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Edito | Emmanuel Macron: la grande flatterie avant la "reconstruction"

Tous formidables ! Et même davantage puisque nous avons su faire preuve « d'un sens de la responsabilité admirable ». L'hôte de l'Elysée n'a pas ménagé ses compliments pour annoncer aux Français la sortie générale de ces trois mois avec un bonus pour l'Île de France: le pays passe donc totalement au vert avec encore une semaine pour que l'école et le collège redeviennent obligatoires, ou que les crèches retrouvent un fonctionnement normal. Cette allocution avait au moins le mérite d'être plus courte que ses précédentes mais quel sens politique faut-il lui trouver ? S'il en est un c'est assurément l'annonce de ce qu'Emmanuel Macron a appelé « un plan de reconstruction » qui sera préparé pendant l'été. Et dont il faut sûrement comprendre que s'il en assumera la responsabilité sa mise en œuvre sera confiée à un autre premier ministre qu'Edouard Philippe.

 

Les mots pour le dire , « deux années à venir utiles pour la nation, retrouver notre indépendance pour vivre heureux et mieux » anticipent la seconde étape d'un quinquennat qu'Emmanuel Macron va tenter de sauver en se servant de la crise comme d'un levier. Et en jouant, aussi, la carte européenne à qui la gravité de la crise économique donne une nouvelle chance. L'accord franco-allemand que la Commission européenne a relayé avec vigueur, ces 500 milliards empruntés ensemble, sera-t-il « ce tournant historique » dont parle le président ? Encore faudra-t-il qu'il soit validé au prochain sommet mais il est vrai que la présidence allemande de l'Union, ces six prochains mois, avec Angela Merkel en première ligne, autorise quelque espoir.

Pour autant le défi économique de la reconstruction s'annonce immense. Il faut d'abord tenter d'éviter que les licenciements qui vont se succéder par centaine de milliers ne brisent pas le moral des Français. Et que des milliers de jeunes, sortant de formation, n'aient d'autre ressource que de regagner le domicile familial pour survivre. Car, il ne va pas suffire de «  travailler et produire davantage » selon, encore, les mots présidentiels ; il va falloir mettre en œuvre, puissamment, une nouvelle donne en mettant le paquet sur tous les secteurs porteurs, créateurs d'emplois, en particulier liés aux économies d'énergie, à la santé et au grand âge, aux transports, à notre agriculture qu'il faut aider à relever le défi de notre souveraineté alimentaire.

L'hôte de l'Elysée a cru, dans un contexte de nouvelle tension, devoir ajouter, s'en désolant, de « nous voir nous diviser pour tout » et réaffirmer la nécessité de se rassembler autour du patrimoine républicain plutôt que d'effacer les traces de notre histoire. Encore attendrait-on de lui qu'il parle haut et fort des divisions que nous tolérons depuis trop longtemps, de cette autre France glissant vers le communautarisme. Et qui s'éloigne, chaque jour davantage, du modèle républicain.

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 14/06/2020