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Politique | Grand Poitiers : Florence Jardin élue présidente de la communauté urbaine

Florence Jardin est la première femme présidente de Grand Poitiers. La maire de Migné-Auxances succède à Alain Claeys. Sa candidature était notamment soutenue par Léonore Moncond'huy

Après Poitiers, c’est au tour de Grand Poitiers d’élire une femme à la plus haute fonction. Florence Jardin, maire de Migné-Auxances, commune voisine de Poitiers, a été désignée par les 86 élus communautaires ce vendredi 10 juillet comme présidente de Grand Poitiers. Elle arrive largement en tête avec, dès le premier tour, 48 voix (majorité absolue fixée à 41) devant Claude Eidelstein, maire de Chasseneuil-du-Poitou (26 voix) et Jean-Louis Ledeux, maire de Lusignan (8 voix). Retour sur cette première séance du nouveau conseil communautaire. 15 vice-présidents et 14 délégués de la présidence ont également été élus.

On en parle comme du 3e tour des élections municipales. Les élections communautaires de Grand Poitiers se déroulaient ce vendredi 10 juillet au Théâtre Auditorium de la ville. Une salle garnie par les 86 élus des 40 communes qui forment la communauté urbaine. Avec les résultats du scrutin du 2nd tour des municipales, la donne va changer. La jeune écologiste, Léonore Moncond’huy  qui a remporté la mairie de Poitiers, avait - dès sa campagne - annoncé qu’elle ne briguerait pas la présidence de Grand Poitiers. Qui donc pour succéder à Alain Claeys, ancien maire de Poitiers et président de la communauté urbaine depuis sa première élection ? Plusieurs noms ont circulé. A droite, le maire de Chasseneuil-du-Poitou Claude Edelstein.  A gauche, celui d’une écologiste, Florence Jardin, maire de Migné-Auxances. Un scrutin qui semblait donc plutôt ouvert. 

Avant d’élire le nouveau président de Grand Poitiers, il a fallu saluer l’ancien. Un exercice peu évident lorsqu’on perd une élection mais qu’Alain Claeys a su mener avec respect et une certaine bienveillance. Il commençait alors son discours par honorer la mémoire d’une « figure du communiste » : Paul Fromonteil disparu ce mardi 8 juillet à l’âge de 89 ans. Il fut secrétaire de Georges Marchais, très impliqué à la fédération du Parti communiste français de la Vienne, mais également, adjoint au maire à Châtellerault, vice-président de  l’ex-région Poitou-Charentes. Et quelques jours avant son décès, il présidait encore le Frac (Le Fonds Régional d'art contemporain) Poitou-Charentes. « J’avais envie devant vous de rappeler très brièvement la vie de ce personnage, cet homme fidèle en amitié, qui sut s’ouvrir vers le monde », poursuit le président sortant de Grand Poitiers. Une minute de silence fut respectée.

Dernier discours du président sortant de Grand Poitiers, Alain Claeys

Le dernier discours d’Alain Claeys

Alain Claeys a poursuivi son discours. Tout en prévenant qu’il ne serait « pas long ». Il a tout d’abord partagé le plaisir de retrouver des maires déjà élus précédemment et d’en découvrir de nouveau. «J’espère que vous trouverez rapidement votre place. Il y a un ADN à Grand Poitiers; Si on sait regarder, si on sait écouter, si on vient d’horizons différents, rural ou urbain, si on est d’appartenance politique différente, on a en commun cette volonté de travailler collectivement et jamais cette volonté n’a manqué à quiconque. » avant de rappeler un bref historique. GP (Grand Poitiers) à treize puis à quarante à partir de juillet 2017. Il remonte même un peu plus loin avec la création des districts par Pierre Vertadier (ancien maire de Poitiers de 1965 à 1977) dès son premier mandant en 1965, puis la communauté de communes par Jacques Santrot à la fin des années 1990. Avant d’enchaîner, optimiste, sur l’avenir de Grand Poitiers pour lequel il accorde une véritable importance. « Je suis sûr que vous allez faire franchir à Grand Poitiers une nouvelle étape. On a travaillé, on a arrêté des choses essentielles : le projet de territoire, Plan Climat Air Energie, le Schéma local de l'Enseignement Supérieur, de la recherche et de l'Innovation, le livre blanc du CHU… La vie ne s’arrête pas là. Ces documents sont à votre disposition. J’espère que vous allez les amender, les améliorer ». Ensuite, il a abordé sa succession. Il a bien évidemment consulté les noms des candidats qui se sont manifestés. « Je pars rassuré. Il y a Claude Eidelstein, un financier hors pair. Il y a Florence Jardin qui a tout écrit sur le Plan Climat Air Energie… » Avant de s’adresser à l’ensemble des conseillers communautaires. « Je souhaite à chacune et chacun d’entre vous beaucoup de bonheur d’être conseiller communautaire. N’oubliez pas une chose, votre légitimité, vous la tenez de vos mairies. C’est pour cette raison que la mairie doit être la porte d’entrée de la communauté. Bon courage, plein de bonheur pour chacune et chacun d’entre vous, plein de bonheur pour Grand Poitiers ». C’est donc sur ces mots qu’Alain Claeys conclut sa présidence. Un discours d’une quinzaine de minutes sur la scène, applaudi par quasiment toute la salle. Un dernier au revoir, un dernier salut pour l’ancien maire de Poitiers. Il passe désormais la présidence de séance au doyen, le maire de Ligugé, Bernard Mauzé et part s’installer au milieu des autres conseillers communautaires. Place donc désormais aux élections du nouveau président de Grand Poitiers. 

Une élection préparée 

Tout s’est joué au lendemain des résultats du 2nd tour des élections municipales. Un travail en coulisses avec quelques alliances et arrangements. Une réunion des maires s’est déroulée le 2 juillet, puis un groupe de travail composé par huit personnes s’est formé…  a retravaillé, redistribué les cartes avec un certain équilibre pas évident à trouver … que ce soit pour les vices-présidences ou les délégués. Léonore Moncond’huy, maire de Poitiers, avait été claire. Elle souhaitait qu’un consensus se fasse. « A l’échelle d’une communauté urbaine, on est obligé de construire des compromis, ce pourquoi j’ai plaidé depuis le début, sur 40 communes la plupart sont sans étiquettes, ce n'est vraiment pas le lieu de créer des divisions partisanes qui seraient artificielles par rapport aux réalités poltiques des territoires. Depuis le début j’ai souhaité avec la plupart des maires présents construire une proposition consensuelle dans laquelle tout le monde se retrouve , ça regroupe « ensemble » des élus de sensibilités politiques différentes . cela n’a pas bloqué Grand Poitiers  jusque là. Je pense qu’on peut arriver à des compromis dans lesquels chacun se sent représenté. » Ça  n’a pas vraiment été le cas. Il y a donc deux candidats à la présidence, Claude Eidelstein et Florence Jardin, et un troisième, un candidat « surprise », est venu s’ajouter. Il s’agit de Jean-Louis Ledeux, maire de Lusignan. Chacun leur tour, ils ont exposé leur point de vue sur l’avenir de Grand Poitiers. 

Trois candidats 

Le premier à se lancer est Claude Eidelstein,. Le maire de Chasseneuil-du-Poitou n’a jamais caché son envie de présider la communauté urbaine, soutenu entre autre par les maires de droite et du centre et justifie ainsi sa candidature « La décision de madame le maire de Poitiers de ne pas briguer la présidence est louable. Elle veut adresser un message d’ouverture aux autres communes. Cependant la décision de coopter une commune sur les 39 autres a été prise comme pour reprendre la main tendue juste auparavant. Dans ces conditions, j’ai dû en quelques heures me décider à présenter ma candidature. Cette candidature a surpris d’autres maires, certains évoquaient comme un risque de clivage et de mauvaise image. Alors que pour moi, et d’autres, c’est un acte de démocratie : donner le choix en pays de liberté me semble fondamental. » Avant de résumer sa candidature en une devise : « Après la devise républicaine, notre devise communautaire pourrait être concertation, proximité, efficacité ».

Claude Eidelstein, maire de Chasseneuil-du-Poitou, était également candidat à la présidence de Grand Poitiers. Il n'a reçu que 26 voix. Il est toutefois 1er vice-président.

Puis ce fut au tour de Florence Jardin, candidate ouvertement soutenue par la nouvelle maire de Poitiers. Écologiste, elle aussi. « J’ai choisi de prendre le pari de trouver de nouveaux équilibres, de nouvelles tendances, une nouvelle gouvernance pour ce territoire de notre communauté urbaine. » Elle met en avant dans son discours plus la coopération, le travailler ensemble. « Définissons ensemble les priorités sur des projets ouverts. Je propose de faire le bilan de l’impact socio-économique de la crise sanitaire sur notre territoire de façon à accompagner au mieux nos habitants et à soutenir nos acteurs pour tout cela et pour le plaisir de travailler encore avec vous et demain à la construction de notre territoire », poursuit avec engagement la maire de Migné-Auxances.  

 Jean-Louis Ledeux était le 3e candidat à la présidence de Grand Poitiers. Un 3e candidat surprise. Pas en colère mais agacé par selon lui des injustices

Enfin, Jean-Louis Ledeux qui se présente non pas comme un maire en colère mais en soulevant tout de même des injustices. Sa candidature : « Ce n’est pas un acte anodin. C’est quelque chose d’important, il est pour moi le fruit des épisodes des huit derniers jours. Du refus d’accepter la gouvernance telle que les deux autres candidats l’ont présenté… » Il ne s’est donc pas retrouvé dans toutes ces réunions où Il avait déjà exprimé son opposition au fonctionnement tel qu’il était présenté. « Je suis un nouveau, il y a sans doute des choses que j’ai du mal à comprendre ». Selon lui, « le logiciel de la gouvernance doit être changé ». Avant de conclure son acte de candidature ainsi : « J’ai participé à une partie des réunions. J’ai trouvé cela particulièrement injuste ». Injuste que Lusignan ne pèse plus autant qu’avant dans la communauté urbaine selon son point de vue. 

Voilà pour le côté débat. Les 86 élus communautaires ont ensuite procédé au vote. Après le passage de l’urne dans les rangs du TAP, c’est l’heure du dépouillement. Résultat sans appel. Florence Jardin est élue présidente de Grand Poitiers avec 48 voix ( Claude Eidelstein 26 ; Jean-Louis Ledeux 8 ; blanc 4 ; suffrages exprimés 82). Là encore, c’est la première femme à occuper cette responsabilité. Et c’est quelque chose qu’elle a bien sûr mis en avant dans son premier discours. « Je suis ravie de garder Claude à mes cotés en matière de finance, introduit la nouvelle présidente de Grand Poitiers. Je pense que c’est le plus brillant ». Elle est également revenue sur le discours de Jean-Louis Ledeux. « J’ai bien entendu le message, ce n’est pas encore parfait du point de vue démocratique mais c’est le début donc je vous invite à ce qu’on continue dans cette voie ». Elle a également salué Alain Claeys qui s’est éclipsé juste après le vote de la nouvelle présidente. « On ne s’est pas toujours compris. En tout cas on a toujours été dans le même sens et on va suivre les traces que nous avons lancées dans cette agglomération ». Le message est clair. Qui plus est quand elle enrichit le slogan de Grand Poitiers. « Jusqu’ici Grand Poitiers avait un slogan qui était audace et bienveillance et bien aujourd’hui c’est audace, bienveillance, femme pionnière et solidaire ». Ce qui a suscité des applaudissements dans la salle. 

Léonore Moncond’huy, nouvelle maire de Poitiers, n’est pas indifférente non plus à cette élection. Une femme, un visage nouveau - quoique Florence Jardin était déjà vice-présidente de Grand Poitiers lors du précédent mandat - « C’est la candidate qu’on soutenait. Mais elle a été soutenue bien au-delà des voix de Poitiers. Je la félicite pour cette victoire, c’est l’aboutissement d’un processus collectif qui a permis, je crois, qu’une majorité de maires trouvent leur place dans le dispositif. En plus, une femme à la tête de Grand Poitiers ne peut que me réjouir. » Léonore Moncond’huy, quant à elle, fait partie des vice-présidents dans un rôle bien spécifique, qui lui rappelle ses débuts en politique en tant que conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine. « Je viens d’être élue vice-présidente à la contractualisation et aux relations partenariales notamment avec les autres collectivités. C’est-à-dire que Florence va garantir en tant que présidente la cohérence du projet global, la cohésion de l’ensemble de l’exécutif, et moi, je me consacrerai plutôt aux contrats de partenariat avec le département, la région l’État, l’Europe,  c’est aussi une manière de valoriser mon expérience de conseillère régionale qui m’a donné une certaine appréhension d’un autre niveau de collectivité ». Une proposition de Florence Jardin en personne. Une intention qui a touché la maire de Poitiers. « Je l’en remercie, c’est une manière de valoriser mon parcours. »

Il y aura au total 15 vice-présidents et 14 délégués du président à Grand Poitiers. Parmi les délégués Anthony Brottier, membre de l’opposition, qui préfère plutôt corriger ce terme par force de propositions comme il l’avait signalé lors du conseil municipal d’installation, une semaine plus tôt. La liste est à découvrir ci-dessous. un dernier vice-président sera désigné lors du prochain conseil communautaire, celui chargé de la vie sociale et politique de la ville (le 15e vice-président).

Les 15 vice-présidents de Grand Poitiers

Claude Eidelstein (1er vice-président, Chasseneuil-du-Poitou) : rapporter général et des finances
Léonore Moncond’huy (2e vice-président, Poitiers) : contractualisation
Robert Rochaud (3e vice-président, Poitiers) : finances
Romain Mignot (4e vice-président, Sèvres-Anxaumont) : transition énergétique et coordination
Michel François (5e vice-président, Dissay) : développement économe et chargé de la coordination
Gilles Morisseau (6e vice-président, Biard) : voirie
Lisa Belluco (7e vice-présidente, Poitiers) : Urbanisme, foncier, gestion des risques
Sylvie Aubert (8e vice-présidente, Fontaine-le-Comte) : mobilité
Frédy Poirier (9e vice-président, Cloué) : agriculture, alimentation, développement rural
Gérald Blanchard (10e vice-président, Buxerolles) : gestion des déchets, économie circulaire
Gérard Herbert (11e vice-président, Chauvigny) : tourisme
Jérôme Neveux (12e vice-président, Jaunay-Marigny) : culture
Charles Reverchon-Billot (13e vice-président, Poitiers) : culture
Laurent Lucaud (14e vice-président, Poitiers) : eau, assainissement, grand cycle de l’eau, biodiversité, qualité environnementale
15e vice-président(e) à déterminer lors du prochain conseil communautaire : vie sociale et politique de la ville.

Les 14 délégués de la présidente : 

Stéphane Allouch (1er délégué, Poitiers) : personnel
Éric Ghirlanda (2e délégué, Saint-Georges-lès-Baillargaux) : centres de ressources et politique de déconcentration, communication et digital
Aloïs Gaborit (3e délégué, Poitiers) : transition énergétique
Corine Sauvage (4e déléguée, Montamisé) : sports
Dany Coineau (5e déléguée, Mignaloux-Beauvoir) : eau, assainissement, grand cycle de l’eau, biodiversité, qualité environnementale
Frankie Angebault (6e délégué, Poitiers) : mobilité, présidence Vitalis
Bernard Peterlongo (7e délégué, Saint-Benoît) : Urbanisme, foncier, déploiement numérique
Jean-Louis Fourcaud (8e délégué, Poitiers) : voirie
Jean-Charles Auzanneau (9e délégué, Vouneuil-sous-Biard) : développement économique
Bastien Bernela (10e délégué, Poitiers) : développement économique
Emmanuel Bazile (11e délégué, Bignoux) : patrimoine intercommunal, rénovation énergétique, ERP
Anthony Brottier (12e délégué, Poitiers) : sports
Jean-Luc Soulard (13e délégué, Rouillé) : vie sociale, politique de la ville
Elisabeth Naveau-Diop (14e déléguée, Poitiers) : logement social, Ekidom

Julien Privat
Julien Privat

Crédit Photo : Aqui.fr

Publié sur aqui.fr le 13/07/2020