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Economie | Grippée par le Covid, la monnaie locale béarnaise vise plus que jamais le "monde d'après"

Lancement de la campagne de financement participatif à la Maire de Billères qui compte parmi les partenaires et soutiens de l'association ''De main en main''

Tout comme le Pays basque a l'Eusko ou le Lot-et-Garonne, l'Abeille, le Béarn a lui aussi sa monnaie locale, la « Tinda », gérée par l'association « De Main en Main ». Depuis octobre 2019 l'association emploie, avec le soutien de la Région, Pauline Herrero, chargée du développement de cette monnaie locale complémentaire sur le territoire béarnais. Mais voilà, la subvention arrive à son terme fin 2020, et, pour cause de Covid19 et de confinement, les objectifs de développement qui auraient permis l'auto-financement de cet emploi par l'association ne pourront pas être atteint d'ici la fin de l'année. Pourtant loin de baisser les bras, l'association a choisi le rebond et lance une campagne de financement participatif afin non seulement de pérenniser les projets de développement de la Tinda, autrement dit le poste de la salariée, mais aussi d'aboutir sur la création d'un fond de soutien pour les circuits courts en Béarn.

Limitée au territoire du Béarn, la Tinda (prononcée Tinde) dont la valeur est équivalente à l'euro, favorise par définition les circuits courts. Comme aime à le rappeler le collectif « De main en main », utiliser la Tinda, c'est non seulement soutenir les commerces, services et producteurs de proximité, en allant acheter chez eux, mais c'est aussi réduire son empreinte carbone en limitant les transports de marchandises. Economie et solidarité locale (et non délocalisable) au profit de l'environnement global. Un beau slogan pour "le monde d'après" que tant appellent de leurs voeux...
Mais, pour que ce cercle vertueux puisse tourner rond, il faut certes des utilisateurs de la monnaie, mais avant ça, des prestataires ; autrement dit des acteurs économiques locaux acceptant d'échanger avec cette monnaie. Et là encore, plus le réseau des prestataires s'étoffera plus ils seront nombreux (et moins frileux) à vouloir le rejoindre...

Une augmentation du nombre de prestataires indispensable au succès de la Tinda et à son appropriation réelle par la population, dont la mission a été confiée en octobre dernier à Pauline Herrero, avec le soutien de la Région. Celle-ci a au total accordé « 20 000 € à l'association autour d'un programme d'investissement et de développement (dont le financement du poste) et 7500 € supplémentaire sur l'adaptation technique et l'informatisation des services de l'association », précise la conseillère régionale Nathalie Francq, convaincue de l'atout des monnaies locales pour favoriser l'activité sur le territoire.

Une tinda équivaut à un euro

Une nouvelle dynamique à pérenniser
« Une mission qui a donné de bons résultats sur les 2 premiers mois de l'année, avec une augmentation de 20% des coupons en circulation, passant de 35 000 à 42 000 », se satisfait Jean-Louis Labatut membre du collectif de gestion de l'association, qui note aussi l'arrivée dans le réseau Tinda, de nouveaux prestataires depuis l'entrée en poste de la chargée de développement.

Une nouvelle dynamique relevée jusqu'à Castetis du côté d'Orthez, par Fanny Ferrand de la Ferme Lait P'tits Béarnais, non seulement prestataire de la Tinda mais aussi comptoir d'échanges pour les usager ( entre Euro et Tinda). « Orthez était d'une certaine manière un peu loin de Pau pour permettre à la Tinda de s'y développer quand l'association ne reposait que sur des bénévoles. Avec l'embauche de Pauline, avoir une personne dédiée à ça, ça a fait évoluer les choses en peu de temps. Nous, on se sentait un peu seul dans le secteur, mais désormais il y a de nouveaux prestataires, l'information circule mieux... Mais il faut encore organiser des réunions, informer, passer à un réseau plus large pour que ça fonctionne réellement. Il ne manque pas grand chose pour y parvenir mais ça ne peut pas passer uniquement par un engagement bénévole », estime la jeune femme.

C'est donc dans cette logique de pouvoir pérenniser l'indispensable poste de la salariée chargée du développement de la monnaie locale, en bref de "se professionnaliser", que l'association a décidé de se lancer dans une campagne de financement participatif. Et là encore, dans la logique qui la gouverne, le choix a été fait d'être accompagnée par un acteur local et de l'économie sociale et solidaire : le Fonds FISSEL (Fonds d'Initiative Solidaire de Soutien à l'Economie Locale), certes créé en Ile-De-France, mais récemment relocalisé en Béarn.

22 000 euros et plus si affinité
Pour cette campagne lancée sur la plate-forme Hello Asso, et qui sera relayée et animée notamment sur les réseaux sociaux de l'association, le premier objectif à atteindre est la somme de 22 000 euros. « C'est l'équivalent d'une année de salaire sur un an, charges comprises, de la salariée », justifie Jean-Louis Labatut. Pauline aura quant à elle sur cette année, la mission de réussir à atteindre le double objectif des 300 prestataires ( la Tinda en compte pour l'heure 220) et au minimum 1000 usagers réguliers de la monnaie, contre environ 350 à l'heure actuelle. L'objectif passera ensuite rapidement à 2000. Des chiffres nécessaires pour que l'association soit autosuffisante pour maintenir non seulement ce poste sur le développement de la monnaie en Béarn dans les années à venir, avant, dans l'idéal, d'embaucher un second salarié lié à l'informatisation et la numérisation.

Mais la campagne de financement participatif lancée ce jeudi à la Mairie de Billère voit aussi plus loin. Si durant le confinement Pauline Herrero n'a pas pu travailler au développement du réseau des prestataires, elle a oeuvré avec une petite dizaine de partenaires rassemblés au sein de l'initiative « Solidarité Agri Covid 19 »* à une structuration et une mise en valeur de l'offre en circuits courts. A travers la création d'un groupe appelé “Circuits Courts en Béarn” sur la plateforme Open Food France, il est possible de répertorier, géolocaliser et organiser la vente de produits et services issus du Béarn. Concrètement, le consommateur béarnais pourra ainsi localiser des producteurs, artisans, commerçants, producteurs de services autour de chez lui en explorant la carte proposée sur la plateforme, mais aussi passer des commandes en ligne sur des drives ou directement chez certains producteurs, et enfin bien sûr repérer les lieux où dépenser sa monnaie Tinda en sélectionnant un filtre dédié "Monnaie Locale du Béarn".

A compter de septembre, si le pallier des 22 000 euros est atteint par la campagne de financement participatif, les dons (défiscalisés) continueront à pouvoir être collectés et la cagnotte se transformera en fonds de soutien ouverte en permanence où chacun pourra continuer à contribuer en soutien aux circuits courts. L'argent sera collecté non pas pour une utilisation de type "fonctionnement" par l'association De Main En Main mais pour être redistribué sous forme d'aides à des prestataires qui feraient face à des difficultés de trésorerie suite à la crise que l'on traverse.

 

*Les structures impliquées au sein de Solidarité Agri Covid 2019 :
Association pour la formation collective à la gestion (AFOG), De Main En Main, Collectif Fermier 64, Centre d'Initiatives pour Valoriser l'Agriculture et le Milieu rural en Béarn (CIVAM), Association Béarnaise pour le Développement de l'Emploi Agricole (ABDEA), Union des Producteurs Fermiers 64 (UPF), Collectif de la haüt, Bienvenue à la Ferme, Association des Éleveurs et Transhumants des 3 Vallées Béarnaises (AET3VB), Chambre d’agriculture des Pyrénées-Atlantiques

Solène Méric
Solène Méric

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 19/06/2020