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Edito | La ruralité a un secrétaire d'Etat... et ce n'est pas une fausse nouvelle!

Un secrétariat d'Etat à la ruralité ? Oui à la ruralité ! Il est vrai que dans ce gouvernement de 44 membres (!) conçu pour ne faire de peine à personne, et où l'on se perd à nommer les seconds rôles, cela aurait fait désordre d'oublier l'autre France, celle que les Gilets Jaunes ont eu la prétention de représenter. Et qu'un certain Emmanuel Macron a voulu chercher à comprendre, en organisant ces fameux Etats Généraux où les maires étaient en première ligne. Le choix de Joël Giraud, ancien maire de la commune de l'Argentière-la-Bessée, 2.300 habitants, dans les Hautes Alpes, pendant 28 ans, a de quoi plaire à l'Association des Maires Ruraux de France. De surcroît l'homme, aujourd'hui « En Marche », appartient à cette longue lignée des radicaux de gauche, chers à Jean-Michel Baylet, si souvent brocardée, mais qui était soucieuse du bon entretien des églises dans nos villages et savait faire la synthèse entre le bruit du coq au petit matin et la qualité des vies des transfuges métropolitains...

Trêve de sourire : espérons que dans le ministère de « la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales" , tenu par Jacqueline Gourault, cet élu de terrain qui a connu la députation, se révèle plus girondin que cette dernière. Sa feuille de route découlera d'un Agenda de 173 mesures (!) qui date de la rentrée 2019, porté sur les fonts baptismaux par Edouard Philippe, après consultation des maires ruraux. Un Agenda que la crise du Covid a relégué, mais dont on ne va pas tarder à s'apercevoir que celle-ci rend plus que jamais nécessaire le soutien à cet extraordinaire tissu social, économique, culturel, patrimonial qui n'est heureusement pas toujours réductible au constat de « fracture territoriale ». On le mesure mieux que personne dans cette Nouvelle-Aquitaine où, par exemple, la musique ces jours-ci est au rendez-vous de la vie des villages, façon Périgord Noir.

Comment ne pas mesurer, justement, pleinement,  l'importance de ce soutien en ces temps d'une crise sanitaire qui met à bas l'économie du pays, après avoir d'abord souligné les carences de l'Etat central et, par comparaison, mis en exergue la formidable réactivité du local, de ces édiles ruraux, mettant en œuvre des solutions de proximité pour faire fabriquer, en toute hâte, et distribuer des masques, pour secourir les plus nécéssiteux et contribuer à relever le défi alimentaire...

C'est en effet, plus que jamais, le moment de mettre le paquet en faveur de cette autre France qui, malgré de réelles zones en déprise, attire de plus en plus de nouveaux venus, comme le révèle sur le long terme la démographie. Et, comme le met en évidence l'aspiration actuelle à s'éloigner des métropoles encombrées. Encore faut-il que l'Etat en finisse avec cette considération de bas étage qui le conduit à concevoir des budgets où, par le biais de la Dotation Globale de Fonctionnement, la trop fameuse DGF, un habitant du rural vaut moitié moins qu'un urbain... C'est à ce renversement de traitement que l'on va pouvoir évaluer, en premier lieu, la volonté du pouvoir et l'efficacité du nouveau secrétaire d'Etat.

Le défi est d'autant plus grand que c'est une véritable politique d'aménagement qu'il faut impulser, en harmonie et complémentarité avec les Départements et les Régions : revitaliser les centres bourgs et, souvent, l'immobilier existant, avant que de créer systématiquement, en périphérie communale, des logements rongeurs d'espaces, source de cette « artificialisation des sols » qui fait grimper anormalement le prix des terres, en particulier à vocation agricole ; soutenir les petits commerces, comme cela est envisagé dans « l'Agenda », sur le plan fiscal notamment, et en donnant un pouvoir de préemption aux communes, en créant de nouvelles Maisons France Services dont 300 étaient prévues cette année, en poussant les opérateurs à faire le maximum pour équiper de numérique les territoires à l'écart des zones péri-urbaines, où les collectivités font déjà de grands efforts d'équipement... Un grand et beau chantier, à un moment clé de notre histoire collective, de cet impérium de la transition écologique, où le monde rural peut devenir le meilleur témoin d'une frugalité bienheureuse.

 

 



 

 

 

Joël Aubert
Joël Aubert

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Publié sur aqui.fr le 02/08/2020