aide PAC. Et aider leur fils Romain, 18 ans, à s’installer avec eux l’an prochain, avec 6000 poules supplémentaires.

 

Le portage de capitaux, une solution peu connue

« C’est un mode de fonctionnement très entrepreneurial, fortement pratiqué dans l’industrie mais peu courant et plutôt tabou dans le milieu agricole ». Laurent Stéfanini a accompagné les Auzanneau durant leur parcours à l’installation. Directeur adjoint du groupe Alicoop, il est en charge de l’animation du fonds d’investissement Soléo. Ce dispositif financier a été créé en 2014 par une dizaine d’actionnaires, dont les coopératives Sèvre-et-Belle, Océalia et Cap Faye. Alicoop est l’un de leur actionnaire depuis deux ans. Lorsque les Auzanneau ont sollicité Alicoop pour les aider à sécuriser leur projet,  l’organisme les a orientés vers un partage de capitaux. « Ce n’est ni un financement, ni un prêt, mais une capitalisation. Nous ne sommes pas une banque », explique Laurent Stéfanini. Concrètement, Alicoop est entré dans les capitaux de la SCA La Pigeonnerie à hauteur de 49% en tant qu’associé non exploitant, pour une durée de cinq ans. L’apport de capitaux extérieurs permet ainsi à l’exploitant d’accéder plus facilement à des prêts bancaires. Bien entendu, le principe n’est pas sans contrepartie. « Nous avons un droit de regard sur le fonctionnement économique de la société. Nous donnons notre avis quand il y a des investissements à faire, par exemple. Pour la conduite de l’élevage, c’est bien eux qui restent décisionnaires au quotidien », explique l’animateur. Les deux parties ont passé un accord fixant les modalités de fonctionnement de la société ; le statut de chacun ; la constitution d’un comité de pilotage, les conditions de sortie de la société. Les associés se réunissent trois fois par an, dont une fois en assemblée générale, pour faire le point sur la situation économique de l’entreprise. L’intégralité des revenus est prise en compte, de l’élevage de poules aux cultures céréalières. Le contrat définit également la durée d’engagement d’Alicoop. « Cinq ans, c’est le minimum pour sécuriser une entreprise, sinon ça ne vaut pas le coup. Ca peut être plus, selon les capacités de remboursement de la société accompagnée. Dans le cas des Auzanneau, on a estimé que ce temps était suffisant », conclut Laurent Stéfanini. Si tout se passe comme prévu, en 2024 Alicoop quittera la société en reprenant ses 100 000€ investis, ni plus ni moins. 

 

Découvrez en images l'exploitation d'Eric Auzanneau

Anne-Lise Durif
Anne-Lise Durif

Crédit Photo : Anne-Lise Durif

Publié sur aqui.fr le 11/05/2020