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Edito | Europe : LE Rendez vous d'Angela Merkel...

C'était ce mercredi 27 mai et la suite logique de l'accord franco-allemand pour un plan de relance significatif de l'Europe : la nouvelle présidente de la Commission, Ursula Von Leyen, a annoncé devant le Parlement européen l'architecture de cette nouvelle donne financière de 750 milliards d'euros, venant abonder le budget de l'Union, pour lequel le Conseil européen n'avait pas réussi à se mettre d'accord sur quelques 1100 milliards en février, avant que n'éclate la crise du Covid. Mais la crise sanitaire, justement, est passée par là, plongeant l'économie de la zone euro dans les affres de la récession. Et, si rien n'est encore décidé car il va falloir faire l'union autour de ce changement de cap qui bouleverse les règles immuables de l'orthodoxie budgétaire dont l'Allemagne s'était faite le défenseur inflexible, c'est peut être un tournant majeur qui se dessine pour cette Europe que l'on imaginait en grand danger. S'il se confirme il faudra alors inscrire un nom en lettre d'or de l'histoire communautaire : celui d'Angela Merkel.

 

C'est elle, en effet, qui s'est naturellement appuyée sur le socle de l'entente franco-allemande pour entraîner son pays, sa majorité, sur la voie d'une nouvelle étape que les risques encourus par l'économie de la première économie d'Europe l'enjoignait de choisir. N'oublions pas que quelques 60% des exportations allemandes sont destinées au marché intérieur de l'Union. Ce revirement spectaculaire de la chancelière doit beaucoup au soutien que lui accorde la grande majorité d'un peuple qui s'est reconnu dans la façon dont elle fait face à la crise du covid 19. Et il n'aurait pas forcément été aussi net si l'Allemagne n'allait, le 1° juillet prochain, assurer le semestre de présidence de l'Union, donnant à Angela Merkel l'occasion de relancer une dynamique européenne soutenue par le Parlement et son ancienne ministre Ursula Von Leyen.

La germaniste Hélène Miard-Delacroix ne craint pas à ce propos de parler du « moment Schuman » de la chancelière faisant un parallèle entre son engagement et celui, dont le 70° anniversaire est passé trop inaperçu, le 9 mai dernier : l'annonce par Robert Schumann de la création de la CECA pour laquelle il a convaincu un certain Konrad Adenauer. Cette autorité européenne qui décide de mettre en commun le charbon et l'acier pour relancer une industrie largement dévastée par la guerre ; cette CECA prémisse de la Communauté. Ne croyons pas pour autant que cette relance, voulue par l'Allemagne avec le soutien de la France, bien plus mal en point, et qui s'appuie sur de sombres prévisions économiques ira de soi pour plusieurs pays, Pays Bas ou Suède en tête, qui ne veulent pas entendre parler de mutualisation des dettes et font la morale aux pays du Sud, Italie, Espagne ou France. Mais les enjeux de cette manière de réveil fédéral d'une Union, gangrenée par les souverainistes, sont également fortement politiques et géopolitiques. Et ceci à un moment où face à l'imperium chinois, l'Europe doit absolument mettre sur la table ses forces, ses faiblesses et construire une stratégie qui protège ses citoyens. Et refonde son économie en relevant le défi d'une autre crise, durable et potentiellement dévastatrice: celle du changement climatique.

 

 

9 mai 1950: Schuman lance la CECA

Il y a peu de chances pour que l'Histoire, oui la grande, celle qui porte un H majuscule, retienne la date du 11 mai 2020, jour de sortie d'un confinement imposé pour éviter le pire des conséquences d'une crise sanitaire mondiale. Mais savons-nous, en ce 9 mai, au lendemain du 75°anniversaire de la reddition de l'Allemagne nazie, qu'un homme politique français, Robert Schuman, a porté sur les fonts baptismaux, le 9 mai 1950, l'acte fondateur de ce qui allait devenir l'Union Européenne, en proposant , à la surprise quasi générale, de créer la CECA, la Communauté Economique du Charbon et de l'Acier.

 

Alors ministre des affaires étrangères il a la lancé la déclaration dont nous devrions, plus que jamais aujourd'hui, en ces temps de grande incertitude, nous souvenir, ou à tout le moins être informés Et dont le cœur vivant est contenu en ces quelques phrases : « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l'opposition séculaire de la France et de l'Allemagne soit éliminée. L'action entreprise doit toucher au premier chef la France et l'Allemagne. »

 

« Dans ce but, le gouvernement français propose immédiatement l'action sur un point limité mais décisif. Il propose de placer l'ensemble de la production franco-allemande de charbon et d'acier sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d'Europe.

La mise en commun des productions de charbon et d'acier assurera immédiatement l'établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes de guerre dont elles ont été les plus constantes victimes. »

Imagine-t-on un instant l'effet extraordinaire de cette proposition dont le chancelier Konrad Adenauer avait été informé la veille et qu'il avait acceptée ? Schuman qui avait vécu sous le joug allemand ces décennies qui suivirent la défaite de 1870 avec la complicité de Jean Monnet, autre figure de l'idée européenne, qui allait devenir le premier président de la CECA, sut trouver les mots qui allaient entraîner l'adhésion populaire. A peine sortis d'une guerre franco-allemande et mondiale il fallait à la fois du courage et l'esprit visionnaire pour vouloir lier son destin à celui du grand voisin, qu'à la différence de 1918 on ne chercherait pas à humilier mais à associer à l'avenir en ouvrant le jeu dès le départ à l'Italie, aux Pays-Bas, à la Belgique et au Luxembourg.

J.A

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 31/05/2020