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Spécial | Jeunesse et passion de l'élevage ouvrent la Semaine de l'agriculture

Une Blonde d'Aquitaine, s'apprête à participer à un concours de race

Voilà, c'est parti depuis ce lundi matin. Si il y a bien eu quelques petits couacs au démarrage, la Semaine de l'agriculture, qui vient prendre le relais digital du Salon de l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine dans le contexte de crise sanitaire que l'on connaît a démarré ses premiers débats. Pour commencer, un échange revigorant entre cinq jeunes, étudiants en cursus agricole, salariés agricoles ou futurs éleveurs, avec pour points communs d'être « accros aux concours ». Un débat en clin d'oeil appuyé au Salon de l'élevage, Aquitanima, qui vient habituellement animer les 3 premiers jours du Salon de l'agriculture de Nouvelle-Aquitaine par ses concours de races. L'occasion pour ces jeunes de partager leur passion pour ces moments conviviaux et forts en émotion que sont les concours, mais aussi par ce prisme, d'évoquer une autre dimension forte de leur métier ou futurs métiers d'éleveur : l'indispensable communication avec les consommateurs citoyens.

Amandine Berguer, 21 ans, Clara Lasternas, 20 ans, Hugo Basta, 24 ans, Yann Sancuer, 21 ans, et enfin Julien Toulze 23 ans. Tous les cinq sont des passionnées. de l'élevage, des bêtes, avec pour chacun un coup de coeur pour une ou plusieurs races. Si Yann est tourné du côté des ovins, les quatre autres participants au premier débat de la Semaine de l'agriculture sont fans de Bazadaise, de Jersiaise, de Prim'holstein, de Blonde d'Aquitaine ou encore de Limousine. Autant de races bovines bien présentes dans notre région, qui, chaque année, défilent sur le ring central du hall 4 du Salon de l'agriculture dans le cadre des concours Aquitanima. Côté ovins ce sont les Ovinpiades, qui cherchent à désigner le meilleur jeune berger de la région (puis de France) qui y sont mises en avant.

Concours de jeunes et concours de races
Yann, justement, a remporté les Ovinpiades Aquitaine cette année, lui permettant de participer au concours national au Salon international de l'agriculture à Paris. Il détaille : « les Ovinpiades, qui sont réservées aux élèves des écoles, permettent de mesurer les savoir-faire du berger en termes de manipulation des animaux : savoir retourner une brebis, voir si elle est en bonne santé, voir son état d'engraissement, savoir lui couper les onglons et y détecter le moindre problème, car sur les pattes c'est assez fréquent. Ce concours ça m'a permis de passer un très bon moment et de monter au Salon de Paris pour la première fois », raconte le jeune homme depuis le Pays basque où il suit son BTS en apprentissage.
Dans la « catégorie » concours de jeunes, il y a aussi le Trophée national des lycées agricoles. Hugo Basta, lors son cursus à Orthez puis Montardon (64), a pu concourir deux fois à Paris dans ce cadre. « C'était une expérience extraordinaire ! », se rappelle-t-il, soucieux aussi de préciser qu'entre concours de jeunes et concours de race, les choses sont différentes. «Le concours de race vient récompenser le travail sur la génétique et la performance des animaux. Dans un concours de lycée, on vient mesurer le travail qui est fait autour de la bête : c'est plus technique que génétique. On travaille sur les leviers technique pour rendre l'élevage plus performant, tout en restant bien sûr sur des modes de productions extensifs et naturels ! ».

Ovinpiades à Bordeaux

Deux types de concours différents qui ont tout de même pour marqueur commun « une grande convivialité » assurent les jeunes témoins du jour, qui pour certains, connaissent cette ambiance des concours depuis le berceau, ou presque. C'est notamment le cas de Clara, dont les parents sont éleveurs de Limousine en Dordogne, et qui se rappelle avec enthousiasme de son premier concours. Et pourtant : « c'était en 2006, à Aquitanima, j'avais 6 ans, on me laissait brosser les animaux, les caresser ! ». Et aujourd'hui du haut de ses 20 ans l'enthousiasme n'a pas changé : « J'adore les concours pour tous leurs différents aspects : pour l'ambiance, revoir des gens qu'on apprécie, montrer notre travail, mais aussi le suspense, le stress, et bien sûr les podiums ! » Cette année au SIA de Paris, un des taureaux de l'élevage familial a fini premier... De quoi maintenir encore la passion pour quelques années sans doute.

"Les yeux qui pétillent"
Mais il y a autre chose que Clara, comme les autres jeunes « accros aux concours », met en avant : l'occasion qu'ils représentent d'échanger, de communiquer avec le grand public. Pour Julien, depuis le Cantal, ces concours « facilitent le contact avec le consommateur puisqu'il ne se déplace pas forcément sur les fermes. Pour beaucoup c'est la première fois qu'ils voient des vaches, et ça fait partie de notre métier d'expliquer ce que l'on produit et ce que l'on vend. Et puisgénéralement quand on parel avec eux on a les yeux qui pétillent, ils voit que l'on aime nos bêtes, qu'on les prépare avec soin ». Une question de la communication sur le métier, à laquelle tous les 5 sont convaincus de la nécessité. Clara, et 4 de ses camarades de classe ont d'ailleurs reçu, à l'occasion du SIA 2020, les honneurs de l'Assemblée nationale, suite à la réalisation d'un petit film sur « la réalité du monde paysan » devenu viral sur les réseaux sociaux. La vidéo a aujourd'hui dépassé les 50 000 vues.
Pour Amandine, passionnées des Bazadaises et des Jerziaises, communiquer ça n'est pas vraiment une charge de travail supplémentaire. « Si parfois il faut savoir rester calme et savoir employer les bons mots face à certains détracteurs, c'est pour moi un plaisir de parler et d'expliquer nos métiers ou nos animaux avec le public ». En fait, synthétise Clara, « il faut montrer aux gens, y compris sur les réseaux sociaux, que les choses négatives qu'ils peuvent entendre, ne sont pas vraies dans tous les élevages. » A chaque éleveur de se faire le porte parole de son métier en quelque sorte.

Gagner la confiance des consommateurs
Pour autant, au-delà des concours, nos jeunes ont bien constaté qu'avec le récent confinement une porte s'est ouverte, en grand... Selon leur terme :« L'explosion des circuits courts ». Et notamment chez Hugo Basta dont la famille d'éleveur de Blonde d'Aquitaine, s'est mise à la vente directe en février . Une démarche qui connaît un gros succès : « on abat une bête par mois, et on vend des paniers de 5 ou 10 kg, mais en juin on va abattre 2 bêtes pour répondre à la demande. » Au-delà d'avoir un gage de bonne qualité du produit, et sans doute aucun quant à sa traçabilité, c'est aussi l'occasion pour les consommateurs de rencontrer les éleveurs. « On parle avec eux, on explique notre métier, ils visitent la ferme... Une famille a même eu la chance d'assister à un vêlage... ! C'est aussi l'occasion pour nous de faire passer des messages, notamment sur les cahiers des charges, ou encore l'interdiction de la consommation d'OGM par les bovins. Le consommateur ne le sait pas forcément, il faut en parler. Et quand ils viennent c'est l'occasion de le faire. » Un point de vue partagé par Julien : « les fermes doivent être transparentes pour gagner la confiance des consommateurs ». Et dans cet optique,le souhait de tous, formalisé, notamment par Amandine, c'est que « ça continu comme ça, même après le Covid ! »

En attendant cette crise sanitaire les prive de ces fameux concours. 3Bien sûr l'ambiance nous manque, mais ça a aussi un impact économiquement. Lors des concours, il y a aussi des retombées économiques, là du fait de l'absence de concours, il y en aura sans doute moins », reconnaît, lucide, la benjamine du groupe.


Echange à retrouver dans son intégralité sur agriweb.tv

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 19/05/2020