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Société | Le muguet du 1er mai : une tradition mise au défi en Nouvelle-Aquitaine

Do Vale Ermelinda

Il est apprécié pour son parfum printanier et ses belles clochettes blanches. Le muguet, fleur symbolique du 1er mai, se vend chaque année pour célébrer la fête du travail. Cette fleur porte-bonheur représente beaucoup pour les artisans fleuristes et les producteurs horticulteurs. En raison de la crise liée au Covid-19, et des mesures de confinement, la tradition est mise à mal et les conditions de ventes sont bouleversées.

Les clients ne peuvent pas les contempler. Pourtant, ils sont bien là, mis en valeur sur l'étalage. Linda Do Vale a installé, comme à son habitude, les brins de muguet parmi les autres fleurs dans son charmant magasin « Acacia Fleurs et Cannelle » situé à Mérignac. La fleuriste passionnée prépare les fameux bouquets de muguet, tant convoités les jours de 1er mai. Sa boutique est pourtant fermée. Les commerces de fleurs ont en effet dû fermer le 15 mars suite à la mesure imposée par le gouvernement face à l'épidémie de coronavirus. Linda Do Vale n’a donc pas l’autorisation d’ouvrir sa boutique, et aucune exception n’est permise pour le 1ermai. Pourtant, la Fédération Française des Artisans Fleuristes a adressé une lettre le 15 avril au ministre de l’Intérieur pour demander une autorisation exceptionnelle afin de vendre ce muguet à emporter. Cette autorisation n’a pas été accordée. « Les bureaux de tabac et autres commerces ont la possibilité d’en vendre, remarque la fleuriste de Mérignac. C’est une incohérence totale de ne pas pouvoir ouvrir. Heureusement, j’ai de très bonnes relations avec un buraliste près de ma boutique. Je vais pouvoir en vendre dans son commerce, grâce à sa solidarité ». Cet événement est très important pour les fleuristes. Pour Linda Do Vale, c’est la troisième vente la plus conséquente pour son chiffre d’affaires après la Saint-Valentin et la fête des mères.

Face à la fermeté du Gouvernement, la vente et la distribution du muguet doivent être réinventées. De nombreux fleuristes ont donc développé la livraison à domicile et le drive. C’est le cas de Linda Do Vale qui propose des livraisons à domicile de muguet du 29 avril au 1er mai ou des retraits de commandes devant la boutique. À ce jour, elle a pu prendre une trentaine de commandes pour la fin de la semaine. Mais pendant cette période, l’incertitude permanente pousse les commerçants à redoubler de vigilance et à ne pas prendre de risques économiques. « J’ai reçu pas mal de commandes de la part de clients, confie Linda, mais je n’ai pas pu prendre le risque de commander autant de muguet que les autres années chez mon producteur. J’en ai donc pris moitié moins que d’habitude. » La période est particulière et cela se ressent même au niveau de la production de la jolie fleur blanche…

« Une situation de mévente qui attriste »

La fleur cette année est arrivée précocement, et, par conséquent a été cueillie assez tôt en Nouvelle-Aquitaine. Malgré cette arrivée surprise, le muguet est sain et de bonne qualité. Linda Do Vale a été acheter son muguet mercredi matin chez son producteur avec qui elle travaille main dans la main depuis ses débuts. C’est chez Horticole Mourisset, à Martillac en Gironde, que la fleuriste a l’habitude de s’approvisionner en muguet. Cette entreprise familiale est le deuxième pôle le plus important de France uniquement spécialisé dans la production muguet depuis trois générations. Mélanie Mourisset s’occupe de l’exploitation familiale depuis des années et reconnaît que le 1er mai 2020 aura forcément une autre saveur. Le flou organisationnel lié à la crise sanitaire n’y est pas pour rien :  « Nous avons cueilli 20 % de notre récolte parce qu’à dix jours du 1er mai nous n’avions qu’un centième des commandes et que nous ne pouvions pas engager des frais de cueillette sans avoir des commandes en face. Les grossistes ont annulé leurs commandes et 90% des fleuristes n’ont pas ommandé. »

Ce week-end pourtant, la folie du muguet a repris, comme par magie… Cette effervescence est arrivée malheureusement un peu tard. « Il aurait fallu avoir quatre fois plus de muguet que ce que nous avons dans notre chambre froide actuellement, explique l’horticultrice. Nous en avions assez mais il est en train de pourrir sur le pied car nous ne l’avons pas cueilli… » Dans ce gigantesque hangar où reposent les muguets, les mesures de distanciation sont facilement respectées. La nouveauté pour ses horticulteurs réside dans le fait de devoir vendre cette fleur délicate et fragile à des clients inhabituels. « C’est alors que nous nous sommes convertis en professeur de muguet pour les boulangers, les buralistes ou les primeurs qui souhaitent vendre du muguet cette semaine », plaisante Mélanie Mourisset.

Tout cela laisse un goût amer aux professionnels de la fleur. La situation délicate actuelle liée au virus pèse lourd sur l’économie du muguet. Mais au-delà du malus financier, c’est toute une symbolique qui est touchée. « Cette situation de mévente nous attriste, confie l’horticultrice. Le symbole est un peu gâché car c’est quand même la fleur du bonheur et ce n’est pas dans l’air du temps d’empêcher sa vente. Nous aurions aimé une petite dérogation pour une journée pour mettre un peu de gaieté dans cette période difficile… »

Pour retrouver les points de vente de muguet près de chez vous, rendez vous sur la plateforme muguet-nouvelle-aquitaine.fr

Lucile Bonnin et Julien Privat
Lucile Bonnin et Julien Privat

Crédit Photo : Do Vale Ermelinda

Publié sur aqui.fr le 29/04/2020