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Politique | Tribune Libre - Pierre Recarte: Exit la LGV? Pour la Commission la ligne existante rénovée est une "connexion efficace de capacité suffisante" avec l'Espagne

Pierre Recarte, Vice-président du CADE

La Cour européenne des comptes vient de publier un rapport (1) sur huit mégaprojets de transport à dimension transfrontalière (2) cofinancés par l'UE dont le Y basque et sa connexion avec la France vers Bordeaux. Le CADE a été audité par cette instance en mars 2019 à Bordeaux. La Cour constate des retards considérables dans l’exécution, 13 ans pour le seul Y basque et « étant donné que, du côté français de la frontière, la liaison à grande vitesse reliant Bordeaux à l'Y Basque ne sera même pas planifiée avant 2037, l'entrée en service de ce dernier à sa pleine capacité sera retardée d'au moins 29 ans. 

L’audit dénonce des données relatives au trafic « de qualité médiocre, notamment en raison de prévisions trop optimistes. Les prévisions de trafic n'étaient pas toujours fondées sur des évaluations rigoureuses du marché, et elles ne reposaient pas non plus sur des hypothèses fiables de développement économique. » De plus « elles n'étaient pas toujours actualisées et ne faisaient habituellement l'objet d'aucune révision ». Comme nous il est constaté que « les anciennes projections de trafic de fret sont très supérieures aux volumes de trafic actuels […] la Commission n'a pas réalisé ses propres analyses des besoins, indépendamment des évaluations effectuées par les États membres, avant d'engager des cofinancements ». Dans le cas de l'Y basque et de son prolongement vers la France : « les prévisions du trafic et les données sur la viabilité ont été remises en cause à plusieurs reprises par des universitaires du Pays Basque depuis 2004. Même si les documents avaient été rendus publics, les autorités centrales et régionales n'ont pas tenu compte des arguments des universitaires en question et n'y ont pas répondu. »


Une viabilité économique à long terme insuffisante
 
Les auteurs s’appuient sur la référence établie par les universitaires prenant en compte la population résidant dans la zone d'attraction à 60 minutes du tracé des lignes soit 9 millions de personnes. Pour la ligne Bordeaux-Vitoria la population est de de 6,8 millions. «Insuffisante pour assurer la viabilité à long terme » conclut le rapport.

Des analyses coûts-avantages « faibles »

Les auditeurs les jugent sans complaisance : « Nous avons établi que les analyses coûts-avantages n'avaient été utilisées correctement comme outil de prise de décision pour aucune d'entre elles » et regrettent que « la Commission n'a pas exigé de prévisions communes du trafic au niveau des infrastructures de transport phares prises chacune dans son ensemble. En outre, elle ne collecte pas en permanence des données sur le trafic. Elle n'a effectué sa propre analyse approfondie des hypothèses du promoteur du projet, indépendamment des évaluations des États membres »

Un dérapage des coûts
Le rapport est sévère à l’égard de la Commission qui  « n'a évalué de façon critique ni la viabilité à long terme des infrastructures de transport phares, ni leurs coûts ». Les coûts initiaux « qui ont représenté un facteur de poids dans les décisions de lancement de la construction » sont largement dépassés : 47 % pour les huit infrastructures, 39% pour le Y basque et sa connexion avec la France.

Les réponses de la Commission à ce rapport sur la liaison Vitoria- Bordeaux ont retenu l’attention du CADE :
« Le Grand projet ferroviaire du Sud-Ouest (ou GPSO, ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse et entre Bordeaux et Dax) a de fait été reportée unilatéralement par la France au-delà de 2037. C’est la raison pour laquelle une deuxième meilleure option est en cours de discussion entre la Commission et la France, à savoir la mise à niveau de la ligne existante entre Bordeaux et la frontière, de manière à ce qu’une connexion transfrontalière de plus grande capacité soit effectivement en place d’ici à 2030, composée du Y basque relié à une ligne conventionnelle améliorée entre Bordeaux et la frontière […] Cela permettra de disposer d’une connexion transfrontalière efficace de capacité suffisante. »
Après avoir convaincu la commission d’enquête publique que la ligne existante rénovée pouvait constituer une connexion transfrontalière efficace et de capacité suffisante, le CADE constate aujourd’hui que la Commission européenne valide officiellement cette option.


 1. Rapport spécial Cour européenne des comptes : « Infrastructures de transport de l'UE: accélérer la mise en œuvre des mégaprojets pour générer l'effet de réseau dans les délais prévus

2.La ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Vitoria à Bordeaux ; L'axe Rail Baltica ; la LGV Lyon-Turin ; la liaison fixe du Fehmarn Belt ; la ligne ferroviaire E59 en Pologne ;le tunnel de base du Brenner ; la liaison fluviale Seine-Escaut ; l'autoroute A1 en Roumanie. https://www.eca.europa.eu/fr/Pages/DocItem.aspx?did=53699

 

Pierre Recarte
Pierre Recarte

Crédit Photo : P.Recarte

Publié sur aqui.fr le 15/07/2020