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Société | Gérald Darmanin à Bayonne en témoin déterminé "de l'émotion des Français"

Visite Darmanin à Bayonne

C'est par une visite de soutien à l'épouse et aux trois filles de Philippe Monguillot, ce chauffeur mortellement roué de coups dimanche dernier, que le ministre de l'Intérieur a effectué sa première visite à Bayonne samedi après-midi. Accompagné de A à Z par des élus de la Côte basque, les parlementaires, députés et sénateurs, par le préfet Éric Spitz et le sous-préfet Hervé Jonathan. Comme l'incarnation d'un nouveau ton après le meurtre "odieux, inqualifiable", un acte barbare." Point fort, le ministre s'est entretenu sans filtre pendant 45 minutes avec des chauffeurs...traumatisés et en colère.

Le passage et les propos du nouveau ministre de l'Intérieur à Bayonne Gérald Darmanin feront assurément jurisprudence après le drame que la cité du Pays basque a connu en fin de semaine dernière. Victime, malgré elle, d'une blessure que l'on attribuait plus communément aux dites grandes métropoles. "Il ne faut pas banaliser les faits, la solution est de rétablir l'autorité." Ce leitmotiv, il rappellera en fin de visite devant la presse au dépôt des bus de l'agglomération.

C'est tout d'abord par une rencontre hors caméra au domicile de Véronique Monguillot et ses trois filles en fin de matinée que le ministre a commencé ses pérégrinations avant de retrouver en début d'après-midi les élus à la mairie de Bayonne. Esplanade de la mairie où s'était rassemblée selon un rituel désormais, une cinquantaine de féministes dénonçant sa nomination.

Lors de cette première réunion, il a fait un point avec le maire de Bayonne et président de l'agglomération Jean-René Etchegaray qui gère les transports en compagnie du maire d'Anglet Claude Olive, vice-président de l'agglo chargé des mobilités, mais aussi les sénateurs Espagnac et Brisson ainsi que les députés Florence Lasserre et Vincent Bru. Qui l'ont suivi ensuite à la sous-préfecture (notre photo) pour une séance de travail avec les forces de sécurité, présidée par le préfet des Pyrénées-atlantiques Éric Spitz, police, sécurité publique, Police de l'air et des frontières, etc...

Une rencontre de quarante cinq minutes avec les chauffeurs

Mais le point fort de cet après-midi aura eu pour cadre le dépôt des bus de l'agglomération de Bayonne où l'attendaient, alignés, une centaine de chauffeurs qui, après qu'il les a salués ont fait cercle autour de lui. Prévu pour une dizaine de minutes, cet échange, très direct, sans filtre, s'est poursuivi pendant trois quarts d'heure, toujours en présence des élus et corps constitués, comme si le ministre avait habilement souhaité les prendre à témoin et déjà établir leur rôle au lendemain de cette terrible agression. À l’écart de la presse.

Darmanin sous préfecture de BayonneSébastien Carné, délégué FO commentera plus tard, "cela fait onze ans que l'on voit la situation se dégrader, on nous demande une amplitude horaire jour et nuit comme si on était métropole comme Marseille ou Lyon dans de piètres conditions de sécurité. Ici on est au Pays basque. La mort de Philippe a été la mèche qui a fait exploser le baril de poudre," ajoute-t-il pour justifier le droit de retrait manifesté par les chauffeurs qui veulent plus de police pour les accompagner et de protection matérielle.

Gérald Darmanin: "La solution, c'est réaffirmer l'autorité!"

L'après-midi du ministre au Pays basque s'est malgré tout terminée par une courte séquence presse. "Je voudrai d'abord remercier les effectifs de police qui, en un temps record, moins de quarante-huit heures ont procédé à 5 interpellations et grâce au procureur de la République et à leur travail, ont effectué 4 mis en examen et qui sont sous écrou."

Avant de poursuivre: "Ce conducteur de bus ne faisait que son travail. Il est parti le matin de chez lui, n'est pas rentré et laissant trois orphelines. C'est un acte absolument odieux, inqualifiable, et je fais confiance à la magistrature pour pouvoir mener avec des enquêteurs de la police tout ce qui pourra être fait pour confondre ceux qui ont commis ces actes barbares. Jamais, je dis bien jamais, comme ministre de l'Intérieur, le Président de la République et le Premier ministre ne devront laisser se banaliser une violence gratuite et je voudrai, ici, dire que les Forces de l'ordre qui protègent les Français ont toute notre protection. J'ai chargé le directeur de la Police nationale de tirer les conséquences de cette affaire en lien avec les élus locaux, les sociétés de transport pour être particulièrement au rendez-vous de la sécurité des transports en commun. Trop souvent, les conducteurs de bus, les conducteurs de métro, les contrôleurs, les citoyens et les citoyennes, les honnêtes gens ont peur. Nous sommes là pour les rassurer."

Quelles solutions, a-t-il été demandé au ministre? "Il me semble que la solution c'est d'abord de réaffirmer l'autorité. Ce qui s’est passé ici à Bayonne n'est pas un acte banal, n'est pas un simple fait divers. Le conducteur de bus doit pouvoir conduire son bus sans risquer sa vie. Le gouvernement trouve cette affaire extrêmement grave. Ce sont des actes particulièrement barbares je le répète. Dans notre société désormais, l'autorité est contestée, les agents qui portent cette autorité ne sont pas respectés, c'est le cas des forces de l'ordre, et ceux qui concourent au service public, les fonctionnaires évidemment et les conducteurs de bus, les professeurs des écoles, les surveillants pénitentiaires, les médecins, les pompiers, en bref tous ceux qui apportent à la société des services publics, ne sont pas respectés et connaissent manifestement des atteintes à leur autorité et à leur intégrité absolument inacceptables. D'abord, il faut ramener le bon sens et les faits. Si je peux me permettre l'expression, il faut remettre la mairie au milieu du village; deuxièmement, je voudrai dire, une nouvelle fois, alors que les forces de l'ordre dans des conditions extrêmement difficiles que nous allons avoir, les soucis constants pendant que je serai ministre de l'Intérieur, d'améliorer le quotidien, de pouvoir bénéficier du soutien total du gouvernement pour pouvoir intervenir. Et appréhender tous ceux qui commettent des faits contraires aux valeurs de la République. Enfin, il y a sans doute à améliorer encore la sécurité dans les transports en commun. J'ai été élu local, j'ai géré une délégation de transports en commun dans mon territoire, je sais que je peux compter sur les élus locaux du Pays basque, je peux compter sur les parlementaires, je peux compter aussi et je les en remercie sur les services préfectoraux pour pouvoir trouver avec les sociétés de transport, des moyens pour améliorer significativement cette sécurité."

Si le président de la Communauté d’agglomération Pays Basque Jean-René Etchegaray et le président du Syndicat mixte des mobilités Claude Olive ont pris acte de la volonté du ministre de l'Intérieur, ils lui ont aussi demandé de mettre des moyens au niveau de la Police nationale pour développer une police des transports au niveau de l’Agglomération. "Les élus demandent des aides et ils auront ces aides", a affirmé le ministre Darmanin, sans préciser d’échéance. Nous sommes aujourd’hui en train de réfléchir avec le préfet à une convention qui permet de définir la chaîne de la sécurité entre la ville, l’agglomération et le délégataire", a affirmé Jean-René Etchegaray. Et pourquoi pas une police communautaire....

 

Félix Dufour
Félix Dufour

Crédit Photo : Félix Dufour

Publié sur aqui.fr le 12/07/2020