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Agriculture | A Champdolent (17), l'aide à l'installation a permis à un jeune de renouer avec la tradition familiale

Julien Biteau avec ses Blondes d'Aquitaine à Champdolent

L’histoire de Julien Biteau, c’est un peu celle de la revanche d’une génération sur des clichés. Chez les Biteau, on est agriculteur de père en fils à Champdolent (17), mais ici, il y a eu « des trous dans la raquette ». Dans sa jeunesse, le père de Julien aurait volontiers repris la ferme familiale mais le paternel s’y était opposé. Trop de travail pour peu de valorisation financière et sociale. Il souhaitait une autre carrière à ses enfants. Le virus de l’agriculture s’est transmis malgré tout au petit-fils, Julien. « J’ai toujours voulu faire ce métier », raconte le jeune homme de 22 ans.

Son parcours est à la hauteur de sa vocation précoce : un Bac pro Conduite et gestion de l'entreprise agricole (CGEA) à Melle (79), suivi d’une première année de BTS. Il fait son stage et son apprentissage chez des voisins, Bruno et Isabelle Pertus, exploitants en polyculture et élevage bovin viande à la ferme du Petit Courgeon à Champdolent. « Je les connais depuis que je suis tout petit. C’est un peu comme une deuxième famille », raconte Julien Biteau. Arrivé à la cinquantaine, le couple s’est posé la question de la transmission de son exploitation à terme, leurs filles ne souhaitant pas s’orienter dans cette voie. « Ils avaient également beaucoup de travail à la ferme, sans pour autant avoir les moyens de prendre un salarié. On a donc réfléchi à une façon d’agrandir la ferme en me permettant de me dégager un salaire », poursuit Julien.

Les vaches de Julien Biteau ont la chance de pouvoir aller s'abreuver dans La Boutonne toute proche

Les vaches de Julien Biteau ont la chance de pouvoir s'abreuver dans La Boutonne toute proche.

La solution a émergé du côté de la coopérative Terre Atlantique, dont l’exploitation fait partie. Un de ses adhérents a fait savoir qu’il partait à la retraite, laissant vacant 75 hectares de terres en fermage. Julien a donc souscrit de nouveaux baux avec les neuf propriétaires non exploitants de  ce foncier, et racheté du matériel de production. Le jeune homme a également repris un tiers du troupeau du couple. L’héritage du grand-père lui a également été utile : il apporté au GAEC 6 hectares de culture supplémentaires, louées à son père.

Pour financer le projet, Julien Biteau n’a pas manqué de soutien. Il a bien sûr bénéficié de l’aide à l’installation en tant que jeune agriculteur (fonds Région/Europe). La coopérative Terra Atlantique l’a également accompagné avec un plan sur cinq ans (lire ci-dessous).  En contrepartie, Julien a dû s’engager à livrer ses céréales à la coopérative. « J’ai également bénéficié de quelques aides financières des inséminateurs, du Crédit Agricole et divers organismes », précise le jeune homme. 

Julien Biteau aime les Blondes d'Aquitaine pour leur caractère et leur robustesse

Julien Biteau apprécie les Blondes d'Aquitaine pour leur robustesse, leur caractère et le défi qu'elles représentent : "C'est un élevage assez technique, qui demande de s'adapter au quotidien".


Aujourd’hui, le trio gère en GAEC 254 hectares de céréales, 120 têtes de bétail dont 55 vêlages. Julien s’occupe à la fois des cultures et des animaux. Chaque année, le trio plante diverses céréales : maïs, colza, blé, orge, pois et tournesol cette année. « En cas de coup dur sur une culture, avoir les autres permet de continuer à tourner », explique Julien. Les céréales sont toutes livrées à la coopérative de Saint-Savinien (canton de Saint-Jean d’Angély).  Pour la viande, le GAEC fait partie d’un groupement d’éleveurs ayant un contrat avec l’enseigne Leclerc. La viande de la ferme part dans les boucheries des supermarchés de la Saintonge. Un négociant en bestiaux de Marans leur prend régulièrement des broutards. « Le super U de Fouras nous prend également des bêtes de temps en temps, en fonction des besoins », complète Julien.

Lorsqu’Isabelle et Bruno partiront à la retraite dans une dizaine d’années, Julien se voit bien reprendre l’intégralité de la ferme, « peut-être avec un salarié ». Pour l’instant, il ne se projette pas avec un associé en GAEC. « J’ai envie que cette exploitation garde son côté familial », explique Julien. Mais le jeune homme ne fait pas de plan sur la comète : « On ne sait pas ce qu’il peut se passer d’ici là. Pourra-t-on seulement conserver l’élevage ? ». Beaucoup d’interrogations demeurent : comment reprendra-t-il l’ensemble des parts d’Isabelle et Bruno ? Leurs filles voudront-elles garder les terres en fermage ou s’en séparer ? Dans quelles conditions pourra-t-il exploiter les terres de son propre père, sachant qu’il a également deux sœurs ? Pour l’instant, Julien n’a qu’une certitude : vu la quantité de travail, il ne sera jamais seul sur la ferme. « L’avantage d’être à trois, c’est qu’on peut se relayer pour prendre du temps pour soi à côté, avoir des loisirs, partir en vacances, avoir une vie de famille. On adore notre boulot mais on ne veut pas être dépendant de notre travail ».

 

Le contrat Cap’Avenir de Terre Atlantique

Pour pouvoir en bénéficier dans le cadre d’une installation, il faut avoir moins de 40 ans et moins de 5 ans d’installation ; moins de 40 ans pour une aide à l’agrandissement. L’aide de la coopérative consiste en un suivi de production par un technicien de la structure et des analyses de sols et de fourrages, prises en charge par la coopérative. Le jeune agriculteur bénéficie également de remise forfaitaire à l’hectare, en céréales, en vigne et en « aliments en vrac », sur une base de forfait dégressif les cinq premières années de son installation.

 

Retrouvez l'interview de Julien Biteau en images

  

Anne-Lise Durif
Anne-Lise Durif

Crédit Photo : Anne-Lise Durif

Publié sur aqui.fr le 14/05/2020